Une culture scientifique pour vaincre nos démons

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Que l’on parle de ‘Smart Cities’, de la méthadone, de la gestion de l’affaire BAI ou de Betamax, du recrutement des médecins, du ‘Good Governance and Integrity Reporting Bill’, du traité fiscal avec l’Inde, du taux de croissance, l’émotion tend à prendre le dessus sur la raison.  Pour la bonne et simple raison que nous n’avons pas pu, pas su, faire émerger une culture scientifique. Ce n’est pas le propre de Maurice, c’est aussi le sort des pays voisins du sud-ouest de l’océan Indien. C’est ce qu’ont admis à l’unisson les participants aux Premières assises de la science, de la technologie et de l’innovaton en Indianocéanie, tenues cette semaine  à Balaclava.

C’est quoi une culture scientifique ?

Elle est une disposition à encourager une approche dépassionnée, à favoriser une analyse clinique et à ouvrir des débats éclairés, basés sur des faits vérifiés et vérifiables. C’est surtout un moyen d’analyser une situation, dans sa complexité, en testant les hypothèses de manière objective, en enlevant les doses de subjectivité et d’ego qui viennent, trop souvent, pervertir les débats et enjeux publics.  

Par exemple, me rappelait le professeur Dhanjay Jhurry, hier à Balaclava, sur le dossier du passage à l’heure d’hiver, le gouvernement (quel qu’il soit, là n’est pas la question !) a choisi de reculer à cause de certains lobbies. Du coup, sur le plan scientifique, on n’a pas analysé comme il se doit les retombées (somme toute positives) de cette mesure, en termes d’économie d’énergie. Pourquoi ailleurs c’est possible et chez nous non ?

La culture scientifique dote une population d’un état d’esprit susceptible de remettre en question nos propres opinions et conceptions du monde, pour questionner sans cesse la validité de nos propos et de nos actions.

«Chaque personne marche sur ses deux pieds et pareillement elle recèle sa part rationnelle et sa part irrationnelle. Il y a la raison (les sciences exactes) et l’émotion propres à l’homme (les sciences humaines, comme l’économie, qui ne sont pas exactes)», explique la physicienne de renom Catherine Bréchignac, dans une interview à paraître demain (dans l’expressdimanche). Elle nous a sorti, plus d’une fois, la phrase du philosophe Henri Bergson, «savoir, c’est-à-dire prévoir pour agir».

***

Quand un politicien novice, porteur d’un projet de loi controversé, comme celui sur l’enrichissement illicite, se livre au public, son esprit n’est jamais jeune car il a l’âge des préjugés qu’il aime cultiver et celui de ceux de ses maîtres à penser. Par contre, se soumettre à la culture scientifique, sans artifice de propagande, c’est spirituellement rajeunir. Mieux, c’est rafraîchir l’espace public, l’agenda de la nation.

On dit d’une société qu’elle possède une culture scientifique quand elle soutient le recours au savoir et à la méthodologie scientifiques. Une telle culture s’apprend. Cet apprentissage, pour un pays comme Maurice et ses dirigeants, s’avère un must. Il encourage le développement d’une économie innovatrice, fondée sur la connaissance – et non pas sur les préjugés, les mythes et les «nou bann» ou «bann la».

Si l’on veut effectivement passer à un pays à haut revenu, il nous faut absolument placer la science, les technologies et l’innovation au cœur de notre vie de tous les jours. 

On l’a souvent dit : si en termes strictement quantitatifs, on peut mesurer l’objectif (de $ 9 300 US par tête d’habitant à $ 12 736), en termes qualitatifs, la route à emprunter paraît moins nette. Parmi les caractéristiques d’un pays à haut revenu : un capital humain formé aux nouvelles technologies et motivé, une infrastructure performante et innovante, une gouvernance efficace et transparente, des finances saines et sous contrôle, et une intelligente gestion des risques naturels. Nous avons du chemin à faire, mais la culture scientifique peut éclairer la voie et nous emmener plus loin...loin de nos démons qui nous retiennent en otage !

 
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