Pourquoi ce silence assourdissant ?

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Le gouvernement a changé, mais la MBC reste la même. C’est-à-dire médiocre, dépendante des ministres, en faillite, avec un surplus de protégés. Mais on laisse passer.

 Les casinos de Maurice, la Corporation nationale de transport, l’Irrigation Authority, entre autres corps parapublics, demeurent des machines à sous pour petits copains alors que le niveau de la dette publique ne cesse de grimper… on laisse rouler. 

Les dirigeants de l’alliance Lepep ne peuvent pas tenir leurs promesses, pire, font exactement le contraire, on reste tranquille. 

On place Baboo à la Culture et au lieu de s’indigner, on rigole (c’est vrai qu’on rigole moins avec Gayan à la Santé et Bhadain en charge de la MBC)… 

Pourquoi sommes-nous à ce point devenus une nation de blasés ? 

Si les récriminations sont de plus en plus nombreuses, les voix citoyennes qui s’élèvent demeurent, elles, peu nombreuses dans l’espace public. La grosse majorité d’entre nous préfèrent rester muets et regarder ailleurs. C’est plus facile de plaire et de se taire. 

Pourtant, la critique sociale est incontournable si l’on veut s’ériger en un peuple «smart» (terme à la mode, mais qui sonne de plus en plus creux) au lieu d’être un pays peuplé de «smart cities» en béton armé. La question à se poser, alors qu’on balance des dizaines de projets à grands coups de milliards, est : qu’est-ce qui réduit au silence nos intellectuels – ceux qui auraient pu éclairer le troupeau, remettre en question la gouvernance et l’ordre établi, et questionner notre commencé et les chemins à emprunter.

Pratiquement un demi-siècle après notre indépendance, nous ne pouvons que regretter le manque de cohérence de nos acteurs, qu’ils soient du pouvoir, de l’opposition ou de l’opinion publique. Cela a engendré une véritable crainte d’aborder les questions sociétales qui fâchent… 

Si les politiciens qui composent le gouvernement et l’opposition nous ont (suffisamment) démontré qu’ils jouent au même jeu de chaises musicales, l’opinion publique, elle, a le devoir de s’assurer qu’on ne perpétue pas l’immobilisme – ou pire.

***

Alors que les politiciens s’enlisent dans leur jeu d’alliance, commanditent des œuvres dithyrambiques pour faire perdurer leurs dynasties, achètent le silence de quelques intellectuels qui deviennent propagandistes, l’opinion publique, elle, peut toujours aider à trouver d’autres solutions, en créant de nouvelles issues.

 De par leur nature, certains problèmes se situent au-dessus des partis politiques. Ils réclament une solidarité patriotique, une coalition d’efforts, bref des engagements citoyens collectifs et non pas un déni de nos réalités. 

Dans une interview à la presse française, notre compatriote Sudhir Hazareesingh, qui brille sous d’autres cieux, (professeur d’université à Oxford et auteur du fameux essai sur la France «Ce pays qui aime les idées»), avance que le débat d’idées en France structure la société beaucoup plus qu’ailleurs : «J’irai même jusqu’à dire que la pensée est une composante essentielle de ce que veut dire «être Français». Et cela pour une raison historique simple : quand il fallut inventer une nation après la Révolution française, on a dû le faire à travers des principes abstraits. Procédez de cette manière, et vous serez constamment dans un débat d’idées.» Mais le grand échec de La France, avoue Hazareesingh, c’est de n’avoir pas su contrer la montée en puissance du Front national. «C’est navrant pour le pays de la tradition dreyfusarde. C’est une constante depuis les années 80 : on a systématiquement sousestimé le Front national (...) on part de l’idée que la France est le pays de la Révolution et des droits de l’homme. Donc, dans ce pays-là, le Front national ne peut être qu’un phénomène éphémère. Donc, on n’a pas besoin d’y réfléchir…» 

***

À Maurice, il y a des radicaux comme les Le Pen qui se cachent sous des costumes de démocrates et de socialistes – ou les deux à la fois. En dehors des structures mises en place par les propriétaires de partis, il nous faut favoriser un lieu de production et d’échange d’idées neuves. On doit cultiver des liens entre tous ceux qui croient en la force des idées comme moteur de l’activité humaine. 

La vie intellectuelle a connu une mutation avec le temps et l’Internet. Cette logique d’échanges et de confrontations de réflexions doit être organisée et amplifiée – afin que les idées prennent le dessus sur les partis et les hommes qui sont à leur tête.

 
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