Compétition = Civilisation

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Dans son livre phare de 2011, Civilization, Niall Ferguson décortique les six «apps» qui, selon lui, ont été les plus responsables de la montée en puissance et de la domination des civilisations européennes et américaines, dites de l’Ouest, depuis, globalement, le XVIe siècle. Ferguson nous rappelle, à cet effet, que vers 1500 les Etats européens qui allaient, par la suite, construire de véritables empires tant géographiquement que sur le plan des idées et des découvertes ne représentaient que 10 % de la surface terrienne du globe et, tout au plus, 16 % de sa population mondiale. 

Quatre cents ans plus tard, en 1913, les onze empires les plus importants issus des civilisations de l’Ouest contrôlaient presque trois cinquièmes des territoires et des populations mondiales et le chiffre pharamineux de 79 % de la production économique planétaire ! Les espérances de vie, la qualité des universités, les niveaux de vie, l’habitat, l’économie de marché, la science y avaient assuré leur triomphe. L’impérialisme et le colonialisme y avaient certes contribué, mais étaient loin de tout expliquer. En effet, l’empire Ottoman, celui des Ming, des Mughal ou des Safavides, avaient dominé physiquement et même culturellement, puis s’étaient effacées plus vite. Pourquoi ?

Les six «apps» de Ferguson, magnifiquement développés dans son livre, sont la compétition, la science, les droits à la propriété (et l’Etat de droit), la médecine, la société de consommation et l’éthique du travail. Les Etats et civilisations montantes ou déjà réussies, à l’Est, s’en sont toutes d’ailleurs largement, même si parfois pas totalement, inspirés plus récemment.

On s’arrêtera à la seule idée de la compétition pour aujourd’hui, vous laissant, cher lecteur, découvrir ou siroter à nouveau ce livre, par ailleurs superbement documenté.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que la compétition n’est pas tant nécessaire sur le plan individuel qu’institutionnel. Un modèle décentralisé tant sur le plan politique, qu’économique est apparemment essentiel pour construire une nation forte et responsable. Nous avons, quant à nous, a priori, un système d’économie libérale dans ce pays, qui tente d’assurer un maximum de compétition. Mais si les travaillistes ont eu raison d’évoquer la démocratisation de l’économie en tant que moyen de favoriser l’émergence de nouvelles forces économiques, ils ont en fait totalement dévoyé l’idée en favorisant leurs petits mignons. Au lieu de démocratiser, ils ont «soornacké» et «gooljarisé» et «sungkurisé» et «woochité» l’économie, privant ainsi le pays de la saine émergence des meilleurs au profit de protégés. 

La seule émulation présente dans un tel système est celle d’encourager les citoyens à se faire mutuellement du coude pour émerger comme les plus veules, les plus hypocrites, les plus accueillantes. Il s’agit là de compétition malsaine, avilissante, pire, de contre-productive puisque les autres, c-à-d ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas jouer ce jeu-là se démotivent, se mettent en marge ou s’exportent. 

Nous avons aussi des monopoles qui survivent en dépit du bon sens et qui nous coûtent très cher: pensez à la MBC (pertes accumulées de Rs 741 millions à décembre 2012), les casinos (Rs 591 millions de pertes a juillet 2015), l’Irrigation Authority (pertes cumulées de Rs 550 millions à décembre 2010). La CHC (444 millions de «trou» dans le plan d’assurance, et un déficit de fonds propres de Rs 241 millions, malgré une injection de Rs 200 millions du gouvernement au 31 décembre 2014) est un autre monopole introverti sur ses intérêts établis actuels (vested interests) qui, avec un partenaire planétairement réussi, comme Dubaï World, pourrait au moins être plus motivé à s’améliorer en faisant la compétition aux alternatives portuaires régionales !

Sur le plan politique, nous avons aussi beaucoup de chemin à faire. Du monopole envahissant de la MBC, qui empêche l’avènement d’une pluralité audiovisuelle plus large, aux tentations hégémonistes des uns et des autres qui préfèrent s’enfermer dans leurs tours d’ivoire peuplées de «yes men» et de limaces bienveillantes, nous devons souffrir de la même mentalité qui privilégie le confortable, le facile, le monolithique des idées et l’absence de débat contradictoire. Chez nous, les façades d’Etat décentralisé existent bel et bien, mais au bout de 45 ans d’érosion systématique, les ministres sont souvent devenus, comme Gowreesoo, des «poupettes», les institutions indépendantes ont été largement transformées en paillassons et les contre-pouvoirs ont parfois joué avec la complaisance. Ce n’est vraiment pas sain ! Qui plus est, chaque nouveau gouvernement, au lieu de composer et de tenter de convaincre, se voit, au contraire poussé à déraciner tous ceux qui sont moindrement contraires à ses ambitions partisanes et à les remplacer par ses caniches à lui.

Cela n’a jamais été facile pour les dirigeants de l’Ouest de se créer des contre-pouvoirs pour eux-mêmes. Cela s’est souvent même passé dans la douleur, mais que ce soit les grands hommes qui installèrent la Constitution des États-Unis ou celles de la France ou de la Suède, ceux-là, auront eu le mérite de penser bien au-delà de leurs horizons de vie personnels et de penser à ce qui était mieux pour leur pays.

Pour eux, pas de 2e république donc, taillée sur mesures pour 2 hommes en fin de carrière, pas de municipalités «punies» pour ne pas être de la même couleur que centralement, pas de filiation automatique et sans compétition comme chez le MSM, le PTr ou le PMSD mais du respect pour les institutions, même quand elles vous sont défavorables, et de la méritocratie partout afin qu’émergent les meilleurs, en libre et saine compétition.

Afin qu’émerge un exemple civilisateur….

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