Propos indignes

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Les réactions qui ont suivi la révoltante déclaration d’Anil Gayan sur sa motivation d’arrêter la méthadone démontrent avec justesse l’indignation collective vis-àvis des propos graves et inadmissibles d’un ministre de la République. Qu’Anil Gayan vienne se bomber le torse en affi  rmant qu’il a interdit un programme de substitution essentiel et vital pour les toxicomanes parce que, lors des dernières élections, son adversaire, Rajesh Bhagwan, avait sollicité 300 toxicomanes dépendant de la méthadone, et qu’il avait ensuite gagné par 400 voix, relève de l’inacceptable. 

À ce stade, nous ne sommes plus dans les divagations irresponsables d’un esprit égaré. Il s’agit de commentaires choquants et indignes d’un membre du gouvernement, qui plus est d’un ministre de la Santé, censé veiller à la bonne santé de tous, particulièrement des plus vulnérables, dont font partie les toxicomanes, ces victimes de l’enfer de la drogue et prisonniers des préjugés dans une société à l’esprit étriqué.

 De tels propos insultent non seulement les toxicomanes qu’on gagnerait à traiter avec humanité, mais aussi les Mauriciens qui découvrent que, parce que des personnes qui étaient sur un programme de méthadone ont voté pour son adversaire (déjà, on se demande comment Gayan peut faire pareille conclusion alors que le vote est secret), un ministre a jugé utile d’arrêter le recours à ce programme qui a fait ses preuves à Maurice et ailleurs, et défendu à cor et à cri – inaudible – par les travailleurs sociaux. À croire que Gayan est le représentant de ceux qui ont voté uniquement pour l’Alliance Lepep. 

Si de pareils propos sont tolérés par le Premier ministre ainsi que ses pairs au cabinet et les députés de la majorité, il y a de quoi s’inquiéter, sinon désespérer. Car il s’agirait ni plus ni moins d’un silence complice d’un gouvernement envers un ministre dont les décisions sont basées sur la vengeance politique. Gayan aura beau tenter de justifier ces commentaires en affirmant qu’il faut placer ses dires dans un contexte, que c’était un meeting (à croire qu’on peut dire n’importe quoi devant une assemblée de personnes, à croire qu’on peut offenser l’intelligence de ceux venus assister à ce rassemblement de son parti), le mal est fait. Et, au-delà de cette grosse faute, le doute est désormais instillé. 

D’autant que, dès le départ, le ministre de la Santé a toujours été flou dans ses explications sur l’arrêt de l’utilisation de la méthadone. Une décision prise sans discussion et en l’absence de consultation avec les effi-  caces travailleurs sociaux reconnus pour leur admirable travail de terrain, mais mis devant les faits accomplis, malgré leurs cris du cœur. D’ailleurs, au lieu d’un dialogue et d’un soutien à ces ONG crédibles qui ont fait leurs preuves et qui, inlassablement, accompagnent les toxicomanes depuis de nombreuses années, Gayan avait préféré déclarer une guerre incompréhensible et inutile en s’en prenant à ces associations qui militent contre la toxicomanie, les critiquant et questionnant leur transparence et leur effi-  cacité. Mais le summum fut atteint quand le ministre de la Santé, pour justifier son choix d’avoir recours au suboxone ou au naltrexone comme programme de substitution, avait associé la méthadone à la maladie d’Alzheimer et à la démence après qu’il a parcouru…  Internet  !

Il y a quelques jours, c’est le Dr David Mété, addictologue exerçant à La Réunion, qui a dénoncé les «contrevérités hasardeuses» du ministre de la Santé, en réaffirmant que la méthadone est un traitement sûr et efficace, reconnu par l’OMS depuis 2005, alors que le traitement au suboxone et au naltrexone que compte mettre en place le ministère de la Santé ne conviendra malheureusement qu’à un nombre limité de patients.  

Mais comment dire ? Tout le monde a tort. Seul Gayan a raison… même quand il débite des propos indignes.

 
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