Au défouloir de l’ONU, on y va chaque année

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Malgré le passage du temps et des résolutions, il n’avait pas l’air blasé. il n’a pas mâché ses mots et n’a pas souri à la face du monde. Sir Anerood n’était manifestement pas à New York pour admirer les lumières de Times Square ou pour se faire des amis à Central Park. Voir ainsi notre Premier ministre, à son âge, défendant notre intégrité territoriale contre les Français, Britanniques et Américains, peut faire vibrer la fibre patriotique en nous. Même si au fond, nous croyons savoir que nous ne faisons pas le poids contre les puissants de ce monde – et que nous ne foulerons pas Diego, Peros Banos, Salomon et Tromelin de sitôt…

 Si c’est vrai que sur le papier tous les pays, au sein de l’Onu, sont égaux (sauf les membres permanents du Sonseil de sécurité), dans la réalité, ce n’est pas vraiment ça. c’est un peu comme à Maurice, tous les Mauriciens ont des droits identiques mais tous ne peuvent pas être Premier ministre, même si nous avons, depuis peu, une loi sur l’égalité des chances. 

Sinon comment expliquer, qu’année après année, décennie après décennie, les bien-pensants, à la tribune de l’Onu  et ailleurs, tiennent les mêmes discours sans  résultat aucun ? 

En fait, tout commence avant même notre existence sur la mappemonde, alors que Maurice était une colonie britannique, sujette aux décrets de Sa Majesté. le monde a bien changé depuis. Mais un demi-siècle après les décolonisations africaines, un quart  de siècle après la chute du mur de Berlin, les injustices demeurent ! 

Petit florilège des bonnes intentions onusiennes qui n’ont pu être appliquées : l

1948 : la Déclaration des droits de l’homme préconise que «nul ne peut être arbitrairement exilé». (Article 9).

1960 : les membres de l’Onu soulignent dans leur vaste majorité : «les indépendances des pays colonisés doivent se faire sans modifications de frontières.» (résolution 1514 ‘Xv’) 

1965 et 1967 : l’assemblée générale réitère la résolution 1514, en insistant sur le démembrement illégal affectant Maurice et les Seychelles.

1971 : l ’Onu décrète que l’océan Indien doit être une «zone de paix», sans base militaire. le Sri Lanka, l’Inde et d’autres pays non-alignés et ayant l’océan Indien en commun soutiennent la démarche. les Etat unis et leurs alliés européens résistent et évoquent la sécurité internationale. les foyers du terrorisme renforcent leur argumentaire. 

***

Le 3 juin 1965, l’express rapportait que la base militaire anglo-américaine sera, malgré toutes les dénonciations et résolutions, installée au cœur de l’océan Indien. depuis 1964,  en fait, notre journal essaye de faire éclater au grand jour «l’étonnant  et inadmissible silence» qui pèse sur le projet Diego Garcia.

 Depuis, plus d’un a essayé de percer les mystères autour du dossier Chagos – qui renferme des guerres d’influence, secrets d’Etats, «graissages de pattes», mensonges, trahisons. outre l’Onu et notre Cour suprême, d’autres s’y sont intéressés : le Privy Council, la Haute Cour de Londres, le Sénat et la Maison Blanche de Washington, la Cour européenne des Droits de l’homme, plus récemment  le Tribunal international de la mer qui nous a même donné gain de cause…

Chaque année, comme SAJ vendredi, le représentant mauricien fait appel à la communauté internationale pour retrouver le contrôle sur les Chagos et Tromelin. les journalistes noircissent alors des pages entières. des coups d’épée dans l’océan ? 

*** 

Si le parc marin a été créé malgré nos cris, s’il est impossible de défaire l’histoire politico-militaire, si rien n’avance concrètement, l’on devrait, alors, s’interroger si de telles excisions de territoire, de tels mensonges d’Etat, de tels ‘orders in council’ de la reine d’Angleterre peuvent se reproduire de nos jours ? À une époque où les notions de démocratie et de droits humains ont été mieux assimilées, dans un monde où les médias veillent au grain, comment récupérer nos îlots ?   

Sans doute, il ne faut pas trop compter sur l’onu car l’application des résolutions n’est pas universelle, mais sélective. À 70 ans,  l’organisation qui est née sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale, reste largement influencée par certains gouvernements, dont précisément ceux que nous essayons de combattre.

 Dans le monde d’aujourd’hui, l’économie et le pouvoir ont fait que les problèmes humains, comme ceux des Mauriciens, des Palestiniens et des Chagossiens, ne peuvent être résolus que par la bonne volonté de certains... et l’Onu, dans tout cela, si elle n’est pas transformée pour refléter le XXie siècle, elle risque de n’être qu’un défouloir plus  qu’autre chose.

 
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