La classe ne s'achète pas!

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Au pays de l’indécence, tout est possible. Car la moralité, et on ne vous apprend rien de nouveau, est une notion vaine en politique. Ne parlons pas de classe, ce mot galvaudé dont certains abusent sans en connaître la profondeur. Il ne faudrait donc pas s’étonner de l’audace de Ramgoolam qui tente de s’acheter un retour sur l’échiquier politique. À Kewal Nagar, ce dimanche matin, l’ancien Premier ministre débute une campagne de reconquête de son électorat perdu – parti se réfugier dans les bras orange aux dernières législatives – à travers une démonstration de force.

Si les habitants de ce village affichent plus une curiosité qu’une euphorie l’ancien Premier ministre peut compter sur son état-major et ses partisans venus des quatre coins de l’île pour l’applaudir et l’accueillir en héros. Ceux-là qui, béatement, boiront ses paroles et à qui il n’hésitera pas à faire comprendre qu’il vaut bien mieux que SAJ qui «panique» sachant que le PTr «pe revini». Le même SAJ qui a, lui, profité d’une plate-forme à l’occasion de la fête Ganesh Chaturthi pour demander à la population de «ne pas faire confiance à ces gens qui se proclament des anges alors qu’ils ont commis des crimes contre le pays et le peuple».

Huit mois après la terrible défaite du PTr et sa chute personnelle, Ramgoolam trouve normal et légitime de se représenter devant l’électorat rouge et les Mauriciens pour leur faire croire que l’alternative future, c’est son parti ou plutôt lui. Qu’importe si les accusations de malversations pèsent sur sa personne et que les images de ses coffres-forts sont ineffaçables, qu’importe si les largesses accordées à Nandanee Soornack sont inoubliables (à croire que parler d’elle comme d’une erreur enlève les passe-droits dont elle a bénéficié), et qu’importe si la National Crime Agency britannique enquête actuellement sur des transactions suspectes de commissions qu’il aurait reçues. Ramgoolam ne fera pas profil bas comme d’aucuns auraient pu s’y attendre. Lui garde les yeux rivés sur le calendrier politique, se remet en selle sans pudeur, et se prépare déjà à un match à long terme avec Jugnauth fils. Car c’est de cette bataille-là qu’il s’agit. Le duel Navin-Pravind. 

Entre la famille mauve désormais divisée en trois factions – MMM, MP, ML –, un paysage politique qui permet difficilement à une autre force d’émerger, des réalités ethniques faisant accroire que le candidat au poste de prime ministership doit répondre à un certain profil sociologique et un SAJ dont beaucoup attendent son retrait politique, voilà donc l’ancien chef du gouvernement qui, malgré tous les scandales qui l’accompagnent, croit en ses chances de renaissance. Et s’aligne déjà dans les starting-blocks, labourant le terrain pour les prochaines législatives qui seront, selon les Rouges, anticipées, à en croire Arvin Boolell, rentré pour sa part dans les rangs en regardant s’éloigner l’image de plus en plus floue qu’il ambitionnait : celle du chef des Rouges.

L’éternel second, qui a cru en ses capacités pour prendre le leadership du parti travailliste, aura appris à ses dépens que Ramgoolam, malgré ses frasques, reste le chef incontesté au square Guy Rozemont où son bureau politique a fait peu de cas des accusations dont il fait l’objet. Cette garde prétorienne, enrichie depuis peu par Valayden qui se démène pour remettre le PTr et Ramgoolam en orbite, compte sur la capacité du bon peuple mauricien à pardonner et à faire preuve d’amnésie sélective d’une élection à l’autre.

Ce matin donc, à Kewal Nagar, Ramgoolam tentera un nouveau numéro de charme à travers un show auquel il nous a tellement habitués pendant les neuf dernières années. Quand on vous dit qu’au pays de l’indécence, tout est possible… Et la classe ne s’achète pas !

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