Dynasties: ce ‘soap opera’

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La nomination de la fille de Paul Bérenger, Joanna, à l’aile jeune du MMM nous ramène à une question qui taraude depuis longtemps : nos dynasties politiques. L’histoire des hommes est ainsi faite que, globalement, les peuples se sont graduellement éloignés des systèmes de leadership ancrés sur des royautés héréditaires, que l’on a remplacés soit par des coups de force, soit par un parti politique unique, soit encore par une démocratie. Dans les trois cas (il est peut-être d’autres cas de figure moins fréquents), ceux qui sont à la tête ne transmettent pas automatiquement leur pouvoir à leur progéniture, avec l’acceptation de tous. Le «roi» n’est que très rarement automatiquement suivi d’un prince de sang, sans qu’on y trouve quoi que ce soit à dire, comme en Arabie Saoudite ou en Corée du Nord. Ni M. Xi, ni M. Poutine ne sont les fils des ex-dirigeants de Chine ou de Russie.

Il faut bien se rappeler que si dans une démocratie libre, il faut, a priori, assurer la relève en donnant une chance égale à tous, il est aussi vrai que, statistiquement parlant, le fait d’appartenir à une famille politique incite, prédispose même, à ce que la prochaine génération s’intéresse à la chose et, mieux, parte avec de plus grandes chances de réussite. Pensez Gandhi pour l’Inde, Bhutto pour le Pakistan, Kenyatta au Kenya, Kennedy, Bush et Clinton aux USA. Au Bangladesh, en Argentine, en Corée (du Sud !), au Japon, en Argentine, la dynastie politique est ou a été une réalité. Comme le remarquait le New York Times, il est 8 500 fois plus probable que le fils d’un sénateur américain devienne lui-même sénateur, par rapport à un baby-boomer lambda. L’Economist écrivait en avril 2015 que 67 des 650 membres du Parlement dissous récemment avaient des liens familiaux avec des députés passés ou présents.

Dans cette optique, il n’est donc pas étonnant, statistiquement parlant, que nous ayons le p’tit Ramgoolam, le p’tit Jugnauth, le p’tit Mohamed, le p’tit Duval, le p’tit Boolell, le p’tit Uteem et maintenant la p’tite Bérenger. Entre autres.

Notre problème, à Maurice, c’est que nous n’avons que ça, surtout à la tête, dans tous les partis depuis 45 ans : aucun leader de parti, fût-il battu aux élections, ne part jamais et s’il le fait, volontairement ou pas, c’est pour le rejeton ! C’est ainsi que, depuis l’indépendance, nous ne pouvons choisir qu’entre trois noms pour nos leaders : Bérenger, Jugnauth ou Ramgoolam. Il n’y a alors aucune chance de sang neuf et les partis politiques ressemblent de plus en plus à des fonds de commerce qu’on lègue, comme dans le secteur privé – sauf que dans le privé, c’est aux risques et aux périls des propriétaires de l’entreprise, c’est-à-dire, eux -mêmes, alors que pour un gouvernement on parle de l’argent et du bien de tous !

Or, quelle est la probabilité que les dynasties politiques soient, en toutes circonstances, les meilleurs gestionnaires des biens et du bien publics ? Aucune ! On le voit bien ces jours-ci d’ailleurs… Pire ! Alors que la dynastie qui fait des erreurs ou dilapide dans le privé paie ses fautes ou insuffisances comptant, la seule sanction contre les mauvais gestionnaires du pays, c’est une défaite électorale… et une pension à la clé ! Il est vrai que nous avons aussi, en démocratie, la possibilité masochiste de punir les performants en les remplaçant par des démagogues !

On n’évitera pas les dynasties politiques que ce soit ici ou ailleurs, mais la qualité du leadership politique qui assure la succession devrait toujours être basée sur le seul mérite et l’habilité du postulant à bien diriger le pays pour le bien de tous. Et si l’on ne peut faire confiance aux partis pour choisir selon ces critères, on va continuer à se retrouver, à chaque élection, avec la situation bloquée d’avoir à choisir entre trois familles qui toutes, auront été rejetées, soit au moment où elles prétendaient au pouvoir, soit au moment où elles présentaient leur bilan.

Ce n’est guère réjouissant tout ça !

Et si une réforme constitutionnelle avisée incluait une bonne réforme électorale et pas plus de deux (trois?) mandats, même si non consécutifs, pour un PM et ses enfants? Ce faisant peut-être même que certains pères rajeuniraient leur parti plus rapidement alors que d’autres auraient moins envie de nous léguer leur dynastie ?

PS : Pourquoi cette chronique est rédigée en français alors que ‘Kronik’ s’écrit avec deux K ?! Héritiers d’une tradition de presse francophone qui date de 1776, nous revendiquons la place particulière du français mauricien au sein de notre démocratie. Et dans le sillage du tricentenaire de la présence française, notre groupe de presse a voulu partager avec vous une page de notre histoire commune, sous la forme d’un livret... Agréable lecture !

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