Y aura-t-il un miracle?

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Bien sûr qu’il faut saluer la mise sur pied d’un comité présidé par le ministre de la Bonne gouvernance pour mettre fin au gaspillage des fonds publics après la publication du rapport de l’Audit 2014 – où l’on a encore constaté à quel point la mauvaise gestion et le laisser-aller de l’ancien gouvernement nous ont fait perdre des millions, sinon des milliards de roupies. Oui, mais sans une véritable réforme, sans un changement de mentalités, sans l’adoption d’une nouvelle culture, nous assisterons encore, l’année prochaine, au dépôt du rapport soulignant les mêmes irrégularités et travers. Que n’a-t-on pas entendu, année après année, à chaque fois que le fameux rapport a été déposé ? Manque de rigueur, absence de planification, inefficacité, incompétence…

Après l’indignation des uns et des autres, les dirigeants nous servaient quelques discours faisant croire à la mise sur pied de mécanismes de suivi, de monitoring committees, de time frames dans l’exécution des projets pour stopper les retards qui provoquent des budgets additionnels. Et quand le Public Accounts Committee, dont le rôle est d’étudier les rapports pour faire des recommandations, était critiqué, ses membres se dédouanaient en expliquant  leur laxisme par une absence de latitude, si ce n’est un manque de pouvoir. Puis le quotidien reprenait, l’oubli s’installait, la presse (incluant notre titre) n’en parlait plus. Et le rapport rejoignait les précédents dans un tiroir fermé à clé. Jusqu’à la prochaine année où l’on refaisait le même constat. Au point où il y a désormais une banalisation de cet exercice, si ce n’est une indifférence du public qui regarde, de manière impuissante, la mauvaise utilisation de son argent qu’il gagne durement à la sueur de son front.

Or, à l’heure où le Premier ministre a, semble-t-il, une vision pour Maurice 2030, à l’heure où il a demandé aux fonctionnaires d’être plus efficaces, en les libérant désormais «des griffes jurassiques» qui les «immobilisaient sous l’ancienne administration», seul un comité qui a l’allure d’une mesure cosmétique – fut-il présidé par un ministre – ne suffit pas. C’est à un mindset neuf, une réforme, un vent de changement qu’il faut aspirer et ce, pas uniquement de la part des fonctionnaires, même si certains sont coupables d’incompétence. Il faut aussi pointer la responsabilité envers ces dirigeants (tous gouvernements confondus) qui, une fois au pouvoir, n’hésitent pas à faire des passe-droits une manière de gouverner quand la politique des petits copains dans l’octroi de certains contrats n’a pas raison de la bonne gestion de l’argent public.

Avec une nouvelle équipe au pouvoir, qui a jugé utile d’avoir un ministère de la Bonne gouvernance, et qui vendait l’image d’un vrai sanzman, et dans la perspective de la politique de la culture du travail et de l’effort prônée par SAJ, y a-t-il moment plus opportun pour révolutionner les mentalités ?

Lors d’un échange jeudi dernier avec les journalistes du groupe La Sentinelle, Vishnu Lutchmeenaraidoo, ministre des Finances et du développement économique, après nous avoir dit que «nous entrons dans une phase difficile, que les temps durs arrivent…», a aussi laissé échapper cette phrase pleine de bon sens sur la gestion du pays : «La transparence n’est même plus une option, c’est une nécessité.» Puisse le grand argentier partager sa philosophie au sein du cabinet et qu’il y ait une secousse dans les corps publics et parapublics pour une meilleure gestion transparente de nos fonds publics. Car il est trop facile de continuer à nous pondre des rapports chaque année sans aucun mécanisme de suivi et sans une obligation à rendre des comptes à la population. À pareil moment en 2016, nous pourrons juger de l’efficacité, ou pas, du comité mis en place par le ministre Badhain. Un an, ça passe vite…

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