Entre pistons et fistons politiques

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Une nouvelle fois, cette semaine, le rapport de l’Audit est réapparu pour redisparaître presque aussitôt. On en parlera encore l’an prochain. Cela fait des âges que cela dure. Les mêmes gaspillages, les mêmes départements dépensiers, et puis aucun suivi. Le rapport de l’Audit est devenu une farce, tout comme le Public Accounts Committee (censé enquêter sur les abus notés dans le rapport) qui n’a même plus voix au chapitre au Parlement. Cette insouciance collective face à nos travers souligne le mal qui ronge notre société et contre lequel nous ne pouvons manifestement rien : le clientélisme politique et l’incompétence arrogante qu’il engendre dans un grand nombre d’organismes publics et parapublics.

Jeudi, au cours d’une conversation à bâtons rompus avec les journalistes de l’express, le ministre des Finances, qui n’avait pas sa langue dans sa poche, n’a pas ménagé les «petits copains qui ont pourri les Casinos de Maurice». Son analyse est sans complaisance, ce qui est rare chez nos politiciens (qui doivent en permanence souffler le chaud et le froid en même temps). Est-ce dû au fait qu’il n’est (plus) membre d’aucun parti politique et qu’il ne court pas vraiment derrière un (autre) ticket électoral, mais davantage derrière ses rêves et envies d’une société qui progresse, au-delà des chiffres de la croissance ?

Des casinos à Air Mauritius, tous les gouvernements qui se succèdent pratiquent ouvertement le clientélisme politique et placent leurs pions à des postes névralgiques. Soyons francs envers nous-mêmes : combien de cadres dirigeants de notre pays doivent leur poste actuel à un coup de piston ?  Coup de piston qui suppose, bien évidemment, un retour d’ascenseur le moment venu. Et ce, au détriment de la méritocratie et de l’Égalité des chances !

Dans les autres pays aussi, les dirigeants politiques nomment leurs personnes de confiance. Aux États-Unis, par exemple, le président, dès son accession au pouvoir, place ses hommes et femmes à la tête des différents départements. Mais là-bas le critère déterminant demeure la compétence. Peut-on en dire autant quand l’on place un Bissoon Mungroo au board d’Air Mauritius ? Bon, vous me direz que cela ne peut être pire après le hedging de triste mémoire sous le chairmanship de Sanjay Bhuckory...

On va continuer à encourager la médiocratie et l’absence de rigueur si on perpétue ce système politique de pur trafic d’influence.  Et les rapports de l’Audit seront uniquement bons pour la poubelle. Et si on cherche bien, même cette poubelle aura été fournie par un proche d’un ministre !  Personne ne peut trouver cela normal. Cette déliquescence de l’État fait peur car elle a le pouvoir de compromettre nos ambitions de lendemains meilleurs. Il nous faut réagir. Et vite. C’est pour cela aussi que Lepep a été mis au pouvoir. Souhaitons donc que le comité Bhadain parvienne à changer la donne et à éliminer, au nom de la bonne gouvernance, le gaspillage ininterrompu des fonds publics.

***

Navin Ramgoolam joue sur les mots. «Je suis fort» ? «Nous sommes forts» ? Et a tenté de démentir l’express. Sauf qu’on a l’enregistrement qui prouve qu’il a bien dit «Je suis fort». Et puis de toute façon dans le «nous» il y a le «je», non ? Pourquoi donc cette crainte d’avoir mal parlé ?

On peut comprendre que Ramgoolam ait tiqué en voyant notre Une de lundi et en lisant notre compte rendu de son excursion à Sébastopol. Ayant reçu un large coup de pied du no 5, il compte désormais sur le «goodwill» de ses fidèles lieutenants, en premier Arvin Boolell, pour se refaire une virginité politique. C’est du reste ce qu’il a fait en allant braconner sur le terrain labouré inlassablement par Boolell père et cultivé par le fils qui a migré sur le terrain d’à côté. Et pour cet exercice, le «nous» travailliste devient plus important car le «je» a été sérieusement dévalué par Soornack et les coffres-forts...

Pour faire diversion et pour préparer le 20 septembre à Kewal Nagar, les rouges exploitent une brèche qui se fait de plus en plus visible au sein de Lepep – malgré les démentis sonores des uns et des autres. Le PMSD semble être de plus en plus isolé. Et cela donne lieu à des situations cocasses.

Ayant bénéficié du piston de son père pour entrer en politique (qui lui-même avait profité de celui de son père), Adrien Duval, en l’absence de Maya Hanoomanjee, a essayé de se démarquer, en prouvant son indépendance de jeune premier. Et il l’a fait, tout à son honneur. Son indépendance a d’ailleurs été saluée – car il a rappelé à l’ordre le tumultueux Roshi Bhadain, l’étoile montante du parti Soleil, en l’absence de Pravind Jugnauth. Sauf que cela semblait donner des sueurs froides à son père – qui, avec des signes de la main, voulait que le fiston calme le jeu. Que c’est attendrissant, on se croirait presque à la maison...

C’est clair : il faut absolument éviter que les rapports PMSD-MSM, déjà mis à mal par Showkutally Soodhun, avec la complicité de la bande à Ganoo, se détériorent davantage. Et voilà le jeune Adrien, coincé entre son rôle de Speaker et de fils de Xavier Duval, qui se retrouve écartelé.

Le fin stratège Bérenger a aussi vu cette brèche. En saluant la performance d’Adrien Duval il provoque, en fait, le MSM... Et souhaite, comme le PTr, accélérer l’éjection programmée du PMSD du gouvernement. Dès lors, les Duval, père et fils, ont tout intérêt à montrer qu’ils ont l’échine souple (pourquoi du reste ne pas en faire leur brand name ?) et doivent éviter d’en faire trop...  sinon c’est la glissade vers la sortie !

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