À la recherche de cohérences perdues

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Rembourser tous les investisseurs du Super Cash Back Gold à 100 %, il est vrai étalé dans le temps, ne ressemble pas beaucoup à ce qui se passe généralement en économie libérale. Y rajouter le remboursement de 80 % des sommes dues à ceux qui ont investi dans Bramer Asset Management rempile dans la même direction, mais ne paraît pas bien mieux avisé. Pour deux raisons principales.

D’abord parce que cela crée un précédent extrêmement lourd à porter. En effet, l’instinct premier du gouvernement avait été de s’en laver les mains et de seulement compatir, au motif que ces investisseurs avaient été gourmands, cupides et imprudents. C’était le bon instinct. Vers la troisième semaine d’avril, cependant, le discours se métamorphosait, sans doute après diverses démarches «émotionnelles» et sous la pression d’investisseurs individuels traumatisés à l’idée de perdre leurs investissements. 

Changement de cap: le gouvernement modifiait son approche et socialisait les pertes capitalistes d’individus divers. Ils étaient  20 551 chez SCBG et environ 8 450 à la Bramer Asset Management et ils n’en croyaient pas leurs oreilles d’avoir, à leur âge, découvert le vrai père Noël ! Ils étaient sauvés contre leur plus fol espoir et en dépit de leur  folie ! Ce qui donnait d’ailleurs des idées aux autres malheureux investisseurs du pays, de Whitedot à la Vacoas Multi-purpose Coop. Vous imaginez ? Nous vivrions désormais dans un pays où peu importe le risque intrinsèque d’un investissement (comme reflété d’ailleurs par des promesses de retours sur investissement «hors norme»), on serait couvert par un gouvernement «humain» ! De quoi donner des idées à certains nouveaux investisseurs…

Ensuite, un bémol de taille : ce sens humaniste doit se servir de l’argent des autres ! En effet, les milliards de roupies que l’on aligne pour acheter la paix avec ces 29 000 investisseurs qui se sont fait prendre devront nécessairement être trouvées soit dans la poche des autres (à travers des taxes), soit aux dépens des autres; notamment de causes méritoires comme l’éducation, les infrastructures ou la pauvreté, devenant du coup passibles d’être reléguées comme priorité, au profit d’investisseurs indélicats qu’il fallait couvrir ! Et qui va, au nom de la transparence, nous faire les comptes et nous dire ce que cela va effectivement coûter ?

Ajoutons à cela qu’en économie libérale, les pertes d’emplois sont malheureusement inévitables, mais que là encore le gouvernement a pris la responsabilité de sauver tous les employés ! Personne de licencié à la NCB qui prend le relais de la Bramer Bank, personne non plus à la NIC, personne à Apollo, personne à Iframac, si peu de monde à Courts où David Isaacs va réactiver son Mammouth.  Mais n’est-ce pas cette même masse salariale qui «produisait» des pertes majeures sous la BAI ? Mais oui ! Alors, qu’est-ce qui sera différent ? On a fait l’économie des gros salaires et des gros transferts vers… la famille ! Espérons que cela suffira pour rétablir la rentabilité ! Mais il est permis de douter…

Jusqu’ici, les syndicats étaient contents. Ils avaient un interlocuteur qui comprenait leurs points de vue. Ils collaboraient en sirotant la nouvelle donne…

On pensait alors la situation très claire, d’autant plus qu’il y avait aussi l’épisode State Bank en repreneur commandité de la Bramer et plus proche de nous, celui de PricewaterhouseCoopers où une firme internationale voyait son Special Administrator être licencié et sa facture être rejetée unilatéralement Dei Gratia Rex . Ajoutons-y l’épisode Courts(Asia) où le preferred bidder fut évincé à la faveur d’une procédure qui ne respectait plus grandchose de l’appel d’offres initial. Comme le déclarait M. O’Connor sur le tard : peutêtre, après tout, que c’est un «blessing in disguise» que de s’être fait éjecter ! En effet, faire des affaires dans un pays aussi peu prévisible est un sérieux risque !

Ce qui nous mène à l’Economic Mission Statement du samedi 22 août, où l’engagement personnel du PM est sans doute le seul véritable nouvel ingrédient de succès que l’on propose pour faire la différence. C’est d’ailleurs l’ingrédient de la dernière chance. Car les huit premiers mois allaient souvent dans un autre sens et il est maintenant requis de changer de cap à 180 degrés ! M. Subron ne s’y trompe pas en décrétant qu’il y a désormais, selon lui «usurpation du vote démocratique confié à l’alliance Lepep» et qu’à son avis il y aurait «une nouvelle alliance avec les gros capitalistes». Il a un peu raison. Le PM ayant sans doute réalisé que 175 milliards d’investissements du privé ne se feront pas pour les beaux yeux de quiconque… et qu’il fallait, de toute manière, plus que des yeux doux !

Mais il a aussi bien tort car, au-delà des applaudissements polis, des persifleurs de service et des «targets» trop optimistes, une question cruciale que se posera inévitablement le secteur privé, y compris les étrangers devant souscrire à la majorité des investissements  (140 milliards) est la suivante : quel est le vrai gouvernement auquel on a affaire? Celui du Mission Statement ou celui des huit mois qui ont précédé ?

Et, s’il vous plaît, que personne ne me réponde: les deux à la fois ! Car il faut savoir. Pour croire. 

 
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