Regardez nos décorés, et puis circulez…

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C’était la joie au Château du Réduit cette semaine. Le gratin du gratin y était convié. Les proches du pouvoir politique recevaient leur médaille pour services rendus. Sourires complices, accolades et poignées de main devant les caméras et autour du couple Jugnauth. Un constat : malgré les alternances, ceux qui décrochent l’or sont toujours issus des cercles de politiciens. 

Le discours de circonstance des décorés est d’encenser le patriarche, présenté comme le «père du miracle économique», eu égard à son leadership politique qui a favorisé le décollage économique des années 80 ; «ces années décisives» pour reprendre le titre d’un  ouvrage flatteur. 

Et parmi les photos les plus parlantes, celle (publiée hier dans l’express) d’Ivan Collendavelloo, qui a eu l’insigne honneur de décrocher le Grand Commander of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean des mains de nulle autre que celle qu’il a recommandée comme présidente de la République. Collendavelloo, qu’on n’a pas assez entendu par rapport au conflit frontal entre l’exécutif et le judiciaire, a été récompensé pour sa contribution au système juridique entre autres. C’est visible que le Mouvement Liberater s’avère le grand gagnant de ces National Awards présidés par Ameenah Gurib-Fakim. Mais il n’y avait pas qu’eux. Bien d’autres décorés pouvaient difficilement cacher leur fierté : Showkutally Soodhun, Kee Chong Li Kwong Wing, Bissoon Mungroo, Heman Jangi… La liste des loyaux et des loyautés est bien longue. Elle en dit long aussi.

 À écouter nos décorés émus, tout va très bien, madame la marquise… Il leur semble même possible que 2015 soit l’année d’un nouveau décollage économique. Pas encore une année facile, certes, mais d’ores et déjà présentée comme l’année de la relance des pôles, des investissements, des chantiers et des emplois fruits d’une vision éclairée. Il suffira, nous dit-on, que SAJ fasse sa belle Economic Mission Statement pour que tout se débloque sur la voie tracée… 

Et avec le traité fiscal avec l’Inde, vendu par Bhadain et ses suiveurs (un peu tôt ?) comme un exploit, Maurice est présentée comme courtier et tête de pont entre les nouveaux tigres de l’Asie et les marchés africains. Le forcing économico-diplomatique a été mené avec «conviction» en Inde par nos dirigeants qui ont travaillé d’arrache-pied… 

La Mauritius Broadcasting Catastrophe a minutieusement capté tout cela et fera tourner ces images en boucle…

***

 Puis est venue, alors que sir Anerood se dirigeait vers la sortie, une question de notre journaliste Ruth Rajaysur – une question pourtant bon enfant, et posée avec beaucoup de respect. «Comment s’est passé votre voyage ?» Et là tout change. Le ton de la petite fête. Le visage du Premier ministre aussi. «Mo voyage pas concerne personne, li concerne moi», réplique un Premier ministre visiblement hors de lui,  et passablement décontenancé par cette question. Pourtant le même SAJ, durant la campagne électorale de l’an dernier,  critiquait Navin Ramgoolam pour son manque de transparence. 

Par un concours de circonstances, demain, cela fera une année, jour pour jour, qu’on avait publié les photos de Navin Ramgoolam et de Nandanee Soornack*. Dans notre éditorial, publié le même jour pour expliquer ce choix de photos, on expliquait que notre décision avait été motivée par une interprétation jurisprudentielle du code civil : «L’atteinte à la vie privée est justifiée par l’exercice de la liberté d’expression lorsqu’elle est nécessaire à la compréhension d’un évènement public, d’un fait d’actualité ou d’un débat d’intérêt général avec lequel la personne concernée est en lien direct.» (Voir aussi en page 11). 

Dans le cas de SAJ également, nous affirmons que ce principe s’applique, surtout eu égard aux rumeurs concernant son état de santé. Dommage qu’il ait choisi de réagir exactement comme son prédécesseur… Et à l’époque, plus d’un MSM avait salué notre décision. Aujourd’hui ils sont plutôt silencieux. Il est vrai qu’ils ont désormais une médaille autour du cou.

***

 Au Château, il y avait, entre les politiciens, Avishek et Jeshree Gunness – le fils et l’épouse du chauffeur Deepchand Gunness. Celui-ci a été décoré, à titre posthume, pour sa bravoure lors du terrible accident  de Sorèze.

 Alors que la CNT (prenant pratiquement tout le monde à contre-pied) avait jeté le blâme sur le chauffeur décédé pour négligence ainsi que sur le receveur Ram Bundhoo (car il aurait accepté deux ou trois passagers en trop), l’express en avait fait ses «Mauriciens de l’année 2013» car tous les passagers du bus avaient salué leur sang-froid. C’était le plus bel hommage, en attendant que l’État ne s’en émeuve, plus de deux ans après…

* AVIS : Appel à ceux qui avaient acheté, il y a un an, aux petites heures du matin du  17 août 2014, la plupart de nos journaux montrant Navin Ramgoolam et Nandanee Soornack dansant le séga : si vous ne savez plus quoi en faire, nous on aimerait en racheter une centaine d’exemplaires à Rs 50 la copie !

 
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