Circonstances atténuantes…

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Nous avons ici même, dans ce journal, été très critiques envers certaines pratiques du nouveau gouvernement issu des urnes en décembre 2014. Notamment sur le plan de la démocratie (Parlement en congé, MBC toujours kidnappée par le pouvoir, moins de respect pour les contre-pouvoirs, circulaire aux ministères et aux Chairmen de corps parapulics pour mieux cadenasser l’accès à l’information, Freedom of Information Act et loi sur le financement des partis toujours en attente, enquêtes focalisées sur le règne travailliste plutôt que sur toutes les gabegies précédentes, méritocratie bafouée, policiers voulant dénigrer un ordre de juge dans le cas DPP etc…), mais nous avons reconnu le bien-fondé de plusieurs initiatives (pension améliorée, fermeture de la BAI…) et nous ferions injure à qui de droit de ne pas reconnaître des héritages plutôt lourds à porter.

Elles n’excusent en rien les dérapages, mais elles aident, dans une certaine mesure, à mettre en perspective et à comprendre. Et il faut aussi reconnaître que ce nouveau gouvernement, loin de trop s’apitoyer sur son sort, s’est mis à l’oeuvre, selon ses convictions et a tenté d’avancer… même si la réussite n’a pas toujours été au rendez-vous : l’épisode du traité fiscal avec l’Inde, les garanties à tous vents pour les employés et les investisseurs BAI ou encore la SBM, comme repreneur de la Bramer, peuvent en témoigner.

Prenez l’emploi, par exemple. Personne jusqu’ici n’a explicitement reconnu que l’ancien gouvernement a, dans beaucoup trop de cas, créé de l’emploi souvent factice, plombant ainsi l’efficience et les finances de nombreux corps parapublics. Comment, dès lors, mettre de l’ordre au sein des casinos, de la MBC, de l’université de Maurice, du SIT, de l’UTM ou d’Air Mauritius, dit-on, sans d’abord licencier ? Dans le privé, les rigueurs de la roupie forte (pour les industries gagnant leur vie en devises étrangères) ainsi que la crise dans le bâtiment ou l’affaire BAI ont créé un «surplomb» d’emplois fragilisés qui gênera solidement aux entournures, jusqu’à ce que le développement du port et celui des smart cities prenne éventuellement le relais, ce qui présuppose d’ailleurs le préalable de «smart people» avec les «mind sets» qu’il faut ! La tentation de garantir des emplois dans ce contexte se comprend, mais ne pardonnera pas, notamment au niveau de la productivité nationale, extrêmement faible jusqu’ici, à 0,1 % annuellement (2007-2012) et pourtant garante capitale de nos prétentions éventuelles de «high income country» !

Prenez le Budget gouvernemental. Il n’est pas en mauvais état, à vrai dire, mais une fois encore, il y a un potentiel de saignée supplémentaire qui peut inquiéter. Nous avons vu une bande-annonce avec la MPCB, dans laquelle le ministre des Finances a dû injecter Rs 500 M pour parfaire le capital de cette banque après les dérapages instrumentalisés politiquement au niveau du portefeuille des prêts. Il est difficile d’être précis sur l’héritage et la menace (les websites des corps parapublics n’étant pas du tout enclins à publier leurs comptes annuels), mais nous nous rappelons tous les premiers commentaires quelque peu stupéfiés du ministre Lutchmeenaraidoo sur le nombre de corps parapublics qui sont chroniquement déficitaires (et qu’il faudra donc financer !) Nous pouvons supposer aussi, qu’Air Mauritius, la MBC et la BAI (dont les déposants et l’activité sont pris en charge depuis) vont peser lourd sur le budget des contribuables bientôt, ce qui pourrait sérieusement réduire la marge de manoeuvre du gouvernement sur ses autres ambitions. Et n’oublions pas les «trous» annoncés sur les plans de pension nationaux qui deviendront de plus en plus difficiles à combler, plus passe le temps…

Pensez aux grands équilibres des comptes de la nation. Notre déficit commercial atteindra plus de Rs 80 milliards cette année et les recettes «invisibles» ne sont pas suffisantes pour éviter, au niveau de la balance des comptes courants, un déficit qui est chronique depuis 2005 et beaucoup trop élevé pour ne pas inquiéter (environ 10 % du PNB depuis 2013). En effet, cette situation nous rend anormalement dépendant de l’étranger (pour prêts et FDI, par exemple) et notamment pour les deux axes de développement souhaités par le dernier Budget, soit le port et les smart cities.

Sur le plan des infrastructures, CT Power étant écarté, pensez au pétrin des moteurs électriques de la station de St Louis qui, ayant atteint leur limite d’âge, doivent impérativement être remplacés au plus vite, pour éviter le black-out, alors que le contrat d’abord alloué aux Danois a été annulé pour des raisons controversées et que le dossier va traîner en cour… Pensez aussi aux mauvaises surprises de la route Terre-Rouge–Verdun et du Bagatelle Dam qui dévorent l’attention ministérielle, qui demanderont des rallonges de budget conséquentes et qui seront au moins une distraction matérielle aux autres objectifs infrastructurels du pays.

Concédons que des années de pratiques non exemplaires, au niveau des institutions, de l’économie, de la MBC, de la méritocratie, de la démocratie sont difficiles à transformer instantanément. Reconnaissons aussi que certains bureaucrates, loin d’être de loyaux serviteurs de la nation, desservent parfois d’abord soit leurs intérêts, soit ceux de leur «parrain».

Mais malgré ces quelques circonstances atténuantes, la déception demeure bien vive quand les initiatives finalement prises sont contraires aux espoirs suscités et aux promesses faites ! Et c’est bien normal qu’il en soit ainsi, parce que le passé est déjà composé et que seul le futur est encore en état de gazouiller !

 
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