Pa korek mam

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Il aura fallu seulement sept mois pour que l’Alliance Lepep prenne la voie d’un État policier. Il aura fallu seulement sept mois pour que ceux qui, hier, dans l’opposition se montraient champions de notre démocratie la bafouent aujourd’hui, blessent notre République et inquiètent les citoyens mauriciens qui, pour dire le moins, sont perdus dans les méandres d’une crise institutionnelle malsaine. Il aura fallu seulement sept mois pour que les mots tels que dérives, autoritarisme et grotesque soient préférés à éthique, moralité et respect des institutions.

Les épisodes auxquels nous venons d’assister cette semaine, qui ressemblent en tout point à un jeu de rapport de force entre le gouvernement et le DPP, est indigne de notre pays. Malgré l’opinion qu’on peut avoir sur Satyajit Boolell ainsi que sur toute l’affaire Sun Tan (bien évidemment, le DPP n’est pas au-dessus des lois et s’il s’est rendu coupable d’une quelconque faute, il devra assumer ses responsabilités), la tournure prise, avec l’interpellation du directeur des enquêtes de l’ICAC, Chimunlall Ghoorah, la descente policière au domicile du directeur de l’ICAC, Lutchmyparsad Aujayeb, la descente policière chez le Directeur des Poursuites publiques et les pressions sur les avocats qui parlent de mandat d’arrêt – alors que la police dément – est totalement condamnable et inacceptable.

Ce match auquel on nous convie entre, d’un côté le gouvernement et une police qui semble faire preuve d’un excès de zèle – rarement vu ces dernières années – et de l’autre le DPP, soutenu par son équipe ainsi que des membres de la profession légale qui lui ont exprimé leur solidarité en cour jeudi dernier, n’est pas une atmosphère dont nous rêvions sept mois après la prise de pouvoir d’un nouveau gouvernement qui n’a définitivement pas été mandaté par Lepep admirab pour ce genre de spectacle désolant qui laisse d’ailleurs petit à petit, dans son sillage, une image de gouvernement revanchard, voire de règlement de comptes. Quand il ne laisse pas croire qu’il a une toute autre conception de la séparation des pouvoirs.

Si une partie des Mauriciens sont en désarroi ces jours-ci, c’est parce que l’exécutif laisse penser qu’il fait peu de cas de notre judiciaire. Il y a eu d’abord, en février dernier, le bras de fer avec la décision de placer le DPP (qui a contesté cette démarche) sous la tutelle de l’Attorney General. Avec le jugement dans l’affaire Pravind Jugnauth, nous avons assisté à des commentaires déplacés venant du Premier ministre estimant que c’est un mauvais jugement ainsi que des membres du gouvernement qui, non contents de leurs déclarations exagérées sans respect des magistrats, ont cru nécessaire d’aller se faire voir en cour.

Le même défilé a eu lieu jeudi dernier avec la présence remarquée, pour la deuxième fois, de l’Attorney General qui aurait été mieux inspiré de rester à son bureau. Et cette fois avec la manière de faire envers Satyajit Boolell qui, lui, a juré un affidavit explosif, le public a une perception d’une tentative de faire plier le judiciaire. Et ce n’est pas l’idée que nous nous faisons de notre pays.

Il serait donc urgent que le Premier ministre et les membres de son gouvernement fassent leur premier bilan, leur examen de conscience et prennent la mesure du sentiment des Mauriciens. Ce n’est pas parce qu’ils ont gagné deux élections de suite, que le gouvernement a en face une opposition plutôt fragile, qu’il faut croire que tout est permis ! Il est tout aussi primordial que les juristes de ce gouvernement – pas ceux qui défendent maladroitement l’injustifiable façon Sanjiv Teeluckdarry sur les ondes de Radio Plus jeudi dernier – enlèvent leurs visières partisanes quand il s’agit d’État de droit, de principe et de démocratie.

Et parce que les hommes passent, que les institutions restent, les enfants de la République ont le droit de dire au gouvernement Lepep qu’il n’a pas été porté au pouvoir pour transformer notre pays en un État policier. Pa korek mam !

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