À la poursuite de réponses publiques

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Au vu des événements qui secouent le pays, une question, somme toute patriotique, s’impose : Maurice devrait-il toujours être brandi comme un exemple de démocratie pour l’Afrique ?

À cette question, il ne peut y avoir de réponse tranchée (style oui / non). La guerre des institutions, entre la police, l’ICAC et le DPP – ellemême provoquée par un clash post-MedPoint entre l’exécutif et le judiciaire – est de nature complexe. Il n’y a pas une réponse, une vérité, comme certains l’affirment. Il y en a plusieurs. Avec beaucoup de nuances, de contrevérités, des non-dits aussi. Ces quelques questions de profane découlant des points saillants de nos actualités et de discussions avec plusieurs sources peuvent contribuer à pousser notre réflexion plus loin. Pour le bien de chacun et le bon fonctionnement des institutions de notre République.

◗ Un Directeur des poursuites publiques (DPP), qui a bénéficié d’un ordre intérimaire de la Cour suprême pour qu’il ne soit pas arrêté, mais qui doit s’enfuir de chez lui, en quatrième vitesse, afin d’échapper à... une arrestation policière ! N’est-ce pas une scène surréaliste pour un pays qui érige l’État de droit comme un principe de bonne gouvernance ?

◗ Un DPP qui n’a manifestement pas confiance en la police, encore moins en l’ICAC ; est-ce seulement imaginable dans le cadre de ses fonctions constitutionnelles ?

◗ Un commissaire de police, autre poste constitutionnel, qui ne veut pas être au milieu de la guerre entre l’ICAC et le DPP ; est-ce une posture envisageable, vu l’interaction obligatoire entre ces trois institutions-clés ? Un Mario Nobin qui ne veut pas savoir qui a signé le mandat d’arrêt contre le DPP, est-ce sérieux ?

◗ Le directeur des enquêtes et le directeur général de l’ICAC qui sont interrogés – aux petites heures du matin – par la police après une déposition, la veille au soir, de deux ministres de la République ; ne sont-ce pas les signes d’un État policier ? Est-ce que la police agit avec autant de célérité pour tout cas suspecté de faux affidavit ? Ce faisant, les Casernes centrales ne savaient-elles pas qu’elles commettraient un outrage à la Cour suprême (qui avait émis un ordre intérimaire pour protéger le DPP jusqu’au 3 août) ?

◗ Tout un cabinet ministériel qui transforme une cour de justice en espace de meeting après un jugement défavorable contre l’un des leurs (le verdict inattendu des magistrats Ramsoondar et Neerooa du 30 juin à l’encontre de Pravind Jugnauth dans l’affaire MedPoint) n’entrave-t-il pas le sacro-saint principe de séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le judiciaire ?

◗ Un Premier ministre qui critique sévèrement ce même jugement (qui condamne nul autre que son fils pour conflit d’intérêts sous l’article 13(2) du PoCA) ne renforce-t-il pas ce sentiment ?

◗ Des ministres qui plantent des «nouvelles» (détenues ou fabriquées par eux seuls) dans la presse afin de dénigrer ceux qu’ils perçoivent comme leurs adversaires. OEuvrent-ils pour l’intérêt général ou profitentils tout simplement de l’absence d’un Freedom of Information Act ?

◗ Une commission anticorruption qui émet des communiqués alambiqués, dans une malheureuse tentative d’être bien perçue à la fois par le gouvernement (qui nomme le DG de ladite commission ainsi que ses deux assesseurs) et par le DPP (avec qui elle doit traiter sur plusieurs dossiers sensibles) ; peut-elle affirmer qu’elle agit en toute indépendance ? Surtout quand ces communiqués sont doublés d’appels téléphoniques de communicants pour expliquer le contexte...

◗ Un DPP, une police et une ICAC qui communiquent maladroitement et qui parlent le plus souvent off-record pour chacun sauver sa peau. N’est-il pas temps d’avoir un Freedom of Information Act afin que cessent ces murmures, ces palabres et ces attaques sous la ceinture ?

◗ Mais que fait le comité parlementaire de l’ICAC, payé de nos sous et qui semble maintenant se réveiller ? Pourquoi n’a-t-il rien dit quand Aujayeb a été nommé DG sans appel à candidatures et quand l’un des assesseurs a claqué la porte sans qu’on ne sache vraiment pourquoi (malgré cet autre communiqué alambiqué) ?

Questions supplémentaires :

◗ Des avocats, regroupés en association ou sur le plan individuel, qui ne savent plus s’il faut soutenir le DPP ou le gouvernement, hésitent-ils entre leurs principes théoriques et leurs intérêts personnels et pécuniaires ?

◗ Un DPP qui choisit des avocats – en connaissance de cause ? – ne court-il pas le risque demain que l’on dise qu’il favorise ces derniers dans certaines affaires ?

◗ Un avocat, en l’occurrence Hervé Duval Jr, qui réalise, après 25 ans de carrière, l’importance des journalistes ; est-ce uniquement quand ils se rendent compte qu’elle peut les aider que certains avocats comprennent que la presse – libre et indépendante – joue un rôle positif dans la société ?

◗ Comment ont fait les hommes de loi du DPP pour avoir, vers 8 heures du matin, un Habeas Corpus verbal (fait rare, qui rappelle l’affaire Maigrot) de la part de la juge Ah Foon Chui Yew Cheong ? Si demain un citoyen lambda est arrêté dans les mêmes circonstances, aura-t-il lui aussi un accès direct à Madame le juge ?

◗ Et le DPP, ce même homme qui soulignait qu’il ne fallait pas que l’éventuel président Ramgoolam soit au-dessus des lois en ayant l’immunité complète, ne devrait-il pas accueillir une enquête sur sa personne ? Qui jugera que toute enquête sur lui est «mal motivée» et relève du but inavoué, mais apparemment clair, de le remplacer par du plus malléable ?

◗ Pourquoi Ivan Collendavelloo, père silencieux du PoCA et champion autoproclamé de la bonne gouvernance, se concentre-t-il davantage sur le MMM que sur les dérives totalitaires du régime dont il fait partie ? Est-ce que, selon lui, tous ces avocats ont tort de parler de «climat de terreur» ?

◗ Sept mois après le 11 décembre, sommes-nous vraiment contents de l’action gouvernementale, au vu de l’escalade post-MedPoint ?

◗ Ne vont-ils pas finir par nous faire regretter Navin Ramgoolam, malgré tout ce que l’on sait aujourd’hui sur l’ancien PM...

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