Pour un débat éclairé

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S’il faut saluer la mise sur pied de la commission d’enquête sur la drogue, annoncée par le Conseil des ministres vendredi dernier, il faut aussi avouer que cette nécessaire commission survient parce que toutes les politiques adoptées par les différents gouvernements précédents pour combattre le trafic de drogue laissent un goût d’échec aux Mauriciens.

L’Alliance Lepep, bien inspirée de respecter un engagement pris dans son manifeste électoral, a donc une opportunité de faire un état des lieux sur ce sujet grave en mesurant l’ampleur du trafic et en se penchant sur toutes les interrogations liées à ce fléau, qui vont des causes de la faillite à empêcher la drogue de pénétrer sur notre sol malgré les surveillances musclées au port et à l’aéroport, à la relation entre trafic et blanchiment d’argent, en passant par les nouvelles drogues de synthèse.

Bien que cette commission semble importante aux yeux du public, des voix, dont celles des travailleurs sociaux – qu’il faut absolument prendre en compte –, ont fait part de leurs craintes vis-à-vis d’une poursuite de la politique de répression adoptée par tous les gouvernements face aux consommateurs de drogue. L’ancien Attorney General Rama Valayden est allé plus loin et a affirmé, dans les colonnes du Défi, que «le choix d’un juge pour présider la commission d’enquête sur la drogue est mauvais puisqu’un juge représente l’autorité légale et symbolise la répression. Il aurait mieux valu choisir un travailleur social qui a fait ses preuves dans ce domaine. Aucun juge ou magistrat ne sait ce qu’est la vie dans une cité. Ils ne savent pas ce que vit une famille dont un membre est pris dans l’enfer de la drogue.» À cette réflexion, on pourrait toutefois ajouter que la présence à la commission d’enquête de l’ancien ministre de la Sécurité sociale Sam Lauthan, également travailleur social, rétablira l’équilibre.

Si cette commission contribuera à l’identification des gros trafiquants de drogue, ces requins trop puissants pour être pris dans les filets jusque-là, mais qui pourraient dès lors être mis hors d’état de nuire, on ne pourra que s’en réjouir. En revanche, à l’heure où la situation est alarmante, avec la montée en puissance des cannabis synthétiques faisant des ravages chez nos jeunes, il importe, plus que jamais, d’arrêter d’être hypocrite. Il faut se poser les bonnes questions, adaptées à notre société d’aujourd’hui. Car ils n’ont pas tort ceux qui estiment que la politique de répression, dont les consommateurs occasionnels de gandia sont les premiers à faire les frais, ne contribue pas à faire reculer la consommation de toutes les nouvelles drogues de synthèse qui ont fait leur apparition ces derniers temps, connues sous le nom de C’est pas bien, White Widow, AK 47, Blue Magic, Mushroom, Fraise, etc. 

Dans une enquête publiée par l’express dimanche il y a deux semaines,  les journalistes mettaient l’accent sur la facilité avec laquelle ils se sont procurés «en deux jours quatre variétés de drogues de synthèse.» Une accessibilité inquiétante, car le danger est réel, menace nos jeunes, dont plusieurs se sont retrouvés dans des états graves. Dans une interview accordée à 5-Plus récemment, le travailleur social Dean Runghen rappelait que ces drogues sont tellement violentes qu’elles plongent tout de suite dans un état proche du coma. «Un ado de 12 ans a même fait une overdose. Ces jeunes se font berner par des dealers qui leur parlent de ces drogues et de leurs ‘‘bienfaits’’ en termes de ‘‘nisa’’», dénonçait-il.

Alors, à l’heure où de l’Uruguay aux États-Unis, la légalisation du cannabis fait son chemin, à l’heure où les politiques changent dans le monde, avec dans certains pays l’utilisation du gandia à des fins thérapeutiques, à l’heure où partout le débat avance, progresse et s’adapte à notre monde, quelle sera la politique adoptée à Maurice ? N’est-il pas temps, au nom de la santé publique, d’opter pour une politique de tolérance à travers une dépénalisation controlée des drogues douces pour mieux faire reculer les drogues dures et celles de synthèse qui menacent nos enfants ? À l’heure où une commission d’enquête a été initiée, ne devons-nous pas saisir cette chance d’entrer enfin dans un débat dépassionné, franc et éclairé sur le sujet ?

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