Du gandia pour contrer la menace synthétique ?

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L’anecdote est véridique : il y a quelques décennies, un bon Samaritain avait proposé au MSIRI de tester la culture du chanvre industriel pour bénéfi cier des multiples vertus (médicinales, alimentaires, cosmétiques, thermiques, manufacturières) de la plante. Les discussions avaient atteint un stade avancé jusqu’au bémol suivant : la police ne pourra pas distinguer le chanvre du gandia sans les fumer, car les deux plantes se ressemblent. Et c’est là le problème, la police ne peut pas fumer et la recherche médicale sur le cannabis local, ou même international, n’a pas atteint un stade avancé. 

«Few questions have been answered about marijuana (...) Now that nearly half the states in this country (NdlR, États-Unis) allow medical marijuana, voters in four states have legalized pot for recreation, and a majority of Americans favor legalization, research about how marijuana affects our brains and bodies is an urgent issue (...) there is less hard science about marijuana than you might think», relève le dernier National Geographic dans un éditorial intitulé «A Hard Look at a Soft Drug».

À bien des égards, accepter une légalisation du cannabis comme dans le Colorado, en promouvoir la culture et encadrer la commercialisation seraient un basculement politique audacieux. Un basculement somme toute intelligent, qui solutionnerait plusieurs de nos problèmes actuels avec la montée en puissance du cannabis synthétique, fabriqué n’importe comment et susceptible de mettre en péril nos jeunes. En 2015, le «synthetic powder» a déjà remplacé le romantique «fl ower power»... 

On l’avait déjà écrit en 2013 : en faisant la promotion de la culture du cannabis, on pourrait donner du travail, par exemple, créer de nouveaux emplois, attirer de nouveaux touristes et faire rentrer des devises dans les caisses de l’État comme dans celles du secteur privé. En ces temps de changement climatique, on amorcerait aussi un important retour à la terre, en faisant pousser des plantes au lieu de bétonner tout Maurice.

 Et sur le plan de l’ordre et de la paix, on pourrait redéployer à des fi ns plus utiles des centaines de policiers qui ne peuvent pas vraiment contrôler un commerce illicite qui se fait au nez et à la barbe de tous (voir notre enquête en pages 8-9), libérer des centaines de fumeurs du dimanche qui croupissent en prison aux côtés de dangereux criminels (qui les forment à la délinquance). De plus, cela réduirait matériellement l’invasion croissante de toutes ces substances chimiques et nocives (dont les dangereuses drogues de synthèse) sur le marché local justement parce que le gandia «bio» est introuvable, trop cher, réservé à une élite qui y dépense une fortune. 

La question qui mérite d’être discutée, de manière sérieuse, est la suivante : «La cigarette et le whisky sont taxés, mais ne sont pas interdits, à la différence du cannabis. Pourquoi ?» Et si nous n’avons pas les expertises, nous pouvons nous inspirer de ce qui se passe ailleurs, à condition de faire face à la triste réalité locale : la répression contre les drogues a empiré la situation à Maurice... Souhaitons que la commission d’enquête, qui est une bonne chose en soi, n’amplifi e pas cette répression. Ce qu’il faut, c’est, justement, un regard neuf. Sommes-nous prêts pour cela ? 

 
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