Après les municipales: quelle opposition ?

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Un PTR immobilisé à cause de Ramgoolam. Un MMM contrôlé par un Bérenger qui ne veut pas faire de concession. L’auteur se demande s’il restera une opposition pour faire face à l’alliance Lepep au sein des municipalités et autres institutions publiques.

La prise en charge par l’alliance Lepep de tous les rouages de l’administration publique à Maurice (gouvernement central, municipalités, possiblement conseils de districts en septembre), doublée d’une majorité de trois quarts au Parlement, permet de poser la question : que restera-t-il de l’opposition comme un contrepoids indispensable à un gouvernement hyperpuissant, au cours des prochaines années ?

Le Parti travailliste, en s’accrochant aux basques d’un Navin Ramgoolam totalement décrédibilisé, coule inexorablement avec celui-ci. En décidant pour des raisons émotionnelles de faire bloc autour de son leader dans ses malheurs, le PTr se condamne à l’immobilisme total, le temps que dureront les ennuis judiciaires de l’ex-Premier ministre. Ayant rejeté l’option Boolell-Mohamed, ne disposant que de quatre sièges sur 70 au Parlement, le PTr projette l’image d’une formation politique traumatisée par sa défaite de décembre. Il l’a confirmé en se mettant luimême hors jeu aux municipales, alors qu’Arvin Boolell voyait dans cette nouvelle joute électorale une perspective réelle de renouveau. Le pays n’a donc pas grandchose à attendre du PTr pendant quelque temps.

Les petites formations de la Gauche extra-parlementaire (Rezistans ek Alternative, Ensam, Collectif 1er Mai, MTS et autres), qui se positionnaient depuis 2014 comme de nouveaux players incarnant une nouvelle vision politique, n’ont jamais vraiment décollé et demeurent tout à fait marginales (4 % à 5 % de soutien national). La thèse de la troisième force demeure une lubie.

Ne reste donc aujourd’hui, face au Pouvoir, que le MMM comme force organisée pouvant faire obstacle. Ironiquement, malgré sa lourde défaite aux municipales, c’est la position que privilégie Paul Bérenger : détenir le monopole de l’opposition effective sur le terrain, pour mieux remonter la pente et se reconstruire dans une posture de combat mobilisatrice. Bérenger – qui toujours fait du positive thinking, contrairement à bien d’autres – doit aujourd’hui se dire qu’avec 31 % du vote urbain dimanche, le MMM ne peut pas descendre plus bas et ne peut donc que remonter demain.

UN NOUVEAU BÉRENGER

Comment expliquer autrement son calme apparent durant ces heures de défaite, les plus sombres peut-être dans l’histoire du MMM ? Le fait est qu’un Bérenger nouveau est en train d’émerger depuis sa déroute aux élections de décembre : encore plus froid, encore plus résolu, encore plus obstiné (si cela est seulement possible !) et qui ne veut plus désormais faire la moindre concession à ceux qui doutent de lui ou qui ne partageraient pas sa vision des choses.

Le leader du MMM joue son va-tout. Il exige désormais de tous ses lieutenants et partisans une loyauté absolue, une cohérence totale dans la réflexion des militants. Ceux qui contestent ses prises de position ou ses décisions (Collendavelloo, Lutchmeenaraidoo, Ganoo, Barbier et autres) à ses yeux n’ont qu’à s’en aller, marqués au fer rouge du sceau de traîtres, comme excommuniés de la religion MMM. Dans son humeur actuelle, Bérenger serait, selon moi, même prêt à perdre Steve Obeegadoo, le seul homme susceptible de lui résister encore, de temps à autre.

Tout le monde demande aujourd’hui à Paul Bérenger «d’arrondir les angles». Il adopte, au contraire, la célèbre méthode de Margaret Thatcher : «Don’t seek consensus. On the contrary, Sharpen the edges !» afin que le choix soit le plus clair possible. Bérenger a donc opté aujourd’hui de faire «celui qui n’est pas avec moi est contre moi».

C’est là, bien sûr, un choix éminemment dangereux mais c’est un choix calculé. C’est, en effet, aux portes du MMM que Bérenger veut voir être déposées toutes les récriminations contre le pouvoir, quelle qu’en soit la nature. Et c’est tout naturellement, selon lui, vers le MMM que sera redirigé demain tout le protest vote.

Conserver les fonctions de leader officiel de l’opposition devient, de ce fait, crucial à la stratégie d’avenir de Bérenger d’ici 2018. On verra bien après, à l’heure des prochaines négociations…

Ceci étant, la perspective d’un regroupement des forces MMM dispersées (Muvman Liberater, Mouvement Patriotique, MMM officiel) s’éloigne donc de plus en plus, au lieu de se rapprocher – comme naïvement espéré par certains. Il y aura, au final, deux MMM, l’un composé de Bérengistes inconditionnels très hostiles aux Jugnauth et l’autre régimiste, installé au pouvoir autour de SAJ, d’Ivan Collendavelloo et possiblement d’Alan Ganoo. 1983 revisited ?

Ceux qui espèrent contre tout espoir une réconciliation chez les mauves doivent aujourd’hui se faire une raison : il n’y a absolument aucune chance que Collendavelloo abandonne un pouvoir qu’il a installé en décembre pour accommoder ou se faire plébisciter par ce qu’il resterait d’un MMM bérengiste ayant clairement fait le choix de l’opposition. Et, à voir le cours des événements, il n’y a pas une chance sur un million que Bérenger s’efface devant Collendavelloo – sans se battre jusqu’au dernier moment – pour laisser ceux qu’il qualifie de traîtres lui ravir son parti, qui a été la grande passion de sa vie.

Le schéma politique actuel va donc perdurer, avec possiblement pour seule altération un rapprochement ML-MP mais pas beaucoup plus. D’ici 2019, en termes d’opposition institutionnelle, le pays aura à vivre avec Bérenger, avec peut-être une petite perspective de tiraillements internes : tout gouvernement trop puissant engendre, en effet, ses propres contradictions et ses affrontements internes, ainsi que ses faucons et ses colombes.

MSM, PMSD et ML ont, toutefois, trop à perdre et rien à gagner de dissensions trop publiques. L’alliance Lepep va donc gérer prudemment ses différences. L’opposition, ce sera donc une fois encore, et comme depuis un demisiècle, Paul Bérenger, avec son style et ses méthodes, ses calculs et ses réflexes. Et cela, malheureusement, que le pays le veuille ou non !

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