«Corruption : first Sepp»

Avec le soutien de

On croirait entendre Navin Ramgoolam. «Pourquoi devrais-je démissionner ?», s’exclamait, le plus naturellement du monde, Sepp Blatter, 79 ans, au soir de sa cinquième (!) élection comme président de la FIFA. Fort du soutien de 133 pays membres (sur les 206 votes valides), le «parrain» du football mondial aura réussi son pied de nez aux autorités américaines et suisses. Elles venaient pourtant d’interpeller une douzaine de ses collaborateurs, dans le sillage d’une vaste investigation qui porte sur 20 ans de pratiques «mafieuses» de la FIFA. «Je ne m’en vais pas car sinon cela signifierait que j’ai mal agi.» Mais le bras de fer allait se poursuivre après le match. Les prolongations ont eu lieu dans les coulisses et dans la presse…

Quatre jours plus tard (soit mardi dernier), malgré l’appui des pays africains (dont Maurice), asiatiques, arabes et sud-américains, Sepp Blatter devait bel et bien soumettre sa démission, au grand dam de Vladimir Poutine ! Que s’est-il passé pour que Blatter change ainsi d’avis ? Personne ne le sait vraiment à ce stade. Mais une chose est certaine : le monde est plus que jamais coupé entre ceux qui pensent que l’Occident (US et Europe) a raison d’enquêter sur les soupçons de corruption autour de l’attribution de la Coupe du Monde 2010 à l’Afrique du Sud, 2018 à la Russie et 2022 au Qatar, et ceux qui sont contre cette ingérence «impérialiste». Jusqu’ici, il n’y a pas de preuves, car, au-delà de l’aspect juridique, se dévoile surtout la complexité des relations internationales et de leurs réalités politiques, qui tournent autour de l’argent des multinationales, du trafic d’influence des dirigeants aux intérêts divergents, du blanchiment d’argent. Bref, un enchevêtrement de facteurs liés à la corruption mondialisée, instaurée depuis que le monde commerce.

 Bien que la majorité s’accorde pour dire qu’il y a quelque chose de très pourri dans le monde du football, aucun comité de gouvernance, aucun enquêteur ou panel d’arbitrage indépendant ne peut changer, dans le réel, la culture d’une organisation, aussi mafieuse soit-elle que celle que l’on nous décrit ces jours-ci. Demandez aux onusiens qui ont essayé de contrôler des chefs d’État, de Bachar el-Assad à Idriss Deby, de Netanyahu à Kim Jong Un. Tout est vicié. Par exemple, uniquement par repli idéologique et stratégique, la Chine et la Russie soutiennent la FIFA telle qu’elle est organisée – c’est-à-dire à l’opposé des rapports de forces au sein du Conseil de sécurité de l’ONU. Ces deux pays défendent une vision alternative du monde qui échapperait au joug de la Banque mondiale, du FMI et de l’OCDE. Cette vision dichotomique et cette stratégie binaire sont tactiques car, dans la pratique, un monde prospère ferait croître la croissance mondiale.

 Selon la perception, propagée par la grande presse internationale, surtout portée par des titres comme  le New York Times et Le Monde , Blatter serait un «dictateur» hybride entre un Saddam Hussein (qui a besoin d’être détrôné par les Américains) et un Fidel Castro qui reste toujours en poste au fil du temps, ou encore un Joseph Staline qui a su maîtriser les rouages de la bureaucratie pour asseoir son autorité. Mais au-delà de l’homme, il y a le système Blatter et le jeu des multinationales – qu’il faut questionner dans le sillage de la plus grave crise qui secoue la FIFA actuellement. Qui occupe le terrain de la diplomatie.

 Ce n’est pas Monsieur Blatter mais la mondialisation qui a développé le foot pour en faire le sport roi. L’origine du développement du sport a bénéficié, en grande partie, de l’essor de la télévision commerciale dans les années 80, à l’époque des Maradona et des Platini, dignes successeurs de Pelé. Blatter a su faire coïncider la croissance des revenus de la FIFA avec celle des multinationales.

 Dernièrement, le sommet de Davos 2014 s’est intéressé à la corruption et a montré qu’il existe deux positions à son égard : alors que beaucoup la voient comme un moteur pour l’économie, pour d’autres c’est un véritable fléau. La posture dépend de ceux qui dictent les règles sur le terrain et surtout de ceux qui siffl- ent la fin du match…

 Les supporters se divisent, eux, selon leur éthique en matière sportive. Ce n’est pas seulement l’éthique sur le terrain. C’est aussi et surtout l’éthique dans les attributions des contrats mirobolants qui pourrissent les plus hauts échelons des pouvoirs publics…

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