Dérapages divers

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Nous vivons des moments plutôt bizarres, parfois même effrayants, tant la raison semble parfois s’éloigner, tant le dérapage paraît évident.

Prenez un discours de Pravind Jugnauth cette semaine où il nous affirmait, avec l’illusion de la conviction et la ferveur de quelqu’un qui souhaite que l’on le gobe, que 50 % de l’eau qui émane de nos réservoirs ou de nos nappes phréatiques se perd dans la tuyauterie pourrie et que le gouvernement précédent ne s’en est jamais sérieusement occupé… Il a effectivement raison.

Le problème, malheureusement, est qu’il se blâme lui-même, ayant été longtemps au pouvoir sans jamais s’en occuper «sérieusement» non plus ! Il a été, selon Wikipédia, ministre du gouvernement pour au moins 6 ans, dont ministre des Finances en deux occasions différentes. En a-t-il fait sa priorité au point où un ministre de la Technologie du présent gouvernement ne pourra pas trouver matière à le blâmer ? Apparemment pas… Réalise-t-il seulement la portée de son discours ?

Une déclaration de Xavier-Luc Duval, à Rose-Hill, affirmant que le leader de l’opposition, Paul Bérenger, a failli à ses responsabilités en ne posant pas les questions appropriées sur l’acquisition de six Airbus neufs pour Air Mauritius, «à la veille des élections 2014», vient illustrer le même type de mal. Le ministre du Tourisme n’est pas connu comme un être farfelu, mais quand on a été ministre du gouvernement sortant jusqu’en juin 2014, il faut peut-être faire un peu attention avant de jeter ses cailloux sur l’adversaire. Un fait pour commencer. Cet achat (de quatre avions seulement, avec deux autres à être ‘leased’) a été annoncé par l’AFP, lors du Salon aéronautique de Farnborough, le 16 juillet 2014, ce qui n’est pas «à la veille des élections» et qui est même assez rapproché de sa propre date de démission, le 6 juin 2014, pour être embarrassant. En effet, cela étonnerait beaucoup que les négociations avec Airbus se soient enclenchées après le 6 juin pour être complétées quelques semaines plus tard. Ou est-ce qu’il essaie de nous faire comprendre que Ramgoolam faisait plus confiance à Bérenger, en lui partageant les détails des achats d’Air Mauritius, qu’à lui-même, ce qui poserait sans doute la question de dignité personnelle ?

Ajoutons – y le message que passe le gouvernement dans sa décision de forcer les «Special Administrators» de la BAI à annuler les licenciements que ceux-ci avaient décidés dans les 21 jours prescrits par la loi. Il a été suggéré que ces  licenciements n’ont pas été faits «selon la loi» et qu’il fallait justifier au ministère les raisons de tels licenciements. On veut nous faire rire, ou quoi ? Le gouvernement nous explique, semaine après semaine depuis le 3 avril dernier, les raisons qui font que la bonne décision a bien été prise d’arrêter le scandale : insuffisance massive d’actifs ce qui poussait la compagnie à solliciter toujours plus d’investisseurs, style SCBG, pour boucher les trous et des actifs qui étaient eux-mêmes largement déficitaires.

On s’est bien compris : les opérations BAI saignent et les «Special Administrators» ne peuvent pas payer les dépenses sans «fondre la cloche». Ainsi, peut-on supposer, la décision de licencier partiellement pour que les dépenses rentrent au moins à l’intérieur des recettes. Bien évidemment qu’un licenciement est un moment douloureux, parfois insoutenable. Cependant, en économie libérale (nous y sommes toujours, à ce que l’on sache ?), il est inévitable de licencier si l’activité économique qui a engendré ces emplois au départ ne génère pas de profits appropriés. L’émotion s’étant, une fois encore, invitée à l’équation, nous nous retrouvons désormais avec des employés surnuméraires dont l’emploi va être garanti tant que l’activité première n’aura pas été vendu à tiers ; le ministre du Travail, ne répondant plus, alors, de ce qui se passera avec les emplois.

Je vous ferai donc une prédiction gratuite : le «vested interest» des employés dont les emplois viennent d’être sauvés par ce bon gouvernement (ainsi que celui de leurs syndicalistes) sera désormais clairement d’essayer de se rendre tellement désagréables ou exigeants qu’ils décourageront les acheteurs éventuels à prendre le risque. Ou à payer le prix envisagé au départ. Pire, le gouvernement établit ainsi un précédent qui lui sera extrêmement coûteux. D’une «garantie» à une autre (déposants, employés, investisseurs à la recherche de gros intérêts sans gros risques), c’est toujours, en fi n de compte, le contribuable qui passera à la caisse…

D’un côté les droits des employés. De l’autre, celui des créanciers et des investisseurs. Serait-il possible que ce gouvernement soit au moment de découvrir la recette de comment cuire ses omelettes sans casser des oeufs ?

Et pourquoi pas la pierre philosophale, tant qu’on y est…

Après tout, Ramgoolam ne nous promet-il pas d’être, à nouveau, notre sauveur ?

 
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