La diversité comme richesse

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«Notre  richesse collective est faite de notre diversité». C’est ce qu’affirme le célèbre généticien Albert Jacquard dans son livre au titre évocateur : «L’Éloge de la différence».

Ceci est vrai non seulement sur le plan biologique mais également culturel, social et environnemental. Et l’île Maurice, à bien des égards, peut être qualifiée d’île de la diversité. La diversité peut constituer ce qu’en sciences de gestion on qualifie de ressource stratégique : elle est valorisable (on peut en tirer profit), rare, difficilement imitable et non substituable. C’est en prenant appui sur ce type de ressources que les entreprises peuvent créer un avantage sur leurs concurrentes. Et si la gestion efficace de la diversité devenait la principale source d’avantage concurrentiel de l’île Maurice ?

En tout cas, le touriste qui découvre Maurice pour la première fois, pour peu qu’il s’aventure à l’extérieur de son hôtel, ne manque pas d’être fasciné par la diversité de l’île. Quelle variété de paysages magnifiques ! Quels contrastes climatiques entre les régions ! Mais surtout, quelle diversité culturelle ! Elle témoigne de l’histoire du pays, de l’histoire d’une population composite. Cette population mauricienne est riche de ses différences linguistiques, de ses religions, de ses traditions. Il existe peu de pays de cette taille pouvant s’enorgueillir d’une telle diversité. C’est incontestablement l’un de ses charmes qu’il convient de préserver, un atout qu’il convient de valoriser.

Le sentiment d’appartenance nationale, la fierté partagée d’avoir accédé à l’indépendance, la reconnaissance du multiculturalisme, etc. ont permis à Maurice de développer un véritable ciment. Ce ciment a contribué à faire tenir ensemble les différentes pièces de la mosaïque mauricienne. Le tout devient alors plus que la somme des parties.

Pour Maurice, l’enjeu est d’arriver dans la durée à être uni dans la diversité. L’unité ne doit pas aboutir à l’unicité. On se rappelle combien l’unité nationale de l’Allemagne nazie rimait alors avec unicité, uniformisation, rejet des différences. C’est sur ce refus des différences que naissent les totalitarismes !

Maurice a incontestablement dans son ADN cette dimension multiculturelle. Toutefois, ne soyons pas angéliques ! Nous savons bien que dans la vie quotidienne, la diversité est souvent synonyme de juxtaposition, de coexistence. Il n’existe pas nécessairement d’enrichissement mutuel ou de brassage culturel. On voit les pièces de la mosaïque mais on peine à en distinguer la forme d’ensemble. Pire, la reconnaissance des différences peut se traduire chez certains par un sentiment de supériorité ! Dès lors, Maurice doit continuer à promouvoir activement le respect mutuel et l’ouverture à l’autre. Ce sont là des chantiers prioritaires. C’est en cultivant de telles valeurs que la différence peut véritablement être source de richesse.

Maurice doit continuer à évoluer sans perdre son âme, sans oublier ce qui a fait sa force. Gardons à l’esprit comment, en un temps assez court à l’échelle de l’histoire du pays, l’activité humaine a fait disparaître la forêt primaire et les plantes endémiques. Le développement économique s’est fait au détriment de la biodiversité. Ne répétons pas les erreurs du passé ! Attention à respecter le littoral, à préserver la faune et la flore, à ne pas défigurer la beauté des paysages. Les grands projets immobiliers et d’aménagement doivent ainsi être respectueux du patrimoine écologique et de sa diversité. À défaut, les «smart cities» n’auraient de smart que le nom !

Si l’on regarde du côté des entreprises, force est de constater que les groupes mauriciens cultivent la diversité au sens économique, étant présents dans une grande variété d’activités. Par contre, lorsque l’on s’intéresse à leur gouvernance, il n’en va pas de même. Les femmes sont peu présentes dans les instances de direction. Il est rare que les différentes composantes de la société mauricienne y soient représentées. Au niveau des conseils d’administration, la propension est encore à privilégier les liens du sang. Le recours à des administrateurs indépendants n’est pas la règle.

Les recherches montrent que l’absence de diversité favorise ce que l’on appelle le «group think». Tout le monde se met alors à penser de la même façon. Celui qui exprime un avis divergent est vite rappelé à l’ordre et invité à rentrer dans le rang. Il y a une forte pression à la conformité, à l’uniformisation. Cela donne un fonctionnement assez consensuel mais limite singulièrement la capacité à innover. L’innovation requiert en effet l’expression de sensibilités diverses et la confrontation de points de vue différents.

Les entreprises mauriciennes, confrontées à une intensification de la concurrence, vont devoir renforcer leur capacité à innover. Valoriser davantage la diversité, et ce à tous les niveaux, va devenir une priorité. Dans ce contexte, être basé dans l’île de la diversité peut être un véritable atout dans l’univers concurrentiel international.

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