La leçon anglaise…

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Quel Mauricien, après avoir pris connaissance de la triple démission des leaders Miliband, Clegg, Farage (qui ont mené leurs partis respectifs à la défaite en Angleterre), n’a cédé à la tentation de faire une comparaison avec la situation politique  à Maurice ? Avec raison. Voilà des départs qui témoignent d’une culture très éloignée de la nôtre, d’une démocratie vivante, d’une manière de faire qu’on aimerait importer à l’intérieur de nos partis politiques locaux où les leaders, trop longtemps assis dans leur fauteuil, ont fini par confondre leur rôle de locataire avec celui de propriétaire de maison, qu’elle se situe à la rue La Poudrière ou au Square Guy Rozemont.

Qui est ce Mauricien qui n’a pas apprécié ces introspections rapides, honnêtes, et ces reconnaissances d’échec personnel, forçant l’admiration devant ces démissions immédiates après la défaite des Partis travaillistes, libéraux démocrates et Ukip ? «Le labour a besoin d’un leader fort. Il a besoin de se reconstruire. J’assume l’entière responsabilité», a déclaré sans ambages Ed Miliband, ancien leader du Parti travailliste, avant de s’excuser de cet échec et de tirer sa révérence. Nick Clegg, le chef du Parti libéral démocrate, n’a pas hésité à reconnaître que cette débâcle de 2015 est «le coup le plus dur depuis que le parti a été fondé».

À 48 ans, un âge où nos leaders politiques d’ici rêvent d’encore 30 années à la tête de leur formation, Nick Clegg, l’ancien vice-Premier ministre dans le gouvernement de coalition avec le Parti conservateur de David Cameron (le grand gagnant de ces élections), a décidé de s’en aller alors qu’il a sauvé son siège dans sa circonscription. Quant à Nigel Farage, leader de Ukip, même s’il n’exclut pas la possibilité de se représenter à sa propre succession en septembre prochain, il a respecté sa parole qui était de démissionner s’il n’arrivait pas à faire son entrée au Parlement de Westminster.

Sur notre sol, qu’il se fasse décapiter politiquement par trois néophytes dans sa propre circonscription, ce qui pour dire le moins, illustre un puissant rejet de son électorat ou pire, que les Mauriciens, choqués, assistent aux incroyables images de la perquisition de sa maison pour découvrir que l’ancien Premier ministre conservait précieusement Rs 220 millions dans ses coffres-forts, avec dans son sillage des soupçons sur la provenance de cet argent,  Ramgoolam n’en a cure. Il reste toujours à la tête de son parti comme les 25 dernières années. Business as usual. Et que dire des nombreux scandales que le nouveau gouvernement met à jour actuellement et qui engagent directement sa responsabilité du temps de son primeministership, sinon que l’ancien Premier ministre n’est nullement inquiété concernant sa position à la tête du PTr.

S’il a consenti du bout des lèvres à ce qu’Arvind Boolell devienne le nouveau porte-parole des Rouges, il sait pouvoir compter sur sa garde prétorienne et ses fidèles lieutenants du Bureau politique pour surveiller, comme le lait sur le feu, son fauteuil de leader. Malgré la sortie d’Arvind Boolell, l’infatigable second qui a découvert au lendemain de la débâcle du 10 décembre qu’il peut chausser la même pointure que Ramgoolam, et déclarant très vite qu’il est prêt à assumer le leadership, malgré l’assurance dont il fait montre ces derniers temps, cristallisée par sa tonitruante demande du 1er mai où, défiant ouvertement son chef, il lui demande de «step down», voilà qu’au Bureau politique des Rouges, cette proposition n’est pas partagée.

En clair, malgré les va-et-vient incessants de leur leader aux Casernes centrales, malgré les doutes sur la provenance de ces liasses de billets qui resteront longtemps dans l’imaginaire des Mauriciens, malgré les nombreux soupçons sur sa politique de copinage et le grand déballage des scandales, les membres du Bureau politique des Rouges créditent toujours Ramgoolam d’une indécente fidélité. Et qu’importe si, à la veille des élections municipales, ils sont conscients que le PTr part fragilisé devant un SAJ qui n’aura aucun mal à faire campagne…

Il y a loin de la coupe britannique aux lèvres mauriciennes !

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