Discours haineux

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Jusqu’ici, malgré un départ précipité qui a engendré quelques cris et tensions çà et là, le gouvernement Lepep a su conserver la paix sociale dans le sillage de l’écroulement de l’empire BAI. Pas de grève de la faim – qui tend à devenir un phénomène de mode ces derniers temps – devant la Financial Services Commission ou à la BOM Tower à dénoter…

Pourtant les frustrations personnelles (surtout de ceux qui ont perdu la totalité de leur investissement ou de leur retraite), la perte d’emplois, la perception d’abus et d’inégalités socio-économiques, le non-fonctionnement des institutions de l’Etat et le manque de leadership politique figurent parmi les principales causes d’instabilité dans un pays. Imaginez, par exemple, que sir Anerood, se cantonnant à sa déclaration initiale sur le Super Cash Back Gold (SCBG), et au lieu de proposer un plan de remboursement, peste : «Pas question que les autres paient pour ceux qui ont succombé à l’argent facile du SCBG !» Cela aurait pu provoquer un conflit civil…

Alors que tout reste relativement calme à Maurice, en dépit de la chute de l’ancien régime et de celle du groupe BAI, en Afrique du Sud, un discours politique haineux provoque, ces temps-ci, des violences xénophobes. Le chef traditionnel des 12 millions de Zoulous a, en effet, déclaré que les étrangers devaient «faire leurs bagages et quitter le pays» parce qu’ils prennent la place des autochtones. Depuis, ceux-ci sont priés, sous la menace de machettes, de rentrer chez eux, sous peine d’être brûlés vifs sur la place publique. Des images d’horreur qui choquent circulent actuellement.

Si le faible nombre d’étrangers en Afrique du Sud (moins de 5 % de la population active) et la teneur des discours politiques des extrémistes ne peuvent pas, à eux seuls, expliquer cette vague de xénophobie, ils ont en revanche agi comme du pétrole sur un feu social qui couvait déjà, depuis longtemps, sous les cendres.

Le pays de Nelson Mandela a souvent été cité en exemple pour sa paisible transition démocratique, ses nombreuses initiatives en faveurde la réconciliation nationale de sa société arc-en-ciel et son succès économique… Mais ça c’était hier.

Aujourd’hui, l’Afrique du Sud tente difficilement d’enrayer le problème de chômage (qui est à un taux de 25 % au moins) et de contenir la hausse du taux de criminalité (les meurtres, les cambriolages, les agressions sont tous en hausse constante). Le pays est sous tension et des actes de violence peuvent éclater à tout moment. Et la pression augmente alors que ralentit l’économie…

Il convient de garder en mémoire le passé récent de l’Afrique du Sud pour comprendre les racines du mal. Si la fi n de l’apartheid en 1994 augurait un espoir de développement intégré et de stabilité, la violence politique qui s’en est suivie après le décès de Mandela a plongé le pays dans le chaos et dans la pauvreté. Il manquait la sagesse des mots choisis d’un Mandela – qui n’a, en fait, jamais pu être remplacé à la tête du pays…

Conséquence : l’apartheid a surtout changé d’adjectif qualificatif. La discrimination ne se fait plus – du moins officiellement – sur la couleur de la peau, mais sur la base du pouvoir économique. Un fossé se creuse entre une minorité riche (comprenant blancs, noirs, immigrés) et une majorité pauvre (comprenant noirs, blancs et immigrés). Celle-ci est démunie des services et infrastructures de base (santé, éducation, sécurité humaine). Ce qui a progressivement alimenté des foyers de contestation un peu partout, surtout le long de ses frontières poreuses. Si la pauvreté grandissante et l’inégalité sociale sont effectivement sources de colère, la violence politique, elle, flambe avec la compétition coupe-gorge pour l’accès aux ressources financières et politiques par le biais de l’Etat. Et bien sûr comme il n’y a pas suffisamment de ressources pour tout le monde, cela donne lieu à des méthodes musclées et à de la corruption quasi généralisée…

Et aujourd’hui, le géant sud-africain, jadis le pays le plus admiré en Afrique subsaharienne, l’eldorado, est devenu l’ombre de lui-même : il est surtout leader mondial en meurtres de tous genres… Maurice devrait, à tout prix, éviter cette trajectoire qui mène aux ruines, en clouant le bec à ses discoureurs incendiaires qui ont tendance à tout diviser, communaliser, «nou-baniser»…

 
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