L'empire croulant de Dawood Rawat

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Cela fait 23 jours depuis le début de la fin de l’empire BAI. Et on commence à mieux cerner les contours politiques et les solutions financières relatifs au scandale – qui a vite dépassé nos côtes pour éclabousserla réputation, déjà en dents de scie, de notre pays comme un centre financier bien régulé. À entendre sir Anerood hier, c’est clair que son gouvernement, contrairement à ce que d’aucuns ont laissé croire cette semaine, ne compte nullement négocier avec les propriétaires de KLAD Investment, l’apex de la pyramide familiale des Rawat – qui est dans la ligne de mire de l’alliance Lepep.

Gageons que cette ligne dure du gouvernement s’avère plutôt cohérente avec la suspension inattendue de la licence de la Bramer Bank, au soir du 2 avril, qui aura été le premier domino des Rawat à tomber... Au moins, l’action gouvernementale, contrairement à l’inaction des régulateurs des années précédentes, prouve que Maurice tire les leçons, en modifiant l’Insurance Act, en secouant les instances régulatrices qui ont tendance à s’endormir sur bien des dossiers pour ne pas se faire virer, et en adoptant, désormais, une approche moins discriminatoire vis-à-vis de l’ensemble des victimes du «vaste Ponzi» (terme répété plusieurs fois hier par le Premier ministre et son ministre des Finances), dont celles du tristement célèbre Super Cash Back Gold (SCBG).

À bien voir, il y a eu plusieurs tentatives de diversion depuis l’éclatement sonore de cette affaire qui restera dans les annales. D’abord, une communication hasardeuse à plusieurs niveaux en raison de la complexité du magma politico-financier : du ministre des Finances qui n’a pas su faire fléchir la State Bank (et son board indépendant) à l’administrateur (jadis tout puissant) Sattar Hajee Abdoulla qui s’est vu, du jour au lendemain, propulser à la tête de 42 sociétés du Groupe BAI, et qui s’est fixé pour mission de mener la vie dure au tandem Bonieux-Oosman, des conservateurs «conservés » (allez comprendre ce qu’a voulu dire SAJ !)...

C’est aussi la saison de ceux qui vivent des crises pour en récolter des dividendes. Parmi, on dénote des avocats qui vous racontent n’importe quoi pour remporter les batailles quasi-quotidiennes du tribunal de la rue. On aura tout entendu pour orienter l’opinion.Par exemple, les Mohamed, qui parlent au nom des Rawat (comme hier encore ils parlaient au nom de Ramgoolam et de Soornack), et qui ont sorti un document en 12 points censé résumer la réplique du patron du groupe, devenu atone et injoignable. Sauf que dans la longue litanie de réponses préfabriquées, où la sémantique juridique et l’à-peu-près l’emportent souvent, ils n’ont pu répondre à la question centrale : où est passée la dizaine de milliards de roupies qui manque dans les comptes de KLAD Investment, comme le relève le rapport de 2012 des propres auditeurs des Rawat, c’est-à-dire KPMG ? Les avocats aiment noyer le poisson, et les avocats-politiciens, opportunistes de surcroît, préfèrent, eux, noyer le requin...

Sur le plan politique, la déclaration de Pravind Jugnauth qui a confirmé que le Groupe BAI a arrosé pratiquement tout le monde, y compris le MSM, a semé le doute. Et a engendré des rumeurs d’accord pour sauver, nous disait-on, pêle-mêle, les milliards, l’image de Maurice, les infos compromettantes sur le financement politique, les emplois,

les victimes du SCBG, une crise sociale, une tension communale, et un procès interminable... Bref, que tout serait réglé, dans les officines du pouvoir, loin des regards. Heureusement que tel n’a pas été le cas. Sur le plan politique toujours, ce sera impossible pour Shakeel Mohamed de gagner sur tous les fronts, c’est-à-dire de prétendre au poste de leader du PTr ou celui de l’opposition (en s’alliant avec le clan Ganoo) tout en essayant de défendre Dawood Rawat, accusé (par le gouvernement) d’avoir ponctionné l’argent du «petit peuple» pour se terrer à l’étranger dans «des châteaux». Comme Nandanee Soornack, Rawat a des comptes à rendre au public mauricien. S’il ne peut pas venir, il peut toujours nous skyper, n’est-ce pas Me Mohamed ? Gageons que la France aussi attend ses explications de vive voix afin de décider s’il mérite toujours cette Légion d’honneur «qui raconte la noblesse des actions individuelles ou des parcours professionnels et sociaux qui dessinent les contours de la grandeur collective... »

***

Hier la démission d’Alan Ganoo aurait fait la Une de tous les journaux, aurait été «le talk of the town». Ce temps-là est révolu. Il est clair que désormais les gens s’en contrefichent. À force de crier au loup, les mauves, même quand ils s’affranchissent de Bérenger, ne sont plus crédibles quand ils crachent dans la soupe qui les a nourris. Et puis, il y a eu bien trop de démissions dans l’histoire du MMM et il y en aura bien d’autres à venir tant que Paul Bérenger n’arrête pas de répéter, tel un disque rayé : «On regarde l’avenir (...) so what?!»

 
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