Le pays est malade, le continent aussi...

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Un empire financier qui s’écroule en éclaboussant la classe politique et les milieux de la haute finance et de l’offshore. Un ancien Premier ministre qui veut retrouver ses centaines de millions dont la provenance demeure inexpliquée. Une femme affairée, qui a pris la poudre d’escampette le soir de la chute de l’ancien régime, cueillie par Interpol pour blanchiment d’argent. Une enfant enlevée, violentée, assassinée par un sadique récidiviste. Autant de signes que le pays ne va pas bien. Que ses institutions ne fonctionnent pas. Que ses enfants sont en danger. Que le fossé se creuse entre citoyens et représentants professionnels, entre les élites et le reste. Qu’on a tendance à subir, plutôt qu’à réagir...

Même si Maurice est régulièrement flattée sur l’échelle africaine du progrès social (attention à la méthodologie de ces classements souvent trop abstraits qui peuvent nous berner), l’on devrait sérieusement se poser des questions sur les limites de notre démocratie et les faiblesses des personnes qui en assurent son fonctionnement au jour le jour, de scrutin en scrutin. Tout comme l’on doit sérieusement, pour voir au-delà de ces actualités qui s’enchaînent, jeter un regard critique sur le système politique qu’on reproduit inlassablement depuis 1968.

Comme dans tous les pays émergents ou en voie de développement, la politique politicienne tend à dicter tout, à s’incruster partout. À tous les niveaux. Dans les moindres recoins de la vie publique. Que ce soit pour les projets de loi, les projets de développement, les nominations, les scandales, les actualités – tout est instrumentalisé, vicié, politisé à outrance. Cela devient la norme. Et nous perdons notre pouvoir d’indignation, notre capacité à dire non.

Ceux qui tirent les ficelles, au bout du compte, sont peu nombreux et souvent les mêmes. Ceux, à l’autre extrémité des ficelles, qui mènent une vie de servitude pour plaire aux princes du jour, comme Mahen Gowressoo, et qui se font dicter, invectiver, transférer, menacer, constituent la grosse majorité – mais ils n’ont d’autre choix que d’être serviles, de se la fermer.

À Maurice, nous avons – relativement – un peu plus de chance qu’au Togo, par exemple. Dans ce pays paumé de l’Afrique de l’Ouest, qui tiendra son élection présidentielle le  25 avril, les électeurs (aujourd’hui au nombre de 3,5 millions) subissent le règne des Gnassingbe, de père en fils, depuis 1967.

Sous le label «Tournons la page», il existe un classement de pays (hors monarchies) qui mesure le pourcentage de la population qui n’a connu qu’une seule famille au pouvoir. Si la première place revient évidemment à la Corée du Nord, où 93 % de la population n’a connu que la dictature établie en 1948 par Kim Il-sung et ses descendants, en deuxième position caracole le Togo, où 88 % de la population n’a connu que le père et le fils Gnassingbe.

Juste derrière le Togo, nous retrouvons le Gabon, l’Angola, l’Ouganda, la Guinée équatoriale, le Cameroun, le Burkina Faso, le Congo-Brazzaville, le Zimbabwe, le Tchad, le Soudan, l’Érythrée, la Gambie, la RDC… Si les afro-optimistes aiment présenter l’Afrique «comme le réservoir de croissance et de matières premières de l’économie mondiale», tous ceux qui y travaillent savent à quel point le continent est aussi un foyer d’instabilité planétaire, ou encore, «une victime expiatoire de tous les maux de notre humanité», pour reprendre la litanie des afro-pessimistes.

Le désir d’alternance, la soif de la démocratie et d’un Etat de droit demeurent une aspiration universelle, surtout pour ceux qui ont toujours vécu sous le diktat d’une famille unique. Chez nous, encore heureux que deux patronymes se sont alternés au pouvoir depuis notre indépendance. Ce n’est guère brillant, mais imaginons, un seul instant, le seul leadership d’un Ramgoolam – ou d’un Jugnauth – en 47 ans d’indépendance...

Même si c’est bonnet blanc et blanc bonnet, un sursaut d’orgueil, comme celui du 10 décembre 2014, reste souhaitable. Ne serait-ce que pour changer de locataire à la tête du pays, de sorte à varier un peu l’histoire. Sinon, un état de terreur se met en place. Et les mêmes s’en mettent plein les poches, coffres-forts, valises et comptes bancaires à l’étranger. Et le petit peuple regarde, médusé, le défilé des limousines aux casernes et à l’aéroport.

Les alternances apportent un renouveau – pour le meilleur et pour le pire. Quant à nous, nous touchons actuellement au pire...

 
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