Comment restaurer la confiance ?

Avec le soutien de

Communiquer c’est bien, mais bien communiquer c’est nettement mieux !

À l’éclatement de l’affaire BAI – avec la suspension de la licence bancaire de la Bramer Bank – et l’onde de choc qui s’est ensuivie, on a eu droit à une communication rapide mais confuse du gouvernement. Une fois, par le Premier ministre entouré de quelques ministres et plusieurs fois, y compris un dimanche, par le ministre des Finances. Sauf qu’au lieu d’apporter des réponses claires, susceptibles de rassurer les épargnants, les clients des diverses polices d’assurance, les employés et les partenaires du groupe de Dawood Rawat, sans oublier la classe des affaires, la presse locale et internationale, la communication gouvernementale n’a pas eu l’effet escompté. Elle a surtout soulevé une vague d’incompréhension, de questions, de doutes, et provoqué une vaine polémique autour du terme «Ponzi».

Avec le silence radio du groupe BAI, pris par la panique et la charge hargneuse du nouveau pouvoir, les nuages ne se sont pas dissipés. Pire, ils se sont noircis avec une malheureuse tentative d’un journaliste, Pranay Gupte, opérant des États-Unis et du Moyen- Orient, proche du groupe qui a tenté de communaliser l’affaire BAI en évoquant la supposée tyrannie d’une communauté de Mauriciens contre une autre. Heureusement que cette prise de position – dénuée de tout bon sens et destinée à brouiller les pistes – a été vite dénoncée, ici comme ailleurs. Et l’intérêt national a vite repris le dessus.

En revanche, sir Anerood et Vishnu Lutchmeenaraidoo ont tenté de s’ériger un peu trop rapidement en défenseurs du petit peuple face aux «requins» Rawat. Sauf que, manifestement, ils ne maîtrisaient pas tous les tenants et aboutissants de cette nébuleuse affaire BAI. Sinon, comment expliquer la gaffe autour de la reprise de la Bramer par la State Bank, avant de faire marche arrière (car le board indépendant de la State Bank ne veut pas jouer à Mère Teresa), pour ensuite annoncer la création d’une banque parapublique – alors que le gouvernement possède un triste «track record» en gestion bancaire ? Le dernier exemple de la mal gouvernance d’une institution bancaire dirigée par l’État : la MPCB devenue – comme la MCCB dans le temps – une vache à lait pour affairistes proches du pouvoir...

Tout cela, vous en conviendrez avec moi, n’aide pas à y voir plus clair. Au contraire, on a comme l’impression de s’enliser dans un magma politico-financier – qui aura des répercussions plus larges qu’on le prévoyait à l’hôtel du gouvernement.

Dans une situation de crise de l’ampleur de celle que provoque actuellement la chute de l’empire BAI, il importe de mettre rapidement fin au désarroi populaire – comme celui de tous ces retraités angoissés du Super Cash Back Gold qui ont cru en la fiabilité de nos institutions régulatrices comme la FSC. Ce sentiment de désarroi est aussi nuisible au moral du peuple qu’au climat des affaires. Il constitue d’autre part un frein à la reprise de la croissance économique. Une croissance économique devenue une course effrénée, surtout quand on nous promet une hausse du taux de l’ordre de 3,5 % à 5,7 % en 2016 (dixit Lutchmeenaraidoo).

C’est vérifié : l’économie s’embellit dans «une société de confiance». Actuellement, à entendre le cri de la rue, le peuple mauricien donne l’impression d’être devenu suspicieux à l’égard de ses élites, de leur mode régulatoire à géométrie variable quand ce n’est pas tout bonnement de leur gestion de crise.

Les démentis entre membres du gouvernement couplés à l’affaire Betamax (où politique et affaires s’entremêlent, ici aussi, de manière incestueuse) n’améliorent pas du tout le climat. Et les risques potentiels sont tangibles : les chefs d’entreprise n’investiront plus avec les risques visibles, les jeunes cadres penseront à deux fois avant de se lancer dans l’achat d’un logement, les seniors vont se crisper et se feront des soucis par rapport à leurs régimes de retraite. C’est ainsi que nous voulons vivre ? Si la réponse est non : alors il faut en toute urgence soigner la communication nationale autour de cette affaire qui provoque déjà des répercussions en Afrique sub-saharienne (avec les mesures prises par le gouvernement du Botswana et les craintes exprimées au Kenya). Il faut tirer les enseignements de cette affaire : revoir le cadre légal et réglementaire qui est en place afin de restaurer la confiance des investisseurs et du petit peuple qui se sent berné par l’ancien régime et Lepep...Après les gâteaux d’anniversaire, il n’y a plus que du pain, un peu sec, sur la planche de sir Anerood.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires