Magma politique

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C’est un imbroglio politico-financier. Les liens entre les politiques et l’affaire BAI forment un mélange confus. À tel point que l’actuel ministre des Finances, qui n’appartient à aucun parti (!), a involontairement éclaboussé son prédécesseur, Xavier-Luc Duval, devenu entre-temps son collègue au Cabinet. Cet accrochage au sommet de l’État révèle des dessous inavoués (car inavouables ?).

Tous les journalistes qui couvrent le dossier BAI le constatent : il y a une peur et une gêne généralisées pour parler «on record» de la montée en puissance et de la chute non moins spectaculaire de l’empire BAI. Que ce soit au niveau de la classe politique ou celui des régulateurs, on préfère attendre «la suite des événements» et «les développements», suivre la position de l’autre, avant de se mouiller. Mais, en «off», tout le monde y va de son couplet, de ses certitudes, de ses accusations. Au fond, l’affaire n’a pas une vérité, elle en comporte plusieurs.

La plus criante : celle entourant l’incurie des dirigeants. Les (ir)responsables politiques qui ont vu, épluché, à un moment ou à un autre de leur carrière, les épais dossiers expansionnistes du groupe BAI ont leur part de responsabilité qu’il leur faut assumer aujourd’hui. Depuis toutes ces années qu’on parle de transparence, surtout depuis 2001, dans le sillage du scandale des caisses noires d’Air Mauritius, on réalise que c’était du bla-bla-bla. Jusqu’ici, malgré le changement de gouvernement, personne n’a pu mettre en place un mode de financement des partis politiques tant public que transparent. Donc la pratique, bien connue, se perpétue : de grosses boîtes du secteur privé, dont évidemment la BAI, arrosent TOUS les partis. Et c’est sur ce terreau que pousse le clientélisme politique.

Ce clientélisme entraîne, à son tour, une gestion médiocre ou une perversion du rôle des organismes de régulation et des institutions publiques. À la tête de la FIU, de l’ICAC, de la FSC, nos dirigeants politiques placent des hommes et des femmes qui leur sont fidèles et trop souvent dociles. Par exemple Gayan, soutenu par son leader, Collendavelloo, place Samputh au Cardiac Centre. Dans sa fougue, il flingue Glover et son Equal Opportunities Commission. Pire, il utilise la police comme paravent et le Parlement comme défouloir - (encore heureux que lui n’est pas allé jusqu’à se substituer aux policiers) ! Pareil comportement ne peut que pervertir davantage la gouvernance.

Et quand le privé, l’État et les régulateurs se soutiennent dans leurs intérêts – par tous les moyens –, ils finissent par former une «mafia», pour reprendre l’expression du Canadien Bert Cunningham avant qu’il plie bagage. Aujourd’hui, il n’est plus suffisant de remplacer une mafia par une autre, et il importe de dénoncer la gangrène qui nous ronge. On doit utiliser l’affaire BAI pour moraliser la vie publique en réglant, enfin, le problème de financement politique, ses corollaires et autres ramifications tentaculaires. Il faut aussi que ceux qui peuplent les institutions censées offrir une vue indépendante ou offrir un «check and balance» nécessaire puissent s’assurer et assumer leurs responsabilités. Sinon nous allons vers l’enfer et la pourriture aussi sûrement que 2 + 2 font 4 !

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