L’impensable “nettoyage” de la BAI

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Diantre, jusqu’où ce pays est-il gangrené ? La tempête inattendue qui a soufflé sur la Bramer Bank – amenant dans son sillage une probable chute de la BAI, provoquant un énorme choc, suivi des scènes de colère par des clients, apaisés ensuite par les propos de Lutchmeenaraidoo – donne une tout autre dimension à l’opération nettoyage du gouvernement Lepep. La stupéfaction dans cette affaire, qui voit la licence d’une banque révoquée et une compagnie d’assurance placée sous administration judiciaire, est immense parce que, soudainement, on voit l’effritement imprévisible d’un empire dont les tentacules touchent les secteurs les plus divers, avec des milliers d’employés qui craignent, avec raison, la perte de leur emploi provoquée par l’effet domino.

Si d’aucuns ont crié spontanément, vendredi, à la vendetta politique, prenant pour prétexte la proximité des directeurs de la BAI avec l’ancien régime, l’on se demande si un gouvernement qui se dit responsable aurait pris le risque de jouer le rôle d’un kamikaze en tirant délibérément – à coup de Kalachnikov – sur son économie. Car il ne s’agit pas ici d’une obscure société d’assurance ni d’une banque à la réputation douteuse et encore moins sommes-nous en face des compagnies louches façon Sunkai, Whitedot, Je t’aime Marketing, etc., accusées d’avoir arnaqué des Mauriciens sur un modèle de Ponzi Scheme.

Nous avons ici affaire à un conglomérat respecté sur la place, qui donnait, jusqu’à vendredi dernier, l’image d’un grand groupe, à la santé financière indiscutable. Du moins en apparence. D’où l’émotion et la psychose qui ont gagné l’île après les terribles accusations du gouvernement.

D’ailleurs, c’est dans un souci de montrer tout le sérieux de cette affaire que le Premier ministre a tenu à faire lui-même les révélations, entouré des membres de son cabinet. Il paraît donc impensable que SAJ n’ait pas eu toutes les preuves avant de parler d’«un Ponzi Scheme de très vaste proportion qui dépasse les Rs 25 milliards». Tout comme il est difficile de croire qu’un chef de gouvernement aurait pris le risque de dénoncer un «scandale financier sans précédent» s’il n’avait pas en amont des informations en ce sens.

Si l’on estime que ce gouvernement n’était attiré que par l’odeur de la vengeance, il serait facile, voire salutaire, que les avocats du groupe BAI viennent prouver le contraire. D’ailleurs, cela aurait joué en leur faveur si le département de communication du groupe avait réagi en donnant la version des faits des directeurs de la BAI. Leur silence – à part une petite déclaration du CEO en pages 16-17 – provoque toutes sortes de spéculations. D’autant que, sur le plan de la communication, c’est le gouvernement qui a réussi à en imposer avec d’abord un point de presse du Premier ministre, suivi de la déclaration rassurante du ministre des Finances, affirmant que les clients de la banque ne perdront pas le moindre sou. Ce qui a décrispé le mood des petits épargnants après une journée dans le noir, vendredi dernier.

Maintenant que la première étape est derrière nous, avec la reprise de la Bramer Bank par la SBM, suivie de la poursuite des affaires de la BAI Insurance au travers d’une nouvelle entité et en attendant les décisions concernant les autres sociétés sous l’ombrelle du groupe, il y a une série d’interrogations qui méritent des réponses aux yeux des citoyens mauriciens.

Comment est-ce que les organismes censés veiller au bon fonctionnement de nos institutions bancaires n’ont rien découvert ? La FSC, la Banque de Maurice n’ont donc rien vu venir ? Est-ce effectivement la «relation incestueuse» entre Ramgoolam et le groupe BAI, dénoncée par Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui a permis à ce que le pays vive au rythme de telles irrégularités et, ce, sans inquiétude ? Jusqu’à quel niveau la fraude et la corruption pourrissent notre pays ? Diantre, jusqu’où ce pays est-il gangrené ?

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