Les mots de la délivrance

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Un nouveau «miracle» (terme qui a fait un débat dans le débat) économique aura-t-il lieu ? Les quatre panelistes ont décortiqué la question, hier à la municipalité de Port-Louis (voir ci-contre), en l’occurrence Georges Chung, entrepreneur et conseiller économique de plusieurs gouvernements, Afsar Ibrahim, consultant à BDO, souvent actif en Afrique, Philippe Forget, ex-banquier, et Rajiv Servansingh, exchairman de la Competition Commission et actuellement consultant. La réponse de tous, y compris de certains membres de l’audience participant au débat : «Oui, c’est possible, mais...»

Les mots-clés de ce débat stimulant ont été : travail (à l’opposé de confort), technologie (comme moteur transformationnel du tissu économique mauricien), productivité, confiance, formation et méritocratie. De l’avis général, un boom économique, avec une croissance de plus de 5 % sur les deux prochaines années au moins (BAI permettant !) est possible, mais à la condition que ces concepts-clés deviennent opérants et activement endossés pas seulement de manière partisane, mais à échelle nationale, infiltrant nos moeurs de tous les jours, prenant radicalement le pas surnos automatismes de facilité et d’indiscipline, de pouvoir sans le savoir, de récompense sans effort, de «succès» sans intégrité.

Fait souligné : le monde politique ne cesse pas, depuis l’Indépendance, peut-être à l’exclusion du seul premier «boom» économique, de segmenter la population entre «nou bann» et «bann-la», remisant de ce fait, au moins la moitié à l’exclusion, ou au mieux, à l’indifférence économique, ce qui a inévitablement des répercussions sur la mobilisation nationale, la productivité et même le travail. En effet, l’exemple de fortunes, surtout  celles faites sur la base de copinage et de protection, suggère que tous ceux qui s’essaient à l’équation :  effort/formation/méritocratie/succès ont  bien moins de chances de réussite relative. Ceux-ci sont donc «couillons». L’interventionnisme politique déforme trop, égorge la méritocratie et éteint, fait fuir ou repousse (quand on parle de la diaspora) les plus méritants de la nation. Résultat ? Des employés moins «gagneurs» que la moyenne, une productivité nationale à la dérive, de l’investissement local plus faible que nécessaire, parce que la confiance n’y est pas.

C’est clair que nos rêves de «high income country» ne se réaliseront pas dans la paresse, le gaspillage, le confort du statu quo, la frayeur ou le refus même d’idées nouvelles, et sans un leadership exemplaire et crédible. S’il est vrai que les conditions de 1983-1990 (fort chômage, faible taux de participation des femmes dans l’économie) impliquaient des ressources inutilisées et donc disponibles, on parlera aujourd’hui de ressources sous–utilisées et ainsi gaspillées dans des secteurs improductifs (nos ambitions portuaires de Pointe-aux-Sables à Baie-du-Tombeau sont-elles possibles avec une productivité portuaire inférieure à celle de Madagascar?), des bureaucraties dysfonctionnelles ou partisanes (des exemples concrets ont été cités) des équations politiquement polluées ou bloquées (pensez éthanol, pensez casinos qui ne savent pas générer des profits, mais où l’on considère un...14e mois, je suppose de «bonus»?). Mieux utiliser nos ressources gaspillées suffirait, sans doute, pour assurer un nouveau «lift off»...

On parlait, en fait du changement de CULTURE nécessaire pour assurer le progrès de la nation. Ce progrès-là ne peut pas dépendre du seul budget, de quelques lois et des seuls politiciens. Il ne se passera pas dans la tiédeur, ou dans l’a peu près. Il nécessite une véritable croisade, éliminant des permis inutiles, pour sûr, mais éliminant aussi des lois, des pratiques et des institutions inutiles, souvent étatiques ou parapubliques, et qui perdurent sans ajouter de la valeur. Il requiert une attention ferme contre les flemmards et les passéistes ancrés dans leurs «droits acquis» à la sauce Ludder. Il exige que l’on soutienne les plus faibles seulement, que l’on crée et que l’on maintienne les ponts de l’opportunité et de la méritocratie à ceux qui peuvent et veulent s’en sortir et que l’on célèbre tous les succès. Il mérite de meilleurs politiciens passant moins de temps à du «political point scoring» débilitant pour la nation. Il rêve de productivité nationale qui progresse plus rapidement que le... 0,1 % de ces dernières années et qui, de ce fait, nous force à dévaluer notre monnaie plus fréquemment que souhaité. Il soupire à l’idée que la nation préfère consommer plutôt que de produire, souhaite plutôt son «boutte» que de s’éduquer et s’adapter aux exigences du marché, privilégie les palabres et la médisance au débat contradictoire et à la raison.

Ce progrès-là, au-delà des discours, a besoin que les mots de la délivrance deviennent ...action !

 
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