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D’où viendra le déclic ? C’est certainement la question que tout observateur économique s’est posée à la lecture des derniers comptes nationaux. Publiés mardi après-midi par l’institut des statistiques, ces comptes confirment que le taux de croissance pour Maurice a été de 3,5 % en 2014.

En revanche, pour 2015, – référence est faite à l’année calendaire et non l’année fiscale – Statistics Mauritius estime que la croissance atteindra 4,1 %. Cette projection est tout à fait dans les cordes du pays du point de vue des moyens qui sont déployés et malgré un environnement global oscillant toujours entre morosité et signes de reprise.

La prudence affichée par les analystes du bureau des statistiques contraste singulièrement avec l’optimisme du ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo. Celui-ci table sur une croissance de 5,3 % pour l’année fiscale se terminant le 30 juin 2016. Ce changement drastique de trajectoire économique prévu par le ministre présuppose qu’une dynamique a été créée depuis le dernier trimestre et qu’elle ira en s’accentuant au fil des mois, permettant ainsi le franchissement de la barre des 5 %.

Or, les informations disponibles démontrent que tel n’a pas été le cas. Le taux de croissance pour les quatre derniers mois de l’année écoulée est estimé à seulement 3,7 %, contre 3,6 % au trimestre précédent. Donc, pas de réel détonateur. Si la consommation a progressé légèrement durant cette période, par contre, l’investissement s’est contracté par 4,2 %. Un recul qui s’explique notamment par une forte contraction des constructions résidentielles et non résidentielles.

De telles données laissent difficilement entrevoir comment le pays arrivera à franchir la barre psychologique des 4 % de croissance d’ici à la fin de l’année. Pourtant, Statistics Mauritius semble y croire, misant particulièrement sur une relance de la construction. Après quatre années successives de contraction, un rebond est attendu cette année dans ce secteur. La croissance positive de 3,3 % découlera surtout des projets publics en cours, à l’exemple du barrage de Bagatelle et de l’extension du terminal de conteneurs.

La hausse de 5,4 %, qui portera les arrivées touristiques à 1 100 000 cette année, devrait également impacter sur la croissance de même que des performances améliorées dans divers autres secteurs, comme la pêche, le textile et les technologies de l’information et de la communication.

Mais au vu des risques baissiers qui continuent de peser sur les perspectives, il est difficile de voir comment l’objectif d’une croissance de 5,3 % pour l’année financière 2015/16 fixé lors du discours du Budget pourra être atteint. D’autant plus que l’investissement a maintenu sa chute en 2014. L’investissement privé sur lequel mise le gouvernement pour sortir l’économie mauricienne de sa phase anémique s’est contracté par 8,4 %.

À moins que le gouvernement ne se soit réellement décidé à mettre les petits plats dans les grands pour fouetter l’investissement privé, les projections sous ce chapitre seront difficilement réalisables. Si cela s’avère, nous de-vrons voir dès la semaine prochaine les premiers signes de la «meilleure coordination» annoncée entre le Trésor public et la Banque de Maurice. Une réduction du taux directeur, qui est actuellement à 4,65 %, ne serait donc pas à écarter dans la conjoncture économique actuelle pour baisser le loyer de l’argent, bouclant ainsi la boucle d’un exercice visant à rétablir la confiance dans le pays.

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