Quand l’opposition rend service au gouvernement

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Le gouvernement peut louer l’opposition. Les 100 premiers jours tumultueux des Mauves et des Rouges ont grandement profité à l’Alliance Lepep. Ministres enquêteurs, nominations douteuses, arrestation troublante de l’avoué Thandrayen, crise constitutionnelle entre le bureau du DPP et l’Attorney General… Pendant que l’opinion publique se faisait une image plus nette du nouveau régime, l’opposition était, elle, occupée à régler ses crises intestines. Au PTr, les apparences sont sauves à travers un semblant de calme résultant de la désignation d’Arvin Boolell comme porteparole – encore que hier, Ramgoolam a sauté sur le jugement historique des Chagos pour courir sous les feux des projecteurs. En revanche, au MMM, la crise est à son sommet malgré la «relance» annoncée par un Bérenger plus soucieux de «tourner la page» que de regarder les vérités inscrites en gros caractère au lendemain même de la défaite des dernières législatives.

Du coup, l’opposition rend un grand service au gouvernement qui peut rester serein à la veille de son premier exercice budgétaire. Ainsi, Lutchmeenaraidoo, qui reçoit tous ses partenaires avec le sourire, obtient déjà une bonne moyenne (du moins avant son grand oral) et marque des points, y compris chez les syndicalistes généralement plus agressifs avec les ministres des Finances. Reeaz Chuttoo, dans l’express d’hier, parle «d’une réunion où il n’y avait pratiquement pas d’arrogance», tout en faisant la comparaison de l’ambiance des consultations pré-budgétaires avec les précédents grands argentiers. C’est dire que le gouvernement profite toujours du «feel good factor qui est too good» (dixit Chuttoo), un climat propice qui favorise la prestation attendue de Lutchmeenaraidoo par toute la population demain.

Paradoxalement, la chute de confiance, trois mois après les élections de décembre dernier, est envers le camp de la principale formation de l’opposition, le MMM. Démissions de trois parlementaires, doublées de départs des membres qui ont claqué la porte d’autres instances du parti, des élections internes contestées, une assemblée des délégués contrainte de prendre une décision en l’absence de la moitié des branches – un nombre non négligeable –, bref le diagnostic du MMM ne souffre d’aucune opacité : le parti ne parvient à rassembler ni à l’intérieur ni à l’extérieur où les militants déboussolés – ce qui a expliqué le nombre d’absents lors de la dernière assemblée – ne savent s’ils doivent franchir le rubicond pour se réfugier dans les bras du Mouvement Liberater.

Malgré ces soubresauts chez les Mauves, la principale surprise reste le manque de discernement dans l’analyse de leur leader qui voit des complots de toutes parts : la presse «hystérique», le traître du Bureau politique, les francs-maçons «bezer», bref on connaît la chanson. Soit on s’aligne sur son langage à l’instar d’Ajay Guness, le premier envoyé au front pour dégainer contre les cibles choisies, et l’on peut alors récolter les compliments du style «Ajay est un vrai secrétaire général», comme pour insulter les précédents à ce poste. Soit on est tributaire d’éventuelles sanctions pour avoir le courage de ses opinions, à l’instar de Ramano et Obeegadoo, qui étaient en ligne de mire à la manière des élèves susceptibles d’être punis pour une faute commise – ils ont ici osé faire leur «devoir» de militants.

L’on découvre avec l’interview d’Obeegadoo dans Le Défi d’hier que ce dernier n’est pas près de courber l’échine et a réaffirmé que «le MMM est en très mauvaise posture». À la veille d’une présentation budgétaire, la crise au sein de l’opposition, l’un des chiens de garde de la démocratie, ne joue pas en faveur du pays. Il importe

que l’opposition se ressaisisse et permette à toutes les institutions de fonctionner efficacement. D’autant qu’il y a des grands enjeux qui nous attendent dans les jours à venir. Après la victoire historique de Maurice au tribunal d’arbitrage permanent sur la zone de protection marine aux Chagos, les Mauriciens retiennent leur souffle en regardant vers la question de la souveraineté alors que les Chagossiens dépassent le rêve longtemps attendu et contemplent l’idée concrète d’un retour dans les îles Chagos…

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