Climats bienfaisants

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Le climat fait de pluie, de vent, de vagues et de catastrophes naturelles n’est pas le seul dont il faut se soucier. Tout aussi important, il y a le climat des affaires et le climat social.

Au niveau du climat social, le ministre des Finances a été bien inspiré en jouant de son clavier. La compensation salariale à Rs 600 pour ceux au bas de l’échelle et l’augmentation de la pension de vieillesse à Rs 5 000 ont détendu une atmosphère pesante et souvent injuste, qui opposait de manière de plus en plus criarde l’indigence des uns au confort des autres. Y compris le confort, potentiel, des automobilistes qui attendaient sûrement une baisse des prix à la pompe...

Car une nation cohérente se doit de valoriser ses citoyens de manière généralement satisfaisante pour tous. L’égalité n’existe pas, bien entendu, et les rêves de sociétés où tout serait partagé de manière égale se sont longtemps écrasés sur les récifs du monde réel. Mais les citoyens sont tout de même largement satisfaits s’ils ont le sentiment de pouvoir avancer quand ils font des efforts (d’où l’importance des pierres angulaires que sont l’égalité des chances et la méritocratie) et s’ils peuvent éviter la paupérisation, voire seulement le recul, sauf si elle est partagée par tous ! Un climat social positif est une condition sine qua non pour ancrer et assurer des avancées durables et matérielles dans le pays.

C’est prouvé de par le monde. 

Réduire les inégalités est un objectif réalisable et peut rester motivant à condition que l’avancement de l’un ne se fasse pas seulement au détriment de l’autre. L’indice de Gini nous enseigne que les moins fortunés devront progresser plus rapidement que ceux qui ont de meilleurs revenus. Mais il est souhaitable que TOUS progressent. On aurait grand tort de dresser le premier groupe contre le second ou d’enlever les possibilités de progrès des plus riches, fiscalement ou autrement, car ce serait alors se priver d’un levier de développement réel et utile.

En plus, il faut vraiment se décider sur le message que l’on veut véhiculer en tant que pays. Si l’argent mal acquis doit être définitivement dénoncé, nous aurions grand tort de déclarer la guerre aux «plus riches». Sauf si nous préférons vraiment des IRS et des malls vides, des hôtels visités par des touristes qui ne peuvent dépenser et des investisseurs étrangers ou locaux à qui il faut tout donner sur un plateau, par exemple, sous forme de contrat monopolistique à l’aéroport ou de bail sucré, style Neotown. La politique de l’envie et de la jalousie des autres ne nous mènera nulle part, sauf au malheur. A contrario, les plus fortunés se doivent de se désenclaver et de se solidariser avec les plus faibles, surtout quand «méritants», ne serait-ce que selon leurs propres valeurs référentielles !

Un internaute (signant entrepreneurship) sur l’express. mu demande, cette semaine, où sont les entrepreneurs de ces dernières années ? Une question qui n’est pas sans intérêt et dont la réponse peut être capitale pour l’avenir du pays. On ne peut pas croire qu’ils aient disparu ou que, comme le suggère un autre internaute (ras bitul), qu’il y ait une trop grande concentration de richesses et qu’en temps de crise, ces riches se recroquevillent, n’investissent pas et veillent leurs sous. Après tout, cette concentration de richesse était beaucoup plus importante il y a 30 ans, la crise était alors encore plus vive (chômage à 30 %, dévaluations etc.) et pourtant ils ont investi !

Un élément de la réponse provient de la politique délibérée des travaillistes ces neuf dernières années, soit leur version toute particulière de la «démocratisation» de l’économie (gouvernement où XLD et Pravind ont tout de même officié...). Pendant que l’on refusait à IBL de développer Agaléga ou à M. X de faire avancer son projet de géothermie parce qu’ils faisaient partie de «bann-la», on faisait la promotion de «nou bann» (Soornack, Woochit et al.) et on tentait d’intéresser de nouveaux capitaux étrangers style Jin Fei ou Neotown. Quoi d’étonnant si le capital historique, refroidi localement, s’exportait lentement (hôtels aux Seychelles, aux Maldives, au Maroc, sucre en Tanzanie, au Kenya, textile en Chine, en Inde...) et les vrais entrepreneurs, c’est-à-dire ceux ne souhaitant pas s’afficher comme des «protégés» du pouvoir du jour (ni en bénéficier), se contentaient d’autre chose (ICT, Fish Hub). Ou de miettes.

L’ingénierie sociale de la dernière décade a cassé des ressorts mis en place dans les années 80 où TOUS étaient conviés à l’aventure du travail dur, de la discipline, de la productivité et où TOUS étaient célébrés dans un environnement où le mot «profit» n’était plus honteux, tout d’un coup ! Cela a été un tournant économique, que d’aucuns appellent «miracle».

La démocratisation de l’économie n’est pas un mauvais concept en soi, mais on l’a grillée dans le dekti du «noubanisme», antithèse de la méritocratie. Autre difficulté : quand on s’attaque aux riches du jour, on passe un message à ceux qui s’investissent et travaillent dur aujourd’hui et qui pourraient, demain, devenir «riches» ! C’est comme le message que l’on passe quand on tripote avec l’Etat de droit : le secret confié à un professionnel,

fût-il avoué ou avocat, comptable, médecin ou journaliste, est-il toujours à l’abri ? Ou peut-on, désormais, au motif d’une enquête policière, renverser toutes les barrières allègrement ? Même si cela nuit à un éventuel procès en cour. Ce qui pourrait, en passant, suggérer que la motivation initiale n’est pas du tout le bien commun...

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