Les premiers doutes...

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Que le nouveau gouvernement se donne pour mission de nettoyer le pays (finir politiquement Ramgoolam fait, semble-t-il, partie du plan), de mettre au jour les transactions scandaleuses, de dénoncer la politique des petits copains de l’ancien régime qui empochaient des commissions par centaines de millions de roupies sur le dos de nos corps paraétatiques, cela ne peut que réjouir l’opinion publique. Qui salue et accueille ces actes avec soulagement. Que le nouveau gouvernement utilise des méthodes provoquant la confusion des rôles de nos institutions, jetant le doute sur le principe de la bonne gouvernance – combien vantée en campagne électorale – et créant un climat de suspicion, là, l’opinion publique s’interroge et se demande sarcastiquement si, au final, les mam ne finissent pas par devenir tous les mêmes, d’un gouvernement à l’autre…

L’épisode des trois ministres qui rencontrent deux représentants de la société Dufry à une heure tardive dans un appartement privé, avec tout ce qui s’en est suivi – affidavit, PNQ, confirmation du Premier ministre, demande d’une enquête contre Le Mauricien par l’Attorney General –, choque et interpelle. L’on veut bien croire que le trio ministériel avait pour objectif de recueillir des informations sur les commissions payées au duo Soornack/Gooljaury. L’on veut bien croire qu’il existe à Maurice des ministres tellement épris de leur travail qu’ils bossent à des heures indues dans l’intérêt supérieur du pays et l’on veut bien croire que tout ce qui est écrit dans un affidavit n’est pas forcément la vérité. 

Sauf que la confirmation de la rencontre par SAJ à l’Assemblée nationale, mardi dernier, donne à cette situation un caractère plutôt suspect. Ainsi donc, si on en croit les explications du chef du gouvernement, les ministres, animés de bonne foi, voulaient tout simplement aider la police. En clair, notre force policière (une petite claque au fraîchement nommé Nobin ?) et l’ICAC seraient tellement médiocres qu’il aura fallu que trois ministres de la République se substituent aux enquêteurs et rencontrent tard le soir des représentants étrangers pour l’obtention d’informations, semble-t-il, confidentielles.

Et qui est l’intermédiaire privilégié entre les parties étrangère et mauricienne ? Rakesh Gooljaury, ex-ami de Ramgoolam qui, après avoir retourné sa veste contre l’ancien gouvernement, renvoie l’image d’un nouveau privilégié du gouvernement du jour. Dans l’affaire Roches-Noires, il peut se flatter du traitement obtenu aux Casernes centrales, un dimanche, alors que, de ses propres aveux, il est coupable de mensonge. Dans la soirée du 16 février, revoilà le courtier des hommes influents, qui a un rôle de premier plan : c’est lui qui, après son dîner avec les étrangers, prend les opérations en main en les emmenant à la rencontre de trois ministres. Comme quoi, Gooljaury a beau être vigoureusement critiqué, c’est toujours le même homme qui a ses entrées chez les ministres dans la nuit, à l’abri des regards. Et si l’on devait croire l’affidavit juré par les étrangers, c’est le même Gooljaury qui aurait recherché le same deal pour le compte du gouvernement.

C’est toujours dans le fameux affidavit juré par les étrangers qu’on apprend qu’il y aurait eu, ce soir-là, menaces, chantage, intimidations de la part du trio Badhain-Jugnauth-Yerrigadoo. Si le Premier ministre ainsi que Roshi Badhain récusent ces informations – une position somme toute logique, le contraire nous aurait étonnés –, le Mauricien lambda s’interroge. Le procédé utilisé dans cette affaire, l’heure tardive à laquelle cette fameuse rencontre a eu lieu, la proximité de Gooljaury jouant à l’intermédiaire  avec les trois ministres, provoque un climat malsain de suspicion. Et dire  qu’il aura fallu seulement trois mois…

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