Relisez votre manifeste électoral !

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Nous vivons ces jours-ci une période de déconstruction-reconstruction de tout l’appareil gouvernemental. Il est évident que le clan Jugnauth ne laissera pas la moindre chance à Navin Ramgoolam et à ses réseaux d’influence. Une solide stratégie a été déployée. Chaque détail des affaires Ramgoolam est passé à la loupe. Et tous les moyens sont actuellement mobilisés pour l’envoyer à Melrose, comme promis lors de la campagne électorale.

Incapable de quitter le territoire, contrairement à Nandanee Soornack, qui, depuis, communique de l’Europe par le biais d’un cabinet d’avocats, l’ancien Premier ministre, hier seigneur tout puissant, doit désormais grimper régulièrement les marches menant au CCID tout en goûtant aux méandres de la justice. L’homme, de plus en plus esseulé, sourit de moins en moins. Il a visiblement vieilli en deux mois. Il subit le sort de ceux qui n’ont pas le pouvoir de leur côté. Il s’est, malgré lui, rangé parmi les faibles, ceux pour qui se battent, par conviction, les journalistes indépendants. Pour sauver sa peau, Navin Ramgoolam est conscient qu’il va perdre beaucoup de son temps et ses millions. Ne serait-ce qu’en frais d’avocats.

Pour notre société qui soupire, l’exercice de nettoyage post-Ramgoolam est salutaire dans la mesure où c’est la première fois qu’on passe au peigne fin les comptes d’un ancien Premier ministre. La «boîte de Pandore», que redoutait Yousuf Mohamed il y a un mois, n’en finit, du reste, pas de nous surprendre. Et ce n’est pas fini. Hormis l’aéroport et ses boutiques hors taxes, d’autres projets, négociés ou concrétisés durant le règne de Ramgoolam, sentent, apparemment, le roussi... On commence d’ailleurs à entendre parler de Bagatelle Dam maintenant.

Dès lors, face aux révélations – actuelles et à venir – qui sont savamment distillées par le présent régime, il s’avère difficile pour le public de sympathiser avec l’ancien Premier ministre. Toutefois, comme tout citoyen qui n’a pas encore été condamné par une cour de justice, il a des droits. Et à ce titre, il ne devrait pas subir des abus du pouvoir tout-puissant, dans un esprit revanchard.

Ainsi, en termes de bonne gouvernance, nous ne comprenons pas comment le Premier ministre et ministre de l’Intérieur, sir Anerood Jugnauth, a pu venir justifier au Parlement le troublant fait que trois de ses ministres voulaient «aider la police» à faire progresser son enquête dont la cible est Ramgoolam ! Franchement : est-ce le rôle de l’Attorney General d’organiser des séances d’interrogatoire dans son appartement quatrebornais ou d’aller compter les billets de banque aux Casernes centrales ? Du reste, le fait qu’il demande au DPP (dont on nous claironne l’indépendance) d’enquêter sur notre confrère Le Mauricien pour une histoire de... titre d’un article de journal (!) n’augure rien de bon pour notre démocratie.

Est-ce que, par ailleurs, le ministre de la Bonne gouvernance se croit toujours investi du manteau d’enquêteur pour l’ICAC ? Et quid de notre ministre des TIC, aussi leader du MSM, quel est son rôle dans cette enquête pas comme les autres ?

Fondamentalement, par rapport à la déclaration de SAJ, et si quelques points de  l’affidavit s’avèrent, deux questions se posent alors : est-ce qu’un ministre a le droit de jouer au policier ? Est-ce que la police (ou la Financial Intelligence Unit ou l’ICAC) a besoin d’être aidée par des politiciens ?

À l’express, même si nous avons, en début de semaine, évoqué l’affidavit contre les trois ministres, nous avons choisi de ne pas étayer les détails dudit document. Selon nous, en termes de «newsworthiness» et d’intérêt public, le scandale Dufry-Frydu dépasse de loin les méthodes contestables et contestées du trio du MSM. D’où le traitement plus  important accordé à l’affaire «Frydufry» par rapport à l’affidavit en question, juré dans un grand secret.

Mais, au-delà de la teneur de cet affidavit et du rôle de la police, l’on devrait surtout s’interroger sur la mission des institutions qui sont censées, sans ingérence aucune, faire la lumière sur les cas de fraude et de corruption allégués. Au Parlement, le ministre de la Bonne gouvernance avance, non sans fierté, que les informations, sans doute glanées par lui et ses collègues-enquêteurs, vont être communiquées à l’Attorney General’s Office (qui place le DPP sous sa coupole), à la Financial Intelligence Unit (qui est dirigée par un proche de M. Bhadain) et à l’ICAC (dont la direction a été nommée sans consultation et sans appel à candidatures). C’est là, précisément, où le bât blesse. On a ainsi de plus en plus l’impression que le MSM tend vers l’absolutisme. En prenant le contrôle de toutes les institutions-clés.

Pour nous, face à ces actualités, il y a nécessité de remettre la méritocratie, la transparence et l’équité au sein de l’action gouvernementale. Pour cela, il suffit à l’alliance Lepep de relire son manifeste électoral. Citons (page 5, paragraphe 3) : «Les institutions qui ont pour mission d’agir en chiens de garde ont été transformées en  instruments politiques afin, d’une part, de persécuter les opposants au régime en place et, d’autre part, de couvrir les nombreux scandales où le PM, ses ministres et leurs protégés, sont impliqués.» Le nouveau gouvernement parlait là de l’ancien régime. S’apprête-t-il à prendre la place de l’autre ?

 
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