Alternance et indépendance…

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L’Alternance politique doit-elle nécessairement obéir à la promesse Bizin Sanzman en tout et pour tout ? À dix jours des trois premiers mois du nouveau gouvernement au pouvoir, il y a eu de ces changements qui ont soulevé l’espoir de meilleurs lendemains. Pêle-mêle : l’augmentation rapide de la pension de vieillesse a été accueillie comme une volonté d’accorder un meilleur soutien aux démunis, l’augmentation salariale de Rs 600 a réjoui les travailleurs de tous les secteurs, la bataille de l’État contre le pandit Sungkur et l’hôtel Tarisa, ainsi que les procédures enclenchées pour reprendre 1 150 arpents pieds dans l’eau sont des démarches vécues comme des tentatives pour restituer le patrimoine commun aux Mauriciens. La saisie des coffres-forts et des valises d’argent chez l’ancien Premier ministre, au-delà du choc, laisse deviner que les intouchables d’hier ne sont plus au-dessus des lois.

L’alternance a donc ceci de bon : elle garantit une politique de met lord dans les dysfonctionnements et libère dans quelques cas la parole, à l’exemple du couple Oogarah (l’ex-mari de Nandanee Soornack et sa seconde épouse) qui a témoigné de son long calvaire sur toutes les radios privées et sur lexpress.mu cette semaine. Le couple recueille un grand témoignage de sympathie, car le récit démontre jusqu’où l’abus de pouvoir peut mener. Cela dit, l’alternance politique doit-elle toucher les institutions indépendantes qui fonctionnent correctement, surtout quand celles-ci garantissent la séparation des pouvoirs dans une démocratie ? Toutes les décisions adoptées par l’ancien régime, même quand elles se justifient, feront-elles l’objet d’une révision ?

Ainsi, la décision, par le Conseil des ministres vendredi dernier, de replacer le bureau du DPP sous celui de l’Attorney General, provoque des réactions intempestives. Si Satyajit Boolell a été très loin dans ses commentaires en parlant de «République bananière» et en évoquant une possibilité de poursuivre l’État, Manish Gobin (lire en page 16), avocat et membre de la majorité, défend le gouvernement, rappelle que le DPP occupe un poste constitutionnel, que ses pouvoirs sont donc garantis et qu’il n’est nullement question d’atteinte à son indépendance.

Dans le fond, Gobin n’a pas totalement tort. Mais il n’a pas totalement raison non plus. S’il est vrai que le DPP ne perd que son indépendance administrative et qu’il faut éviter certains amalgames faciles, s’il est vrai que jusqu’en 2009, le bureau du DPP était sous l’Attorney General – Valayden a mis fin à cette situation en conformité avec les conclusions de la Law Review Commission – sans qu’on ne remette en question l’indépendance des prédécesseurs de Satyajit Boolell, toutefois, la décision du gouvernement laisse planer des doutes.

D’aucuns ne comprennent pas quelles sont les raisons qui ont motivé ce changement, d’autant que le bureau du DPP projette une image indépendante, que ses newsletters sont appréciés, que le fait d’expliquer sa motivation dans certains procès d’intérêt public sont à mettre à son crédit. Depuis vendredi dernier, les interrogations affluent. Et il y a un sentiment d’un retour en arrière. Sans compter que, sur le plan international, la réputation du pays prend un coup.

Mais s’il y a un sentiment de malaise avec cette décision, c’est qu’elle émane d’un nouveau gouvernement, avec la perception d’une remise en cause de l’indépendance du bureau du DPP en le mettant sous tutelle administrative. Du coup, la question fondamentale est sur toutes les lèvres : est-ce qu’il y a une volonté à forcer le DPP à prendre la porte de sortie ? Serait-ce une façon déguisée de lui demander de lev pake ale vu qu’il ne peut être démis de ses fonctions sans raison ?

Non, l’alternance politique ne doit pas nécessairement obéir à une promesse de Bizin Sanzman. Pas dans le cas du DPP !

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