L’absolutisme du MSM

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Le pouvoir absolu s’inscrit dans une logique immuable. En théorie, il signifie la possibilité légale de tout contrôler au nom d’une légitimité supérieure, sans contrepoids. Dans la pratique, l’absolutisme pourrait prendre la forme de la stratégie du Mouvement socialiste militant (MSM) des Jugnauth qui envisage sérieusement de tenir les élections municipales dans quelque trois mois.

Après son éclatante victoire au scrutin du 10 décembre 2014, le MSM et ses partenaires minoritaires (dont il n’a pas vraiment besoin pour régner) sont les maîtres incontestables de l’échiquier, au Parlement et à l’échelon national. Néanmoins, seule tache au tableau : les oranges n’ont pas la mainmise sur les municipalités qui sont aux mains des mauves et des rouges. Techniquement, le gouvernement central aurait pu attendre 2018 pour organiser les élections municipales (les dernières ont été tenues le 9 décembre 2012). Mais politiquement, le moment est propice pour passer à l’offensive dans les villes.

Face au MSM, il y a un océan de désespoir dans les rangs de l’opposition. Certains se demandent même si l’actuel leader de l’opposition va demeurer en poste après les secousses annoncées au sein de son parti. Quoi qu’il en soit, c’est en rangs dispersés qu’avance notre opposition maigrichonne…

Chez les rouges, le choc se prolonge. Après un premier soutien spontané dans le sillage de l’arrestation de leur chef (arrestation qualifiée alors de «vendetta politique»), les travaillistes se font de plus en plus rares autour de Navin Ramgoolam, qui passe désormais son temps entre les Casernes centrales et la Cour suprême. Beaucoup aujourd’hui estiment, à demi-voix, certes, qu’au vu du contenu des coffres-forts, il serait mieux que le leader en congé cède sa place – pour de bon, et non pour la forme – à Arvin Boolell. D’aucuns estiment que les examens des comptes bancaires et des six cellulaires de Ramgoolam risquent d’enliser davantage le PTr.

Du côté mauve, on nous sert un simulacre de renouvellement. Après avoir été à la base des trois défaites successives du MMM, ne voilà-t-il pas que Paul Bérenger, au lieu de passer la main aux jeunes, se retrouve, pour la sempiternelle fois, élu en tête de liste au sein du bureau politique. Ceux qui l’ont talonné de près ont été soigneusement écartés. Et pour montrer le semblant de changement, quatre leaders adjoints ont été nommés. Même si ces derniers constituent le savant dosage en termes ethniques, voire sur le plan genre (on a quand même pu trouver une des quatre places pour une dame), aucun de ces seconds couteaux ne peut prétendre remplacer le leader maximo.

La reconstruction nécessaire au sein du PTr et du MMM permet la construction, à la fois intellectuelle et institutionnelle, d’un espace politique supérieur pour le MSM – qui n’a jamais pu vraiment percer dans les villes, sauf peut-être à Vacoas où Pravind Jugnauth avait été élu pour la toute première fois, le 27 octobre 1996, ou encore tout dernièrement, en 2012, quand les oranges étaient associés aux mauves.

En amont aux municipales, le MSM se prépare déjà. La sortie de Lutchmeenaraidoo contre les banques commerciales, les propos paternels de sir Anerood vis-àvis de la communauté des planteurs, la reprise des dossiers Jin Fei et Neotown, tout cela s’imbrique dans la stratégie ’asseoir le pouvoir politique du MSM. La cerise sur le gâteau préélectoral sera, sans doute, le prochain Budget de Vishnu Lutchmeenaraidoo, le 23 mars. Histoire d’étendre davantage les tentacules du MSM. C’est peut-être bien pour les Jugnauth et leur garde rapprochée. Mais, pour notre démocratie, est-ce une bonne chose que tout soit ainsi concentré ? N’est-ce pas ainsi que l’on avait créé des monstres précédents ? (précédemment)

 
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