Les leçons étrangères

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Nous ne sommes pas russes, heureusement, mais l’actualité de ce pays nous rappelle, au moins, deux leçons. Pour la première, il s’agit de prendre conscience des conséquences d’une trop grande dépendance d’une activité économique. Chez eux, c’est le gaz et le pétrole, chez nous, notre trop grande dépendance du sucre à l’époque, de l’euro à l’exportation ces jours ci et cela devrait nous inviter à la réflexion. Pour la seconde leçon, il s’agit de cerner les avantages à ne pas rompre l’équilibre de la terreur. Dans notre île, les politiciens se tenaient tous par la barbichette et se menaçaient souvent, mais ne faisaient pas grand-chose pour joindre le geste à la parole. Ces jours-ci, comme Putin en Ukraine, SAJ est passé aux premiers actes. Les actes engendrent généralement des ripostes et des changements fondamentaux dans le paysage…! Allons-y donc, bien avant l’option nucléaire ! Confessez-vous tous, en public, à la télé et légiférons enfin pour le financement transparent des partis politiques !

Nous ne sommes pas la Lybie ou l’Iraq, fort heureusement, mais la situation de ces pays nous indique les conséquences d’un accaparement sans partage d’un groupe par rapport aux autres et de la violence désordonnée qui peut suivre quand les exclus d’hier finissent par avoir leur chance… Chiites en Iraq ou anti-Khadafistes de tous poils, quand c’est leur tour, ça se paie comptant !

Pourrions-nous donc prendre acte et ne pas diviser le pays en deux à chaque élection, punir ou ostraciser l’adversaire durant son mandat à la tête du pays et ainsi enclencher un retour d’ascenseur qui pourrait faire mal dans5 ans ? La solution ? La méritocratie à la place du «noubanisme» évidemment…

Nous ne sommes pas le Venezuela, heureusement pour nous, mais même s’ils ont du pétrole et les plus belles «Miss» du monde, on y manque apparemment de tout et Maduro vient de faire arrêter le maire de Caracas, Antonio Ledesma, au motif qu’il conspirait pour renverser le pouvoir, notamment en «complotant avec les États-Unis». Ce qu’il faut noter de concluant pour notre pays ? Craignons les leaders politiques parlant de complot pour faire arrêter leurs adversaires politiques, souhaitons des investigations libres de toute influence politicienne et soyons bien conscients de l’absolue nécessité d’institutions indépendantes pour défendre la démocratie et, partant, nos libertés citoyennes.

Nous ne sommes pas non plus Madagascar, ouh là là, heureusement, englués qu’ils sont dans d’éternelles discussions sur la réconciliation nationale quand ils ne passent pas l’autre grosse moitié de leur vie à se faire des vacheries et à consolider leurs petits pouvoirs ou leurs grosses poches personnelles. Tant et si bien, qu’il ne reste alors plus de temps (ou même trop d’envie) pour s’occuper du bien commun et du progrès national… La leçon est-elle assez claire ?

Nous ne sommes pas la Grèce, non plus, Dieu nous en garde, pour arriver à la conclusion qu’on peut traficoter son endettement et son déficit budgétaire national, ne rien faire, pendant des années, pour favoriser la discipline fiscale de sa population et vivre systématiquement au-dessus de ses moyens avec l’argument que le reste du monde (dans leur cas, de l’Europe) leur «doit» bien cela, par exemple pour l’invention des Jeux Olympiques, la notion de la démocratie, ou la philosophie d’Aristote. On voudrait tous évidemment que ce soit possible d’augmenter la pension de vieillesse, de mieux compenser les salaires, de devenir un «high income country», d’être bien classé pour la qualité de notre éducation ou de notre santé nationale tout en se mentant à soi-même, en ne faisant aucun effort supplémentaire, en ne payant aucune taxe de plus, sans gain de productivité et en espérant que les investisseurs étrangers nous maintiendront toujours à flot même si nous exportons 70 milliards de roupies de moins que nous importons et que notre balance de compte courant est dangereusement défi citaire depuis des années déjà. On voudrait bien… anoblir le capitalisme, le rendre plus humain, moins cynique, moins avide. On voudrait bien. Mais en renverser les fondements paraît bien téméraire…

Nous sommes à Maurice et malgré nos imperfections et nos insuffisances, nous pourrions de temps en temps nous rendre compte que cela aurait pu être bien pire, que ce n’est déjà pas si mal d’être ici, quitte à assimiler les leçons des autres pays et renoncer à commettre leurs mêmes erreurs et à reproduire leurs petites bêtises. Ce qui n’empêche pas, une fois cette réflexion faite, de constater nos gabegies et nos démissions, de les honnir et de travailler dur pour les éradiquer afin d’accélérer le progrès tant matériel qu’humain souhaité de tous et pour tous.

 
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