Allô, secrets d’État...

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Navin Ramgoolam est bien placé pour savoir que les murs ont des oreilles. Ses services de sécurité recouraient aux procédés les plus sophistiqués pour capter des infos cruciales à la sûreté du pays, voire utiles à sa propre survie politique. D’ailleurs, il se chuchote, aux Casernes centrales, qu’un appareil d’écoute, utilisant une technologie de pointe et offert par une puissance étrangère à des fins sécuritaires, a tout bonnement disparu le lendemain des résultats législatifs... Ce qui vient conférer davantage, dans l’imaginaire populaire, leur part d’ombre et de mystère aux secrets d’État.

Si les coffres-forts de Navin Ramgoolam ont livré leurs secrets, les six cellulaires de l’ancien Premier ministre n’ont, eux, pas encore révélé leurs trésors. La bataille juridique relative à l’accès aux téléphones sera davantage ardue que pour les coffres-forts. Comme ceux-ci ont été saisis à son domicile privé de River Walk, alors qu’il n’était plus Premier ministre, ils ne relèvent pas – ou plus – du secret d’État. Mais tel n’est pas le cas pour les cellulaires, utilisés pendant son long règne quasi-dictatorial.

Aujourd’hui, avec les évolutions technologiques, ces secrets téléphoniques revêtent une tout autre dimension. Ils participent aux débats sur les fondements de la démocratie. De Wikileaks aux Swiss Leaks, en passant par Julian Assange et l’International Consortium of Investigative Journalists, on constate que les renseignements constituent une part entière des relations internationales. Sur une échelle nationale, la part de secret est révélatrice de ce que le pouvoir politique est prêt à préserver ou à révéler. Les sociologues de l’information vont plus loin en analysant les limites de la communication, notamment celles entre, d’une part, pouvoir et individu et, de l’autre, entre espace social et sphère privée.

Si Navin Ramgoolam – et tous ceux qui lui ont versé des dons en espèces locales ou en devises – ont tout intérêt à protéger les secrets des téléphones, l’opinion, elle (comme le DPP), devrait souhaiter y accéder. Car en négligeant la part secrète de l’État, incarnée par l’ancien Premier ministre, la compréhension de notre société et de ses travers s’en retrouve réduite.

Au-delà de la chute de Navin Ramgoolam, et de son retrait – inconcevable avant la découverte des coffres-forts – du Parti travailliste, il nous faut faire face à l’évidence : c’est tout le système qui est pourri. Le financement de tous les partis politiques – non seulement des rouges – continue à se faire dans l’opacité la plus totale.

Et s’il y a des corrompus parmi les politiques, c’est qu’il y a aussi des corrupteurs dans le privé puisque l’argent débordant des coffres-forts de River Walk ne provient pas des caisses de l’État. Et ces corrupteurs ont dû aussi corrompre d’autres leaders politiques – d’où, sans doute, le silence généralisé qu’on aura noté dans les rangs des principaux partis politiques ?

Quels sont donc ces secrets (et ces corrupteurs)  que Ramgoolam souhaite, à tout prix, protéger ? Est-ce que les cellulaires premierministériels vont sonner le début de la fin de la corruption institutionnalisée qui tire notre pays vers le bas ?

 
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