Cherche changement désespérément

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Fallait-il un coup de pouce de la main invisible de l’Histoire pour révolutionner la politique telle qu’elle est perçue, vécue et pratiquée jusqu’ici à Maurice, qu’il n’y aurait pas d’occasion plus propice. Les événements qui ont accompagné l’arrestation de l’ancien Premier ministre, le choc des images de ses coffres-forts, toutes les questions autour de ce scandale obligent les partis politiques indistinctement à faire leur examen de conscience.

Ainsi, le Parti travailliste (PTr), grandement éclaboussé, avait une opportunité inespérée de se repenser complètement et de procéder à une révolution en commençant à mettre de l’ordre dans le leadership des rouges. L’heure étant grave, la logique aurait dicté un remplacement du leader actuel par un autre, mais au final, Arvin Boolell ne devient que le porte-parole du parti. Une occasion ratée car se dégage, après le bureau politique des travaillistes hier, une impression que les dirigeants du PTr soutiennent Navin Ramgoolam – qui laisse la porte délibérément ouverte pour un retour - peu importe les faits. Sauf que les faits, aux yeux du public, sont graves. Les Mauriciens comprennent difficilement pourquoi l’ancien Premier ministre conservait Rs 220 millions dans des coffres-forts et des valises à son domicile.

Il n’y a pas que dans le camp rouge qu’on s’attendait à un profond changement. Le Mouvement militant mauricien (MMM) avait aussi rendez-vous avec son histoire ces derniers jours, à la faveur d’une double élection : comité central (CC) et bureau politique (BP). Et alors que tout le monde pensait arrivée l’heure de la relève, aucun membre de la vieille garde n’est parti. Certes, à voir les classements de Ganoo (8e) et Bhagwan (16e) hier au scrutin de renouvèlement du BP, et leurs résultats au vote du CC mercredi, on devine que ces deux ténors, considérés comme la garde prétorienne et mauvais conseillers du leader, ont perdu en capital de sympathie. Mais Bérenger est maintenu à la tête du MMM, un parti qui s’est définitivement égaré à plusieurs niveaux. Après la déconnexion enregistrée entre l’état-major mauve et la base, après la profonde démotivation des militants lors des dernières élections générales, après la grande erreur de jugement des dirigeants actuels du MMM – ceux-là qui n’ont pas «écouté suffisamment la voix de l’électorat mauve», dixit Ganoo – on doute fort qu’avec le même leadership, le parti se restructure, se repense.

Si les partis au pouvoir – le MSM et le PMSD, dont l’alliance est dirigée par un SAJ qui jusqu’ici veut démontrer qu’il means business – ont toujours le vent en poupe depuis le 11 décembre, les secousses de ces derniers jours, qui appellent à des interrogations sur tous les partis politiques sans distinction, force le nouveau gouvernement à être au-dessus de tout soupçon. Après avoir mené campagne contre la fraude et la corruption, après avoir crié haut et fort qu’ils dirigeront dans la transparence et en démontrant, à travers la nomination d’un ministre de la Bonne gouvernance, que ce principe sera appliqué, les attentes des citoyens sont grandes et tous espèrent avoir désormais affaire à une équipe qui travaillera pour le peuple et pas pour remplir les poches de ses dirigeants.

L’affaire Ramgoolam, avec tout ce qu’elle apporte dans son sillage – l’enrichissement des hommes et femmes politiques, le financement occulte des partis, les ramifications pouvoir-copinage –, oblige le régime actuel, qui a commencé l’opération de dénonciation des mains sales, à être sans reproche. D’ailleurs, faut-il rappeler que et Pravind Jugnauth et Xavier Duval ont été aux cotés de Ramgoolam dans ses derniers gouvernements. C’est dire que là aussi le moment est à saisir, si tant est que le début d’un nouveau mandat puisse favoriser une nouvelle manière de diriger, de gouverner.

Tous les blocs politiques traditionnels, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, sont aujourd’hui devant un choix : continuer leur chemin comme avant ou procéder à de profonds changements sur tous les plans (structurels, ressources humaines, valeurs, principes, idées, moralité…). Est-ce que nos dirigeants politiques réagiront à la main tendue invisible de l’Histoire ?

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