MMM : de la défaite du… peuple

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La victoire de l’alliance Lepep devrait donner l’occasion au MMM
de réfléchir aux causes réelles de sa défaite.

Il existe un courant majoritaire qui pense que le vote du 10 décembre était un vote de rejet. Le gouvernement qui a été élu ne serait nul autre qu’un gouvernement «by default».

Comme toute analyse ex post d’un événement, celle deLindsay Rivière (parue dansl’express du mercredi 28 janviersous le titre de Le Parti MMM : Les choix du 8 février)repose sur des résultats atteintsou déjà connus. Ici, il s’agit duvote du 10 décembre dernier.C’est pour dire que si le verdictdes urnes avait été autre,le raisonnement qui guide lachronique aurait été différentsur ce que le MMM devraitfaire quant à son avenir.

L’analyse aurait porté sur une explication, toujours après coup, pour dire pourquoi la mayonnaise Lepep n’avait pas pris, du rejet d’un mariage carpe et lapin, entre Ivan et Boodhoo ou Dayal, ML-MSM ou PMSD. La chronique n’aurait sans doute pas manqué de dire SAJ de partir à la retraite pour de bon et à Ivan d’aller rejoindre le MMM. Et ainsi de suite.

Si l’analyse repose essentiellement sur l’interprétation du vote de décembre, alors, il faut s’attendre à une diversité de causes de l’échec du MMM, et par conséquent, aux multiples choix qui  s’offrent à ce parti pour se refaire une santé. La précision de la cause ou des causes est primordiale puisqu’elle déterminera la justesse du remède à apporter.

Or, il existe un courant majoritaire qui pense que le vote du 10 décembre était un vote de rejet. Si on est d’accord avec cette position, ceci équivaudrait à dire que l’électorat a dit non à l’alliance PTr-MMM, sans pour autant dire oui à l’alliance Lepep (AL). Quoique dans l’arithmétique électoral, cela revient au même en termes du nombre d’élus, critère qui a été utilisé dans la chronique pour expliquer la popularité de quelque parti.

Sans enlever quelque mérite à la victoire de l’AL, le gouvernement installé au pouvoir à partir d’un vote de rejet peut être considéré comme un gouvernement by default. Les causes de son succès ne correspondant pas nécessairement à ses valeurs intrinsèques mais plutôt au refuge qu’elle offrait aux frustrés du camp adverse.

Ce que doit faire le MMM à l’avenir, c’est de réfléchir aux causes réelles de sa défaite. Et contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, il n’y a pas que Ramgoolam, ou ses frasques au menu des explications. La cause de la défaite du MMM en 2014 est la même que celle des autres défaites enregistrées par ce parti depuis sa création.

Défaites que la chronique de Lindsay Rivière évoque à juste titre. Mais puisque celle de 2014 n’augure rien en matière de causes, elle relève comme toutes les autres d’avant, d’un phénomène systémique. La présence de Ramgoolam dans l’équation n’est que conjoncturelle. Même avec Jugnauth à ses côtés, Bérenger aurait subi le même traitement.

Le communalisme a été toujours déterminant dans le choix des gouvernements à Maurice.  Tout le dysfonctionnement de notre système politique vient du fait qu’une  minorité de votes sectaires, fondés sur la peur ou le rejet de l’autre, suffit pour faire pencher la balance du pouvoir d’un côté. Et la balance s’est toujours penchée d’un côté. Toujours ! Notre tragédie vient du fait que c’est cette minorité d’esprits sectaires qui détermine en fin de compte qui ira s’asseoir à l’Hôtel du gouvernement.

 
ARGUMENT COMMUNAL

On avait l’impression que les politiciens avaient abandonné l’argument communal contre leurs adversaires lors des dernières élections. Mais, même si tel était le cas, cela n’a pas empêché la bactérie communale larvée dans les esprits des électeurs de se manifester. Le rejet de Bérenger parce qu’il est non hindou est chose connue.

On ne doit pas escamoter l’existence et le poids de ceux qui ont rejeté Ramgoolam aussi parce qu’il représente le pouvoir hindou. Ceux-là qui parlent de leur colère contre Bérenger et qui n’ont pas voté pour le MMM à cause de son alliance avec Ramgoolam doivent aussi se demander : est-ce aussi à cause du fait que Ramgoolam représente le pouvoir hindou ?

L’idée de la 2e république a été évoquée pour justifier la défaite électorale. La proposition pour la 2e république reposait sur un partage de pouvoirs entre les deux moitiés qui constituent le tout mauricien. Depuis toujours le pays est dirigé par un gouvernement qui a une moitié de la population contre lui. Depuis un demi-siècle, 50 % de la population est exclue du pouvoir.

La défaite de décembre 2014 n’a pas été seulement celle d’une alliance ou d’un politicien, mais la défaite de tout un pays, y compris son peuple qui a systématiquement conduit à la victoire le communalisme. Ce fléau a remporté toutes les 10 élections depuis l’indépendance du pays. Et toujours par un lourd score de 60-0. Il a imposé ses candidats et ses front bench. Il a fait une lecture étriquée de la démocratie en faisant régner l’appartenance sur la compétence et l’intégrité.

Et s’il y a quelque remède à apporter aujourd’hui, ce n’est pas seulement au MMM, mais à l’ensemble du pays, aux politiciens comme au peuple. Et, si c’est impossible au peuple d’élire des politiciens en faisant abstraction de leur appartenance, essayons par élire un nouveau peuple.

La bataille est contre le fléau du communalisme qui ronge notre société et le système politique. Le MMM requinqué ou pas sera toujours perçu, par une minorité décisive, comme un parti anti hindou, même si on remplaçait Bérenger par Jeeha. Il en est de même pour le PTr et le MSM qui seront toujours vus comme des partis symboles du pouvoir hindou  et donc pas des partis pour les minorités.

C’est la triste réalité de notre société. Nous récoltons ce que nous avons semé bien avant l’arrivée du MMM sur la scène politique. Les 10 élections depuis l’indépendance n’ont fait que renouveler l’attachement du peuple au communalisme. On peut toujours changer le MMM, mais le mal est ailleurs puisque c’est le système qui est pourri…

Le pays a le potentiel nécessaire de renverser le pessimisme exposé ici. La volonté existe, de même que l’engagement, en dehors du MMM aussi. Il faut peut-être commencer par se défaire de l’esprit corporatiste qui mine souvent le regroupement des forces capables de renverser un système.

Si on ne fait rien pour éradiquer le communalisme, il nous ramènera à nos années de naïveté, où nous croyions être un seul peuple. Et dans un demi-siècle à venir, ceux qui seront nés parleront de Bérenger, comme on parle aujourd’hui de Curé, d’Anquetil et de Rozemont. Victimes non seulement de la réalité du nombre et de l’appartenance, mais surtout d’une certaine idée d’accaparement du pouvoir.

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