Notre bateau prend l’eau !

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Les aléas, comme les inondations et les glissements de terrain, frappent tout le monde. De même, les infrastructures publiques et les communications officielles entourant la  dégradation de celles-ci ne doivent pas avoir de couleur politique ou se transformer en règlement de comptes politicien. Hélas, nous n’en sommes pas encore là…

Si l’express n’avait pas révélé, dans sa livraison d’hier, qu’une colline est en train de  s’affaisser entre Ripailles et Valton, pensez vous que le gouvernement aurait spontanément révélé aux contribuables que la situation sur la route Terre-Rouge–Verdun s’aggrave de jour en jour ? Lors de l’apparition des premières fissures sur cette route (qui faisait la fierté du tandem Ramgoolam-Bachoo), le gouvernement a été prompt à communiquer – afin surtout de jeter le blâme sur le précédent régime. Or désormais, l’on sent, en dépit de l’enquête annoncée sur les projets routiers de l’ancien gouvernement, une certaine réticence à éclairer les dessous de ce scandale qui éclabousse les services gouvernementaux dans leur ensemble. Entre-temps, les fissures qu’on rafistolait avec un tube de silicone se transforment en crevasses, susceptibles d’engloutir nos maigres finances publiques !

Au fond, le contribuable mauricien s’en fiche si le ministre des Infrastructures publiques s’appelle Anil Bachoo ou Nando Bodha. Ce qu’il veut, ce sont des éléments de réponse à ses questions. Et celles-ci sont nombreuses et pertinentes.

Près d’un an après l’apparition de fissures sur la Ring Road, pourquoi les travaux de réparation ne sont-ils toujours pas terminés ?

Après la Ring Road et l’axe Terre-Rouge–Verdun, qui ont coûté plus de Rs 6 milliards, faut-il dissoudre la Road Development Authority et poursuivre ceux qui avaient pour mission de veiller au bon fonctionnement de cet organisme qui a lamentablement échoué ? Qui financera les réparations ? Concrètement, quand est-ce que ces deux routes vont de nouveau être opérationnelles afin de désengorger Port-Louis ?

***

Les impacts sur la société de la mauvaise planification des travaux publics, ou des dégâts que causent les aléas climatiques aux infrastructures publiques, sont divers. Ils sont souvent classés par type d’impact : économique, social et environnemental. Les impacts économiques comprennent la perte des actifs et l’interruption des activités, ou le retard provoqué par les embouteillages monstres. Quand tous ces éléments sont réunis, la catastrophe peut avoir un impact macroéconomique, par exemple, une baisse du PIB ou un trou mieux creusé à la balance commerciale.

Ceux travaillant sur la réduction des risques financiers liés aux catastrophes (naturelles, climatiques, sociales…) partent de la logique suivante : si celles-ci sont souvent d’ordre «naturel», parfois humain, les conséquences, elles, sont bien tangibles et économiques.

En raison de nos contraintes budgétaires, il y a urgence pour conjuguer nos efforts, tant sur le plan national (en invitant aussi le secteur privé) que sur le plan régional, afin d’anticiper matériellement ces risques et quantifier l’importance des pertes économiques.

Les chiffres sont parlants : de 1980 à 2013, les pertes dues aux catastrophes pour les îles concernées par le Programme ISLANDS de la Commission de l’océan Indien (Maurice, Madagascar, les Seychelles, les Comores, Zanzibar) sont estimées à près de Rs 7,05 milliards. Maurice compte à lui seul des pertes économiques de près de Rs 1,8 milliard !

Pour arriver à ces sommes astronomiques, il faut considérer plusieurs aspects, notamment l’évaluation budgétaire, l’estimation des risques basée sur les probabilités et l’analyse économique. Tout cela peut aider à des prises de décisions éclairées des gouvernements. Jusqu’ici tout le travail relatif à la réduction e risques liés aux catastrophes a été très factuel, très scientifique, dans un jargon que comprennent seuls ceux qui ont une formation en sciences naturelles et sociales.

Et souvent les politiciens et les décideurs n’ont pas la connaissance pour interpréter ces informations et se contentent donc de blâmer l’autre. Nous sommes pourtant tous dans le même bateau, quand il prend l’eau... N’est-il toujours pas temps de voir plus large et au-delà des seules relations bêtement antagonistes ?

 
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