Politique - le parti MMM: les choix du 8 février

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Après les «regrets» publics d’Alan Ganoo, une interview de presse de Steve Obeegadoo lundi dernier semble indiquer que la direction du MMM se rapproche désormais d’une meilleure appréciation des vraies causes de la débâcle de décembre.

Contrairement à l’effet Ramgoolam qu’évoque sans arrêt Bérenger, Steve Obeegadoo concède que le «sérieux revers» subi est essentiellement «le fait d’avoir fait alliance avec le PTr». Il souligne que cette alliance, qui enthousiasmait Bérenger, est en fait «très mal passée auprès de l’électorat MMM» qui, précise-t-il, ne l’a «ni comprise, ni acceptée». Les électeurs MMM se sont «sentis floués» par l’arrangement MMM-PTr. Enfin, Steve Obeegadoo concède que, outre l’effondrement de son vote populaire, le MMM a, dans l’affaire, perdu le soutien de l’influente presse indépendante du pays parce que celle-ci avait «toujours vu dans le MMM un parti de principes» et a donc «très mal réagi à cette alliance». Sous-entendant que ces principes étaient absents !

La candeur d’Obeegadoo est sans doute le premier pas vers la contrition que doit la direction du parti à ces dizaines de milliers d’électeurs MMM. La mort dans l’âme, ils se sont vus contraints de voter contre leur propre parti pour mettre fin à cette folie.

La «remise en question» du MMM qu’espère Obeegadoo et qu’attend le pays n’a pourtant aucune chance d’aboutir tant que le parti n’aura pas lucidement répondu aux questions suivantes : comment se fait-il que les instances MMM (et Steve Obeegadoo lui-même) aient pu lire aussi mal et pendant si longtemps la mauvaise humeur et l’opposition féroce de l’électorat MMM devant ce projet d’alliance ? Comment le MMM a-t-il pu croire pouvoir enfoncer cet accord dans la gorge de ses partisans et ne pas mesurer la colère qui grondait, la désillusion qui s’étendait et le sentiment de «trahison» qu’il suscitait ? Combattre le PTr est, depuis 1969, dans l’ADN des militants. Comment un MMM, censé émaner du peuple, a-t-il fini par se couper autant du peuple ?

Ainsi que l’observe l’ex-président Nicolas Sarkozy : «La politique doit se faire avec le peuple, pas contre lui, pas sans lui.» L’action politique en 2015 ne peut reposer sur le culte inconditionnel du chef mais prendre appui sur l’adhésion aux idées et la capacité à convaincre. Après trois défaites successives (2005, 2010, 2014) et une petite victoire sans panache aux municipales de 2012 malgré l’apport du MSM, le MMM convainc-t-il toujours hors du cercle restreint de ses irréductibles ? Telle est la question centrale. Éviter d’y répondre, c’est condamner le MMM à une insignifiance progressive.

OBSÉDÉ PAR LE «RÉALISME POLITIQUE»

Le MMM a, aujourd’hui, un vrai problème : ses dirigeants vivent dans une bulle où se reproduisent en permanence leurs seules convictions. Ils n’écoutent plus personne. Ce parti est esclave de la volonté de son leader dont le jugement est devenu épouvantable. Obsédé par les considérations tactiques, les calculs opportunistes et le «réalisme politique», le MMM ne dispose plus aujourd’hui de l’intelligence collective qui, jadis, faisait sa force en guidant sa réflexion. Depuis trop longtemps, le parti n’a pour seul objectif que de «mener Paul Bérenger au poste de Premier ministre» (Obeegadoo dixit). Comme si le MMM n’avait été créé et n’existait plus que pour cela ! Quand on entre dans ce genre de logique, très vite la fin justifie tous les moyens, y compris les plus indignes. Pour se réinventer le 8 février, le MMM doit d’abord parler vrai et cesser de s’embêter. Il lui faut en fait intérioriser les données suivantes :

1. Le MMM n’est plus le premier parti du pays. Aujourd’hui, il vaut au mieux 15-16 %. Le PMSD Revival qui se dessine (11 députés PMSD contre 12 au MMM) menace de le pousser encore plus bas dans les villes. Xavier-Luc Duval, 55 ans, se positionne calmement et intelligemment comme le successeur naturel de Paul Bérenger dans certains milieux sociaux orphelins de leadership politique. En régions rurales, le soutien MMM est devenu négligeable (un seul élu dans le Parlement 2010-2014). Pour espérer rebondir, le MMM doit cesser de choisir la fuite, élection après élection, et prendre acte de son inexorable glissement.

2. Contrairement à Paul Bérenger et Alan Ganoo, l’électorat MMM, lui, depuis le coup de pied de 1996, ne veut plus entendre parler du PTr. Dans le subconscient collectif du MMM, le PTr est depuis toujours l’adversaire à abattre, pas l’allié à séduire. Les militants n’ont confiance ni en Ramgoolam, ni en aucun chef travailliste. Ils croient (avec raison) que le PTr ne veut que piéger et finir leur parti. Les électeurs MMM en ont plus qu’assez de voir leurs dirigeants aussi crédules face à un PTr calculateur, accapareur et totalement cynique. Si les instances MMM élues en février ne peuvent pas, une fois pour toutes, enterrer cette lubie insensée de Bérenger, alors le parti n’a plus aucun avenir.

3. L’électorat MMM porte comme une croix – comme une cicatrice jamais refermée – la rupture dans ses rangs en 1983 et tout ce qui a suivi. MMM et MSM sont les deux grandes branches d’un même arbre. Il est plus facile pour l’électeur MMM d’imaginer un rapprochement ( peut-être même, un jour, une réunification) avec le MSM plutôt que d’aller chercher ailleurs. Malgré la brouille de 1983, les chemins du MMM et du MSM se sont souvent rejoints (1991, 2000, 2005, 2013) et vont sans doute encore se croiser. Mais, inlassablement, la relation reste compliquée parce qu’au plus profond de lui-même, Bérenger n’a jamais pardonné et ne pardonnera jamais au MSM le schisme de 1983 et le naufrage de ses ambitions. La tentation travailliste est permanente à la direction MMM mais l’option MSM est incontournable à la base. Il faut, une fois pour toutes, guérir le MMM de cette schizophrénie politique.

4. Face au MMM, l’inverse est tout aussi vrai au PTr. Les partisans travaillistes sont politiquement et psychologiquement programmés pour barrer la route à Bérenger comme Premier ministre – pas pour l’installer au PMO pour nettoyer. Leur hantise de Bérenger est plus forte que leur affection pour leur propre leader. Navin Ramgoolam vient de l’apprendre à ses dépens : proposer Bérenger comme PM a été l’erreur politique de sa vie et, longtemps encore, sera le cauchemar de ses nuits.

5. S’il veut rebondir, le MMM doit cesser de n’être qu’un vague parti bérengiste pour redevenir ce qu’il fut autrefois : une formation d’avant-garde, sollicitant des Mauriciens ce qu’il y a de meilleur en eux et capable d’imaginer l’avenir. Pour l’heure, on en est loin. Le moment est venu pour le MMM d’imaginer un autre rôle pour Bérenger mais sans l’humilier et en reconnaissant son immense contribution à ce pays depuis 45 ans. Le MMM doit faire monter à sa direction les cinquantenaires (Steve Obeegadoo, Kavi Ramano, Reza Uteem, Satish Boolell) dans un generational change trop longtemps repoussé. Pour repartir, le MMM doit allier l’enthousiasme des jeunes, l’efficacité des moins jeunes et la sagesse des vétérans.

METTRE FIN AUX VIEILLES QUERELLES

Il faut ainsi, au MMM, mettre fin aux vieilles querelles qui n’ont plus de sens et faire revenir par la grande porte tous ceux qui ont jadis défendu avec honneur les idéaux du parti, les Cassam Uteem, Jean-Claude de l’Estrac, Swaley Kasenally, Jérôme Boulle, Vidula Nababsingh et autres, dans une grande réconciliation historique qui établirait un Conseil des anciens. Après tout, si Rajesh Bhagwan peut chaleureusement étreindre Nita Deerpalsing à la première réunion MMM-PTr d’Ébène, au nom de quoi Paul Bérenger et Jean-Claude de l’Estrac, frères d’armes de tant de combats, ne pourraient-ils pas enfin se donner l’accolade, se pardonner mutuellement et tirer une croix sur le passé ?

Le MMM n’appartient pas à Bérenger. Il appartient à toute une génération de Mauriciens qui ont passionnément aimé leur pays. Le MMM n’est pas un parti comme un autre. C’est une grande idée qui, en cours de route, s’est diluée, s’est déconsidérée et qui, en décembre, s’est finalement dévoyée. Cette grande idée peut-elle encore revivre ? En tout cas, elle mérite mieux que le triste spectacle que donne aujourd’hui ce parti qui va d’échec en échec et qui, en s’accrochant aux basques de ses pires ennemis, admet ne plus croire en lui-même.

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