Sésame, ferme-toi…

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La démission forcée de Thondrayen Pavaday de son poste de directeur général de la MPCB, suite à une enquête de Radio Plus faisant état des faveurs (nuitées gratuites dans les hôtels, surclassement dans les avions…) dont il aurait bénéficiées, fait réfléchir quant au niveau inacceptable atteint par le copinage politique et le trafic d’influence à Maurice.

Au-delà de ce cas – il ne devrait pas être difficile de vérifier si l’ancien directeur a bien obtenu des passe-droits, les dates des voyages et des séjours étant rendues publiques –, l’actualité de ces dernières semaines montre à quel point la politique des petits copains a favorisé certains proches de l’ancien pouvoir au détriment du patrimoine des Mauriciens, du pays, voire de notre économie : restaurant sur la plage, café à l’aéroport, déviation de route, un morceau d’îlot, des arpents de terre… Il suffisait, semble-t-il, d’avoir les bons contacts pour demander un petit bout de bien national.

Aujourd’hui, l’État veut récupérer 1 150 arpents pieds dans l’eau – dont 30 qui seraient restitués par le tandem Gooljaury-Soornack –, accordés à une bande de privilégiés. Ce qui a fait dire au ministre Showkutally Soodhun : «Le ministère des Terres est une caverne d’Ali Baba… Plus on avance, plus on découvre des choses les unes plus choquantes que les autres.» Il semblerait, à voir l’échelle de nombre d’abus, que certains aient confondu le pays lui-même avec la caverne d’Ali Baba.

Ainsi, l’on apprend dans l’express de samedi que le terrain de l’État qui abrite le campement de l’ex-Premier ministre et qui est loué à bail à celui-ci, avait «soudainement rétréci», permettant donc à Navin Ramgoolam de payer un «premium inférieur». Quand on sait que l’ancien PM, censé donner l’exemple en respectant les institutions, en faisant montre d’une éthique morale, a attendu sa défaite de décembre dernier pour régler illico presto ses arrérages de plus de Rs 6 millions sur le bail de Roches-Noires, il y a de quoi être perplexe.

À croire que la démocratisation de l’économie, fameux cheval de bataille de Ramgoolam dès son accession à la primature en 2005, était destinée à des happy few profiteurs de l’entourage de l’ancien pouvoir, pour des raisons autres que l’avancement de notre île.

Cela dit, depuis que le 10 décembre est passé par-là, entraînant sur son passage un sursaut démocratique, les attentes sont immenses : une majorité de Mauriciens espère une rupture réelle avec la pratique politique qui avait cours jusqu’à la veille des législatives. Si l’espérance est là, c’est parce que l’Alliance Lepep avait fait de la compétence, la démocratie, la transparence et la fin de la culture du népotisme, ses thèmes de campagne. SAJ promettait un pays où il ferait bon vivre.

Et depuis l’installation du gouvernement Lepep, force est de constater que la volonté de nettoyer paraît sincère. Si tout un chacun comprend que l’alternance permet à un nouveau gouvernement de forcer certains nominés politiques à quitter douillets fauteuils et limousines, les Mauriciens s’attendent à ce que le nouveau régime ne se contente pas de remplacer les uns par d’autres qui n’ont de compétence que leur couleur politique. Ce serait alors du pareil au même. La décision de faire des appels à candidatures pour les postes à responsabilité fut bien accueillie, car elle représentait l’espoir de voir les right persons se retrouver aux right places.

Mais jusqu’ici, nous n’avons pas vu beaucoup d’appels. Certaines nominations politiques annoncées ces derniers jours pourraient même laisser croire à quelques récompenses pour services rendus. Mais ne faisons pas de conclusions hâtives et évitons un procès prématuré à une équipe gouvernementale qui n’est là que depuis un peu plus d’un mois. Dans deux jours, avec la lecture du discours-programme du gouvernement, les choses sérieuses reprennent leurs droits. Et plus que jamais, les Mauriciens ne veulent pas du copinage politique, de grossières faveurs, d’abus de pouvoir, bref, d’un pays que d’aucuns, qui fréquentent les allées du pouvoir, confondent parfois avec la caverne d’Ali Baba. Sésame ferme-toi…

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