Sortir de la préhistoire politique

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Chaque jour apporte son lot d’actualités illustrant l’incapacité des partis politiques à saisir les mutations sociales qui transforment le pays. Nos formations politiques sont restées figées dans le temps. Les exemples sont flagrants.

Malgré la gifle magistrale administrée par l’électorat au Parti travailliste et à son chef de file, ce parti continue d’être dirigé par un Ramgoolam. Au lieu de remettre en question son leadership, plus d’un rouge – y compris Arvin Boolell – critiquent le règne des neuf dernières années du fils de SSR, sans avoir le courage de lui demander de «step down» afin de faciliter l’exercice d’autocritique. Pour se protéger dans l’affaire Roches-Noires, Navin Ramgoolam se voit, lui, contraint de s’accrocher au fauteuil de leader car la bataille pour échapper au cachot (promis parsir Anerood Jugnauth) sera à la fois juridique et politique. En ce sens, le parti est devenu son bouclier personnel, alors qu’il n’a rien à voir avec les excès personnels de son leader. Ce parti national, dont l’histoire remonte à 1936, ne doit pas être perçu comme la propriété d’une famille ou de quelques patronymes.

Au MMM, l’aile pro-Bérenger, manifestement de plus en plus contestée (voir page 6), fait tout pour contraindre au silence ceux qui veulent un renouveau du parti. Principalement à cause de son leader, dépositaire du «magma originel» de la réalité «communale», la pupe mauve, chenille en 1969, chrysalide en 1982, n’arrive pas à devenir le papillon mauricien qu’on nous a tant vendu. Malgré ses zigzags et ses échecs, Paul Bérenger s’accroche à son poste de leader. Ce faisant, il trahit la société nouvelle et les jeunes de son parti. Au sein de l’alliance gouvernementale, les langues commencent déjà à se délier sur l’après sir Anerood. Les regards sont tournés vers son fils qui, petit à petit, va s’emparer de la primature. C’est un exercice délicat : il convient de ne pas frustrer les partenaires du PMSD et du ML, qui ambitionnent de consolider leurs assises pour devenir de grands partis en tentant d’attirer vers eux les clientèles traditionnelles du PTr et du MMM, de plus en plus émancipées du sectarisme traditionnel et déçuespar l’’immobilisme des rouges et des mauves.

Au fond, nos principales formations sont toutes en déphasage avec la réalité. Pour changer la donne, il faut insister sur le financement des partis. À quoi cela sert-il de promouvoir un ministère et une culture de bonne gouvernance si les partis politiques eux-mêmes ne veulent pas être transparents sur l’état de leurs finances et sur les noms de leurs généreux contributeurs ?

Alors que ce gouvernement va prononcer, mardi, son discours programme, il est grand temps de réfléchir plus large. C’est-à-dire à comment sortir de notre préhistoire politique afin d’entrer dans une ère nouvelle, qui serait caractérisée par la libre circulation de l’information, par un nombre limité de mandats pour les dirigeants et par un financement politique transparent. Le signal viendra-t-il du président de la République, qui choisirait de partir au lieu de s’agripper, comme ces politiciens fossilisés, à son fauteuil ?

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