Pourquoi courent-ils ?

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Du premier Royal Raid, couru en 2005, à la présente Ligue de trail, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Ou plutôt beaucoup de pas se sont lancés à l’assaut des sentiers, des pentes et descentes, transformant le regard que portaient Mauriciens et étrangers sur une île qui était considérée jusqu’alors comme le rendez-vous du sable blanc et de l’océan Indien.

À ses débuts en juin 2009, la Ligue de trail ne comprenait que six manches et prenait fin avec le Royal Raid justement en mai 2010. Le classement final était établi en tenant en ligne de compte les cinq meilleurs résultats. Il fallut attendre 2012 pour que la ligue prenne véritablement son envol et se calque sur l’année civile avec un rendezvous majeur tous les mois dans les registres long et court.

Sur ce calendrier déjà herculéen sont venus se greffer d’autres défis, locaux et étrangers, parmi lesquels le fameux Grand Raid de La Réunion qui mérite bien son surnom de Diagonale des Fous. Le qualificatif n’est pas usurpé tant pour ceux qui affronte les hauts de l’île Soeur que pour ceux qui s’astreignent à relever des duels de plus en plus nombreux et de plus en plus épuisants, mois après mois, semaine après semaine.

En l’espace de neuf ans seulement, le trail mauricien a connu une croissance exponentielle passant de la nouveauté chère à un petit groupe de copains à un phénomène de société ayant attiré 2 798 participants durant la saison 2014, dont des étrangers de renom. En six ans d’existence de la Ligue de trail, le nombre de participants a été multiplié par dix, ce qui équivaut à une augmentation annuelle spectaculaire de 70% avec au menu 2014 de la ligue longue 366 kilomètres et à celui de la ligue courte 132 kilomètres. Une croissance qui ne va pas non plus sans la concurrence entre courses en interne aussi bien qu’en externe avec les premières animosités sous le vernis d’une camaraderie qui se voulait sans faille au départ.

Les temps ne sont pas loin où les trailers mauriciens devront s’interroger sur leur pratique comme le suggérait entre les lignes Eric Lacroix lors de la soirée des récompenses le vendredi 12 décembre, à Ebène. Pourquoi courir autant de trails ? Pourquoi vouloir relever des défis kilométriques de plus en plus longs ? Les limites humaines ont-elles été atteintes ? Mettent-ils leur vie en danger en enchaînant course après course, défi après défi ?

Car il faut constamment pouvoir trouver le juste équilibre entre pratique et exigences sportives, obligations familiales et professionnelles et plages de repos. Autrement, on risque l’overdose d’efforts, le surentraînement et le désintéressement frisant le dégoût.

Inconsciemment, l’Homme est dans un rapport d’affrontement et de domination avec la Nature malgré l’esprit d’harmonie et de respect qu’il revendique. Vaincre obstacles et difficultés, c’est vaincre la Nature et agrandir son capital motivation. Cette valeur ne prend plus sa source aujourd’hui dans le travail, valeur reine il y a un demi-siècle. Aujourd’hui, la valeur principale ce sont les loisirs que d’aucuns assurent en travaillant juste ce qu’il faut pour y parvenir. Pour se libérer du confort envahisseur, l’Homme a besoin de souffrir à nouveau, de repousser ses limites, parfois jusqu’à l’extrême, tout en assouvissant un besoin irrésistible de narcissisme. On bascule facilement alors du cercle vertueux de l’entraînement et du progrès dans le cercle vicieux de l’entraînement et de la fatigue.

Il est primordial donc de ne jamais perdre de vue le sens que l’on donne à ce que l’on fait. C’est l’âme même de nos actions, de nos faits et gestes, c’est l’esprit qui y préside. À l’heure où choisir est sur le point de devenir obligatoire tellement il y a de possibilités qui frappent à la porte des désirs, il appartient aux trailers de faire le bon choix. Au trail mauricien aussi. Choisir est toujours un acte de foi.

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