Échéances et déchéances

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Jusqu’à quand durera sa période de déchéance ? C’est la question qui nous taraude en suivant l’évolution de l’enquête sur Roches-Noires et le sort qui semble s’acharner sur Navin Ramgoolam. Tout indique que l’ancien Premier ministre sera probablement arrêté et relâché sous caution. C’est clair que Ramgoolam ne dicte plus rien, il subit le changement de plein fouet.

Chassé par son électorat, le citoyen Ramgoolam vit désormais hanté par l’idée de son arrestation. Même s’il prétend le contraire, il a sûrement accusé le coup après avoir vu le traitement infligé cette semaine aux DCP Jokhoo et Sooroojebally – qui contraste avec l’arrivée «en catimini» de Rakesh Gooljaury qui est passé et qui est ressorti, un dimanche, par la grande porte des Casernes centrales, avec un grand sourire.

La déchéance de Ramgoolam emprunte différentes formes. Il y a d’abord la déchéance de la fonction : a-t-il profité de sa position de Premier ministre et ministre de l’Intérieur pour influer sur une enquête policière somme toute revancharde ? A-t-il, comme l’allègue Rakesh Gooljaury, demandé à celui-ci de consigner une déposition inventée de toutes pièces afin de protéger des aspects de sa vie privée ? Est-ce pour ce genre de services rendus que Gooljaury a obtenu des faveurs de l’État et de ses compagnies ? Ce dernier a-t-il «viré» aujourd’hui pour sauver son business ? Et cette histoire de Rolex (de deux Rolex apparemment !) qui est à dormir debout, tout comme celle des décès liés à Roches-Noires et aux Rolex ?

Il y a ensuite la déchéance de la personne elle-même. Avant, on se battait pour être vu aux côtés de Ramgoolam. Aujourd’hui la tendance est plutôt «bourré mam» (sauf pour le principal concerné qui ne peut pas prendre l’avion dans l’immédiat) : Nandanee Soornack qui a mis les voiles, Gooljaury qui retourne sa veste, Mallam-Hassam qui règle ses  comptes et lui dit ses quatre vérités; le cercle des amis qui se réduit davantage comme une peau de chagrin que comme celle d’un djembé… Comme nous l’écrivions le jour des résultats, la presse, elle, sera toujours là pour défendre les droits du citoyen Ramgoolam s’ils sont lésés. Attendons voir, ce n’est pas encore le cas.

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La complexité de la situation politique post-11 décembre rend ingérables la plupart de nos villes (voir texte ci-contre). Les jeux d’alliance et de mésalliance ont fini par paralyser les collectivités locales dans leur gestion quotidienne. Les conseillers ne savent plus de qui prendre les directives : au sein du MMM, le leader incontesté est devenu contestable, comme Ramgoolam au sein du Parti travailliste. Les crises sont encore larvées certes, mais elles vont tôt ou tard éclater au grand jour. Les abcès ont besoin de crever et les autocritiques réalisées pour que ces partis nationaux se relèvent et reprennent leur place. En attendant que les partis refassent le ménage au sein de leurs écuries, les collectivités locales, elles, doivent se remettre à fonctionner au-delà des crises existentielles des politiciens. À quand, donc, les élections municipales anticipées ? Cette échéance électorale permettra de remettre les choses et les équipes démantibulées à plat. Et on pourra, enfin, y voir plus clair en termes de majorité.

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Timbuktu. Allez voir ce magnifique film, actuellement dans nos salles, si vous voulez comprendre le choc des cultures – entre l’islam et l’islamisme, entre des djihadistes venus de Libye avec leur artillerie lourde et leur charia, et des Maliens désemparés qui tentent, en vain, de faire entendre la voix de la raison et du Coran. Mariages forcés, interdiction d’écouter de la musique, procès inéquitables, le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako réalise une oeuvre de courage qui montre qu’au final, les extrémistes religieux ne réussissent en fait qu’à rendre la population opprimée encore plus héroïque, ou les lecteurs de Charlie Hebdo encore plus nombreux. «La laïcité seule permet, parce qu’elle prône l’universalisme des droits, l’exercice de l’égalité, de la liberté, de la fraternité, de la sororité. Elle seule permet la pleine liberté de conscience, que nient toutes les religions dès lors qu’elles quittent le terrain de la stricte intimité pour descendre sur le terrain politique (…). Tous les dignitaires religieux qui, cette semaine, ont proclamé ‘Je suis Charlie’ doivent savoir que ça veut aussi dire ‘Je suis la laïcité’», souligne l’édito du dernier Charlie Hebdo, sorti des presses ce mercredi. Entre la laïcité des uns et le djihadisme des autres, il y a de très lourdes échéances à prévoir…

 
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