«Feeling Good» : y sommes-nous (ou pas) ?

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La pension de vieillesse qui passe à Rs 5 000 par mois ? Ce sont 248 000 bénéficiaires enchantés ! Le permis à points à… zéro ? Ce sont plus de 80 000 automobilistes contents !

La compensation salariale à Rs 600 ? Voilà 552 000 citoyens de plus qui sont heureux ! Enfin, surtout ceux se trouvant au bas de l’échelle d’autant que c’est 50 % de plus que les Rs 400 prévues par «les autres». Madame Soornack sera poursuivie pour des impayés de Rs 41 millions ? C’est la nation qui exulte ! Le ministre Husnoo qui offre des voitures hors taxes aux marchands ambulants ? Bon… passons…

On voit clairement que ce nouveau gouvernement veut charmer, voire enchanter, la population par ses premières mesures, et partant, pour détendre l’atmosphère et créer un «feel-good factor» sur lequel bâtir ce qu’il présente comme étant son deuxième «miracle économique». Cette approche c’est du Luchmeenaraidoo tout craché : il croit dur comme fer en une bonne utilisation des leviers psychologiques de l’économie et dans l’importance du facteur «confiance» sans lequel on ne peut pas mobiliser. Les budgets passés qui portent son nom sont pétris dans ce moule, qui faisait la part belle aux annonces de «No Tax Budget» contrastant ainsi singulièrement avec les budgets Ringadoo et même celui de Bérenger en 1982. L’annonce, dès maintenant,d’un «No Tax Budget» en mars prochain est de la même veine, moins l’effet surprise. Dans les années 80, Luchmeenaraidoo a joué sur le même tableau afin de remonter le moral de la nation entière avec sa détaxe majeure de l’électronique de maison et la réduction des taux de taxation. Mais il ne faut pas se leurrer : créer de l’emploi quand le chômage est à plus de 20 % est sans doute plus facile que de bouger vers le statut de «high-income country», d’autant qu’il n’y a pas, cette fois, le contexte heureux d’un dollar faible face à un euro fort dont il a bénéficié alors… Bien au contraire !

Parler de «miracle économique» quand le marché immobilier ou même touristique est saturé peut même paraître osé. On n’a d’ailleurs toujours pas expliqué comment on va payer les petites bontés déjà distribuées à la population. Par contre, le prix du baril de pétrole à moins de 50 dollars, c’est-à-dire à plus de 50 % de baisse par rapport à l’an dernier, ce n’est pas à négliger en termes d’effet d’entraînement… et il reste les gains de productivité nationale que peuvent engendrer la lutte contre le  gaspillage, le combat contre la corruption, la fermeture d’agences et de corps parapublics inutiles et déphasés, la profitabilité retrouvée des compagnies d’État, des institutions qui fonctionneraient libres de toute ingérence politicienne, une lutte sans merci contre la bureaucratie et les lois obsolètes ainsi que la promotion systématique de la méritocratie et de l’égalité des chances ; ce qui serait un moteur éthique fabuleux pour le pays.

En cherchant le bonheur de son peuple, tout gouvernement doit s’assurer qu’il n’y a pas de dissonance entre son discours et son parcours, entre ses promesses et ses actions. C’est ce quia fait, entre autres, le malheur des travaillistes en décembre dernier et c’est ce qui a torpillé, en son temps, un MSM trop occupé à monopoliser l’État à son avantage et trop entouré de parasites ne pensant qu’à leurs prébendes. À entendre ce nouveau gouvernement depuis son intronisation, il semblerait que ces leçons ont été, à quelques couacs près, bien apprises. 

Ce qui nous ramène à ce qui doit donc guider  l’action de nos dirigeants. L’argent, la famille, l’environnement dans lequel on vit, la santé, tout cela compte, bien évidemment, mais à la fin, le bonheur individuel dépend d’une corrélation maximale entre sa condition objective et son espérance subjective. Si vous rêvez d’une charrette et que vous l’obtenez, vous êtes heureux. Si par contre vous aspirez à une Rolls-Royce et que vous ne pouvez vous permettre qu’une Maruti, vous allez grincer ! Voilà pourquoi, il faut que chaque citoyen retrouve vite et ait confiance dans un système juste qui récompense au bout de l’effort et qui a de la reconnaissance pour le mérite, car l’espoir d’une population dans la «démocratisation de l’économie» n’a pas été, n’est-ce pas, capable d’être réconcilié avec le bonheur des seuls  Woochit, Soornack, Gooljaury, Nundlall, Sungkur, Seetaram et quelques autres encore…

***

Acquises après de longues luttes contre l’obscurantisme et l’intolérance, la liberté d’expression et celle de la presse, dont les limites varient d’une société à une autre, sont devenues des biens publics non négociables. Ce qui s’est passé en France dépasse Charlie Hebdo. Ces attentats sont des atteintes à la liberté tout court, si l’on se base sur l’article 11 de la Déclaration des droits humains et du citoyen de 1789 : «La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’être humain : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.» Ainsi, l’attaque au Kalachnikov contre des journalistes est contre le progrès de l’humanité.

 
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