Briser le cercle vicieux de la pauvreté

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Aujourd’hui dans le monde, des millions d’enfants ne mangent pas à leur faim et d’autres meurent faute de soins appropriés. Et pourtant la planète regorge de nourriture.

Au moment où, aux quatre coins du globe, l’on accueille le nouvel an, certains dans la joie et d’autres dans la tristesse ou l’indifférenc e, nous avons une pensée spéciale pour tous ceux et celles dont le quotidien est un combat farouche et incessant pour leur survie et celle de leurs familles. Des personnes qui ont un emploi précaire et des revenus insuffisants, d’autres, avec à charge femme et enfants, qui sont à la recherche d’emploi ou d’autres encore qui souffrant d’un handicap, ne peuvent mener une vie active et doivent subsister tant bien que mal grâce aux allocations sociales. Ils sont nombreux à vivre de la mendicité et dépendent souvent de la générosité et la solidarité d’amis, parents ou voisins. Ils vivent en marge et sont souvent mis au ban de la société. De nombreux pays en développement n’arrivent même pas à instaurer un système de protection sociale pour leurs citoyens les plus démunis et vulnérables.

Aujourd’hui dans le monde, des millions d’enfants ne mangent pas à leur faim et d’autres meurent faute de soins appropriés. Et pourtant la planète regorge de nourriture – Frantz Fanon, en son temps, disait que les poubelles de l’Occident sont remplies de nourriture pendant que les enfants du Tiers-monde mouraient d’inanition – et les médicaments pour soigner et guérir ceux qui souffrent existent en quantité suffisante mais ils ne sont accessibles qu’à ceux qui ont les moyens de les acheter. Les pauvres, eux, peuvent entre-temps continuer à vivre dans l’espérance !

En l’an 2000, dans la déclaration du Millénaire, les dirigeants du Monde prenaient l’engagement d’éliminer la misère, «phénomène abject et déshumanisant», là ou elle existait et, dans un premier temps, de réduire de moitié, en 15 ans, la population mondiale dont le revenu était inférieur à un dollar par jour, c’est-à-dire ceux qui vivaient dans la grande pauvreté. C’était l’objectif phare, si j’ose dire, des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Nous sommes aujourd’hui à la veille de la date butoir et force est de constater le succès relatif des OMD qui ont laissé de côté bon nombre de ceux qui font face aux plus grandes difficultés dues à la pauvreté. La rechercheaction participative associant plus de 2,000 personnes de 22 pays, entreprise par le Mouvement ATD Quartmonde de 2011 à 2013, pour évaluer les OMD, a clairement montré que, «très souvent, les projets de développement sont inadaptés et se retournent contre les personnes vivant dans l’extrême pauvreté.» Le Rapport du Groupe de personnalités de haut niveau nommées par le Secrétaire général des Nations Unies et chargées du Programme de développement pour l’après 2015 reconnaît d’ailleurs que les OMD n’ont pas réussi à atteindre les plus pauvres et les plus exclus de la société. Il faut donc s’assurer que les Objectifs du développement durable, qui prendront le relais des OMD, soient plus inclusifs et ne laissent personne au bord de la route.

Pour briser le cercle vicieux de la pauvreté, l’accent est souvent mis, avec raison, sur l’importance de l’éducation – une éducation de qualité – qui permettra au jeune d’optimiser ses talents et d’avoir une formation adéquate et appropriée pour son intégration éventuelle dans le monde du travail.

Or, l’enfant défavorisé arrive difficilement et pour de multiples raisons à prendre avantage de l’éducation et la formation dispensées dans nos écoles et autres instituts de formation même lorsque les cours sont gratuits. Il est indispensable que les enfants issus des familles qui sont en situation de pauvreté soient pris en charge très tôt, d’abord au moyen des crèches et des écoles maternelles spécialisées pour pouvoir accéder au primaire dans les meilleures conditions possibles. Un enfant au ventre creux n’arrivera jamais à suivre la classe et à se concentrer sur ses études et les problèmes à résoudre. C’est pourquoi il est vital que chaque enfant, à l’école primaire publique, ait au moins un repas chaud à midi. Dans plusieurs pays notamment en Inde, pour ne citer qu’un exemple, obligation est faite à l’État de fournir quotidiennement et gratuitement à chaque élève un repas chaud à l’école. Car, le droit à la nourriture est un droit fondamental comme le droit à la vie.

Puisque les responsables politiques mondiaux vont devoir se retrouver cette année, au siège des Nations unies fort probablement, pour débattre de la suite à donner aux OMD, nous pouvons espérer qu’ils ne se contenteront pas de rester dans le registre des généralités mais se donneront les moyens de mener à bien des programmes précis et ciblés pour, entre autres, éliminer la grande pauvreté. Dans ce contexte, nous osons leur proposer la mise sur pied de deux fonds de solidarité internationale envers les enfants des familles en situation de grande pauvreté. Le premier, destiné d’abord aux pays les moins développés, aiderait les États à non seulement assurer la gratuité de l’éducation primaire mais également à distribuer à tous les enfants du primaire un repas chaud quotidien.

Le deuxième fonds de solidarité internationale, destiné lui aussi en priorité aux pays les moins développés permettrait, en sus du suivi médical des enfants de zero à 12 ans, la constitution d’un stock de médicaments pour les soins primaires gratuits aux enfants et pour les interventions chirurgicales ou médicales des enfants victimes de maladies congénitales ou autres maladies nécessitant un traitement spécialisé. Ces mesures seront l’expression concrète de la volonté politique des dirigeants mondiaux de combattre la pauvreté en offrant des chances égales à tous les enfants dans le domaine de l’éducation et des soins médicaux.

Meilleurs voeux à tous, Pour un monde plus juste, plus solidaire – une terre de paix !

par Cassam UTEEM,

Président désigné,

Mouvement International ATD

Quart-Monde

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