Normaliser les relations presse-pouvoir

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Après des années et des mois, surtout les derniers, durant lesquels nous avons été souvent malmenés et traînés dans la boue par les princes qui nous gouvernaient, cela surprend presque que d’entendre un Senior Minister (Xavier-Luc Duval en l’occurrence) féliciter la presse pour son travail. Davantage qu’un compliment que nous ne recherchons pas, nous ne pouvons qu’accueillir avec soulagement ce changement de ton vis-à-vis de notre profession. C’est un pas, dans la bonne direction, vers la «Freedom of Information Act» promise. Celle-ci est requise pour une meilleure interaction entre le gouvernement et le public.

C’est bien plus sain pour une démocratie quand les relations entre la presse et le gouvernement, même si elles se doivent d’être conflictuelles par moments, s’inscrivent dans un respect mutuel. Ce que n’avaient pas compris MM. Ramgoolam et Bérenger – pourfendeurs des journalistes libres, et par ailleurs encenseurs des propagandistes patentés ou virtuels qui se cachent sous le grand manteau des journalistes.

Faisant partie de la majorité silencieuse, le gros des lecteurs des journaux et des auditeurs des radios libres, qui choisissent de leur propre chef d’acheter un journal ou d’écouter une radio (tout comme ils élisent leurs députés) ont compris la supercherie rouge-mauve. Comment deux leaders politiques pouvaient-ils prétendre vouloir «approfondir la démocratie» alors qu’en même temps ils faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour bâillonner la presse et intimider ses responsables ? Comment un leader de l’opposition, qui courtisait le Premier ministre, pouvait-il se permettre d’insulter des journalistes (alors qu’il flattait la MBC) alors même que ces journalistes continuaient, inlassablement, leur mission d’information et leur rôle de contre-pouvoir à l’ensemble des acteurs sociaux, État et opposition inclus ?

Fort de la légitimité tirée des urnes, le nouveau gouvernement devrait travailler à normaliser les relations presse-pouvoir. Outre la fin du boycott publicitaire et d’abonnements, ainsi que l’avènement d’une «Freedom of Information Act», le redémarrage du «Media Trust», paralysé depuis 2006 par le gouvernement Ramgoolam, et la libéralisation complète des ondes audiovisuelles sont deux autres initiatives à encourager.

Et au sein de la presse, après des années de réflexion et d’hésitation, il serait temps d’aboutir, enfin, à une forme d’autorégulation des médias, surtout avec la transformation continue du paysage médiatique. Cela aura un double impact : éviter des abus contre la presse et garantir le respect de l’indépendance du contre-pouvoir.

Dans cette optique, le rapport de Me Geoffrey Robertson, qui dort dans un tiroir à l’hôtel du gouvernement, nous sera d’un apport certain. Le rapport du légiste britannique, grand défenseur de la liberté de la presse, aurait probablement été le seul cadeau légué par Navin Ramgoolam à la presse mauricienne. Dommage qu’il ait choisi de ne pas le rendre public avant les élections. Encore un mauvais calcul politicien.

***

PS : Raj Dayal. On l’aime ou on ne l’aime pas, mais on ne peut pas dire qu’il aime vivre retranché derrière son bureau à l’Environnement, coupé de la réalité du terrain. Durant ces temps de pluie, on le voit sur tous les fronts, où son passé de militaire resurgit quand il donne des instructions à ses officiers. S’il a tendance à tenir des conférences de presse trop souvent, ce qui finira par lasser, le ministre Dayal possède la qualité de ses défauts : c’est-à-dire bousculer son monde pour arriver à ses fins. Et justement dans le combat pour protéger notre environnement, pour réduire les risques liés aux catastrophes naturelles ou pour répondre aux situations d’urgence, on a besoin de quelqu’un qui n’hésite pas à mobiliser les énergies des différents départements publics, entre autres, la police, la SMF, les pompiers, la météo, les services de santé, les Finances, la presse, etc.

Le danger est réel. C’est scientifiquement prouvé que l’augmentation des risques liés aux catastrophes n’est pas seulement due à des événements extrêmes (comme les inondations) plus intenses et plus fréquents, mais également à une exposition plus grande des personnes et des biens en raison du développement économique très rapide et souvent non contrôlé. Ce qui est le cas de plusieurs régions de Maurice, comme nous l’ont rappelé les inondations meurtrières du 30 mars 2013. Bien encadré, avec un ordre de mission bien établi, Dayal pourrait bien être celui qui rehaussera la sécurité humaine du pays ; mais il devrait d’abord cerner son environnement stratégique avant de dégainer. Et, surtout, les situations d’urgence doivent être clairement définies...

 
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