Loin d’être propriétaires…

Avec le soutien de

Il aura fallu l’électrochoc du 11 décembre pour que quelques caciques du PTr et du MMM s’affranchissent en osant répondre à la question taboue qu’est la succession de leurs leaders respectifs. Cette interrogation, pourtant nécessaire, si tant est que Navin Ramgoolam et Paul Bérenger voulaient approfondir la démocratie, ce débat sur la succession des chefs qui fait rage partout, force désormais les leaders à en parler, même du bout des lèvres, alors que – et c’est nouveau ! – des têtes pensantes rouges et mauves n’esquivent plus cette éventuelle réalité.

Ainsi, malgré le «rejet» de la demande de démission de Ramgoolam (qui reste à la tête du PTr) lors du bureau politique des Rouges vendredi, et en attendant la question de l’avenir du leadership du MMM, prévue lors de l’assemblée des délégués en février 2015, on sait désormais qu’il existe des voix, et non des moindres, qui ne pratiquent pas nécessairement le culte du leader monarque incontesté. Ces voix sont intelligibles parce qu’elles proviennent des membres influents des deux partis.

Dans une interview accordée à l’express dimanche, Arvin Boolell a fait un pas plus loin que la langue de bois, affrontant franchement cette délicate question : «Si l’on m’appelle pour prendre le leadership du parti, je le prendrai volontiers (…) Personne – la question était ‘’Ce parti peut-il exister sans Navin Ramgoolam ?’’ – n’est indispensable (…) Moi, je suis prêt. Prêt à prendre de nouvelles responsabilités. Y compris celle de leader.»

Voilà qui est clair et qui propulse Arvin Boolell à la légitime place de challenger de Ramgoolam. Celui-ci, après avoir été déboulonné à Triolet, est aujourd’hui ouvertement critiqué (en dehors de son bureau politique qui, semble-t-il, lui fait toujours allégeance) par ceux qui sont considérés comme des diehards du PTr ou d’autres connus pour leur proximité avec lui. Samedi, c’est dans les colonnes de l’express qu’Iqbal Mallam Hasham affirmait que «le leadership de Ramgoolam, son style surtout, a fait énormément de tort au travaillisme». On aura également entendu un Assad Peeroo critique sur Radio Plus, qui affirmait que la base travailliste a préféré rester à la maison, tandis que Dhiraj Balgobin, un autre qui se clame diehard rouge, dit le fond de sa pensée dans Le Défi : «Ramgoolam a fait son temps. Qu’il rende à César ce qui appartient à César. La relève est assurée avec Arvin Boolell. Le PTr n’appartient pas à Navin Ramgoolam.»

Mais il n’y a pas que chez les Rouges que cette réflexion de succession est engagée. Avant l’assemblée des délégués des Mauves d’hier, qui a approuvé la reconduction de Bérenger à la fonction de leader de l’opposition en attendant le grand rendez-vous de février 2015, c’est dans une interview au Mauricien le lundi 15 décembre qu’Alan Ganoo, leader adjoint du MMM, qui a tenu à présenter ses excuses à l’électorat mauve, a répondu à la question «Est-ce que vous pensez que Bérenger aurait dû céder le leadership du MMM à quelqu’un d’autre ?» par la réponse suivante : «C’est à lui (Bérenger), en tant que vieux routier expérimenté, de prendre la décision afin de donner plus d’espace aux camarades au sein du parti. Il s’agit également de réfléchir sur l’opportunité d’instituer un comité transitoire d’où émergeraient ceux qui pourraient prendre le leadership.»

Le débat est donc ouvert et désormais, l’électrochoc du 11 décembre a ceci de bon : les chefs, malgré le maintien de leur leadership, pour l’heure, découvrent qu’ils ne sont pas les propriétaires de leurs partis respectifs…

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires