Miracles

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Les résultats du 11 décembre dernier relèvent du miracle, nous a dit l’alliance Lepep en ajoutant qu’après le miracle électoral, elle va récidiver avec un miracle économique. On ne peut que lui souhaiter de réussir. Encore que le miracle économique prendra un peu plus longtemps que les deux mois de campagne électorale et qu’il sera sans conteste plus compliqué, car il ne bénéficiera pas de «l’usure du pouvoir» de ses adversaires et qu’il faudra plus qu’un clip «viré mam» pour faire monter la mayonnaise de l’investissement….

Le miracle électoral n’est pas bien compliqué à expliquer. De manière simpliste, le «réservoir» potentiel de votes PTr + MMM se situait, pour certains, aux environs des 80 % des voix exprimées lors du dernier scrutin. Dès lors on pouvait postuler que ce chiffre s’éroderait inévitablement en faveur des adversaires. Cependant, personne n’était dupe que ce chiffre constituait, en quelque sorte, un réservoir de votes acquis, voire pire, un dépôt fixe. Le sondage DCDM–l’express publié le 10 novembre dernier démontrait une vérité implacable : le «core vote» travailliste à fin octobre était à 28 %, celui du MMM, possiblement ébranlé par une alliance jugée contre nature par certains de ses partisans, se retrouvait à 12 % et les indécis, ceux qui ne savaient pas et ceux qui se taisaient, comptaient pour 47 % et plus ! Le résultat du 11 décembre ne dément pas ces chiffres. Très grossièrement, on pourrait même suggérer que le PTr-MMM n’a convaincu personne de plus en sept semaines pour finir à 39 % et que Lepep convertissait tous les autres pour terminer à 50 %. Évidemment que ce n’est pas aussi simple, mais le «miracle» de Lepep est néanmoins un triomphe qui relève (1) de ce que les indécis n’ont pas été convaincus par le PTr-MMM et ses thèses ; (2) de la victoire de la mémoire courte (SAJ ayant été lui-même éjecté du pouvoir en 1995 pour sensiblement les mêmes raisons d’usure du pouvoir) ; et (3) du «first past the post» qui, une fois la ligne fatidique dépassée, démultiplie le nombre de sièges au Parlement (50 % des votes Lepep donnant ainsi, à Maurice, 78 % des sièges).

Les mêmes causes ayant les mêmes effets, l’alliance Lepep aurait intérêt à intérioriser les leçons de cette élection. D’abord le triomphe est relatif puisque 50 % des votes ont été… ailleurs. Ensuite, la raison principale de la chute de la maison Ramgoolam, avec son «godon» MMM (le «godon» se retrouvant plus grand que la maison le 11 décembre), c’est sans doute l’arrogance, l’hubris, ce que l’Anglais appellerait «a sense of entitlement», que l’électeur mauricien libre (non partisan) n’aime pas et n’aimera jamais. De cet angle-là, le vote du 10 décembre est un vote sain de rejet, mais pas nécessairement un vote positif et le gouvernement élu devra sans doute solidement prouver, avant les prochaines élections, pourquoi c’est mieux qu’il soit au pouvoir plutôt que «les autres».

C’est dans ce contexte-là qu’il faut parler de l’autre «miracle» que l’on nous promet. Économique celui-là. J’ai écouté attentivement Vishnu Lutchmeenaraidoo l’autre jour et j’ai aimé ce que j’ai entendu sur «l’accountability» des responsables des départementsgouvernementaux puisqu’il s’agit de respecter l’argent public. J’ai aimé tout autant le retour aux appels d’offres pour les contrats gouvernementaux au motif que cela nous économisera des sommes importantes. Peutêtre même que ces économies concrétisées par rapport aux largesses et aux gaspillages ayant beaucoup trop caractérisé le récent règne travailliste permettront, dans une certaine mesure, de financer les promesses électorales. Mais les plus lucides au gouvernement, SAJ et Lutchmeenaraidoo compris, savent bien que c’est la reprise et le «buoyancy» économique retrouvés qui seront les vrais moteurs du budget qui permettront au gouvernement de concrétiser ses ambitions et ses promesses. C’est dans ce contexte que l’invitation à l’industrie sucrière à payer les récents jours de grève laisse rêveur. Ne pas payer les jours de grève, c’est ce que prévoit la loi. Inviter à aller contre ce qui est prévu par la loi, c’est un mauvais signal. Pire ! Le politicien Subron qui trouvait légitime et raisonnable 40 % d’augmentation tout de suite et qui s’est contenté de 13 %, étalée dans le temps, mérite, à quel titre, une récompense pour son approche légère qu’il qualifiait cependant par la suite de «victoire» ? N’est-ce pas un précèdent lourd face aux investisseurs que l’on veut attirer et/ou chatouiller puisqu’on leur dirait, ainsi, de risquer leur argent dans un pays qui incite les syndicats à faire des demandes salariales quelle qu’en soit la rationalité, les jours de grève étant de toute manière payables ?

Démontrons par l’absurde : comment parvenir à vivre dans un pays où tous les employés non satisfaits de leurs conditions sont constamment en grève, sachant notamment que ces jours chômés seront payés ? Je concède volontiers que nombreux sont les employés de l’industrie sucrière qui ont été, aux mains de Subron, des pions dans cette grève et qui ne maîtrisaient pas toujours ce qui se passait, mais si un compromis d’apaisement est possible, on doit finalement faire une distinction entre ceux qui ont travaillé et ceux qui ont fait la grève. Et demander à Subron de s’occuper de la différence ?

La compassion, c’est une chose. La rationalité économique, surtout si l’on veut de son miracle, n’y est pas toujours compatible.

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